En 2009, Arte diffusait "Déchets, le cauchemar du nucléaire". Constat alarmant : la gestion des déchets nucléaires a toujours été catastrophique.

Piscine de refroidissement des déchets nucléaires avant qu'ils ne soient découpés puis stockés sous terre dans des bidons
Piscine de refroidissement des déchets nucléaires avant qu'ils ne soient découpés puis stockés sous terre dans des bidons © AFP / CHARLY TRIBALLEAU

Dans Le débat de midi, Philippe Bertrand et ses invités réagissaient à la question : Que fait-on des déchets nucléaires aujourd'hui ? L'occasion de se remettre dans le bain, et de replonger en 2009 lorsque l'on découvrait avec le documentaire choc de la journaliste Laure Noualhat* et du réalisateur Eric Guéret** que la France envoyait discrètement ses déchets radioactifs en Sibérie.

En moins de deux heures, les deux têtes pensantes de ce film (visible ici) dressent un bilan dramatique à partir des images qu'ils ont pu tourner aussi bien en France à l'usine de retraitement de la Hague (avant de s'en faire interdire l'accès), en Russie dans le village contaminé de Muslymovo ou encore aux Etats-Unis sur le plus grand site nucléaire au monde à Hanford.

On y croise tour à tour les communicants, parfois gênés de ne pas pouvoir répondre par la négative à la question "Ce site est-il contaminé ?", Anne Lauvergeon ancienne PDG d'Areva, Bernard Bigot à l'époque administrateur général du CEA, autrement dit conseiller du Président sur le nucléaire (et aujourd'hui directeur de l'ITER) ou encore Hubert Reeves à qui l'on doit cette conclusion toute significative :

Le problème du nucléaire, c'est hypothéquer l'avenir.

Anciens dirigeants, habitants d'un village contaminé, militants de Greenpeace ou encore chercheurs au CRIIF sont aussi de la partie, et témoignent de la non-gérance mondiale des déchets nucléaires.

Le site de Mayak et ses environs, pas encore totalement évacués

Avec la course à l'arme nucléaire enclenchée par la seconde guerre mondiale, la Russie (ex-URSS) ne peut pas rester de marbre face à l'arme atomique de son ennemi les Etats-Unis. Le site de Mayak est donc construit dans le plus grand secret en Sibérie, avec pour objectif de raffiner du plutonium.

En 1957, c'est l'accident : un demi-Tchernobyl. Des cuves de déchets explosent. S'ensuit alors une contamination de tout l'environnement. Problème : les premières informations officielles évoquant cette catastrophe ne sont sorties que 19 ans plus tard, en 1976...

Dans le village irradié de Muslymovo (en 1957), les habitants n'ont pas été évacués (photo prise en 2010)
Dans le village irradié de Muslymovo (en 1957), les habitants n'ont pas été évacués (photo prise en 2010) © AFP / ALEKSANDR KONDRATUK / RIA NOVOSTI / SPUTNIK

Autre problème, le lac de Karatchaï et la rivière Tetcha utilisés comme espace de stockage des déchets, et qui sont aujourd'hui encore accessibles à la population. Dans le documentaire, les prélèvements opérés par un scientifique français sont sans équivoque :

L'accès à la rivière devrait être fermé. Il s'agit d'une véritable poubelle à ciel ouvert.

L'usine de la Hague, le scandale des déchets en pleine mer et en Sibérie

Quand Greenpeace filme des bateaux déversant leurs déchets radioactifs en pleine mer, s'ensuit alors un accord international pour interdire ces rejets - mais uniquement par bateaux. C'est ainsi que l'on découvre qu'Areva (anciennement COGEMA) utilise une conduite terrestre, toujours légale et toujours en activité, pour rejeter au loin dans la Manche environ 400 m³ de déchets par jour.

Et cela est sans compter sur les gaz des cheminées qui en deux-trois jours balaient toute l'Europe selon les vents...

La sentence tombe : en une seule année (1999 est pris pour exemple), la centrale Areva de la Hague a rejeté dans l'air plus de Krypton 85 que toutes les explosions atomiques faites par l'homme.

En 1997, Greenpeace affirmait que que la radioactivité globale des fonds marins autour de la conduite était 100 fois supérieure par rapport à l'année d'avant
En 1997, Greenpeace affirmait que que la radioactivité globale des fonds marins autour de la conduite était 100 fois supérieure par rapport à l'année d'avant © AFP / MYCHELE DANIAU

Contrairement à une idée répandue, l'usine ne fait pas disparaître la radioactivité, elle la concentre en déchets ultimes. Et surtout ces derniers étaient acheminés discrètement sur un parcours de 8 000 km jusqu'en Sibérie. Point positif, la diffusion du documentaire a eu raison de ces pratiques.

L'histoire montre que la population a été systématiquement désinformée par les autorités prétextant que la question du nucléaire trop compliquée devait rester entre les mains des ingénieurs. Pour preuve, ce moment savoureux où Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy échangent lors du débat à la présidentielle sur la question du "sortir du nucléaire". Aucun des deux n'est à l'aise sur la question, et tous les chiffres et données qu'ils avancent s'avèrent être faux. Du fact-checking avant l'heure.

Et on termine par une visite de Bure, à l'époque "simple" laboratoire expérimental, dont on dit qu'il "ne sera jamais le lieu de stockage de déchets radioactifs." Bizarre, vous avez dit bizarre ?

Aller plus loin

* Laure Noualhat est journaliste, spécialiste de l'environnement. Passée par Libération (15 ans), elle est également l'auteur de Climatosceptiques : la guerre du climat, et se cache derrière le personnage de Bridget Kyoto, une série de pastilles vidéos pour "alerter le grand public sur la catastrophe écologique en cours".

** Eric Guéret est réalisateur de documentaires. Il tourne des sujets de société sur la France et le monde, et on lui doit notamment La mort est dans le pré, Homos, la haine, ou dernièrement Trans, c'est mon genre.

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