La polémique autour des conditions d'évasion du braqueur, dimanche dernier, n'est pas close. La ministre de la Justice a ordonné une inspection administrative, pour dire s'il y a eu des failles. Elle rendra ses conclusions dans moins de 15 jours.

La prison de Réau
La prison de Réau © Radio France / Corinne Audouin

Redoine Faïd avait regagné la prison de Réau, en Seine-et-Marne, le 19 avril dernier, après son procès en appel pour le braquage raté qui avait couté la vie à la policière Aurélie Fouquet. Mercredi, Nicole Belloubet a confirmé qu'une demande de transfert avait bien été transmise en juin à l'administration pénitentiaire, qui a "décidé qu'elle pourrait avoir lieu en septembre". En attendant, le braqueur était donc resté en Seine-et-Marne.

C'est une prison ultra moderne, ouverte en 2011, au milieu des champs. Il n'y a pas de surpopulation à Réau, avec un peu plus de 600 détenus pour 800 places, mais une gestion rendue compliquée par la taille de l'établissement, et la diversité des profils hébergés. Ainsi, les détenus condamnés à de longues peines et ceux placés à l'isolement, comme c'était le cas pour Redoine Faïd, ont accès aux mêmes parloirs que les autres, hors du quartier maison centrale, qui est pourtant le plus sécurisé.

Evasion préparée ? 

Selon nos informations, il était prévu que les parloirs des détenus les plus surveillés aient lieu dans le quartier maison centrale, à partir du 4 juillet. Redoine Faïd, qui s'est évadé le 1er, le savait-il? Il a en tous cas profité de sa bonne connaissance de l'établissement, où il avait déjà séjourné en 2013. 

Les agents affirment avoir senti que le braqueur préparait quelque chose. "A chaque sortie, il observait, il scrutait tout... Et puis il faisait beaucoup de sport", explique un surveillant, qui ne comprend pas que l'administration pénitentiaire n'ait pas transféré immédiatement Redoine Faid. 

Administration prévenue

Plus que le survol de drones ou l'absence de filins anti-hélicoptères au-dessus de la cour d'honneur ("aucune des 188 prisons de France n'a de filin au-dessus de la cour d'honneur, puisque les détenus n'y vont pas", explique un surveillant), c'est cette absence de prise en compte des remontées du terrain qui est pointée du doigt. Car face à l'intelligence d'un Redoine Faïd, "un établissement a toujours des failles" explique un directeur d'établissement, "sauf à enterrer les prisons sous terre, et encore..." 

La direction de l'administration pénitentiaire aurait, selon nos informations, envisagé de transférer Redoine Faïd à Orléans-Saran en septembre, ou à Fleury-Mérogis dès le mois de juillet. Mais les problèmes récents de la plus grande maison d'arrêt d'Europe, avec une série de décès de détenus au printemps, dont quatre suicides, ont rendu cette solution impossible. 

Une explication qui ne satisfait pas ce chef d'établissement. "Il y a quelques années, on faisait des rotations de sécurité, en faisant bouger systématiquement tous les DPS (détenus particulièrement signalés) une fois par an; mais ça ne marchait pas, car au bout d'un moment, ils se connaissent tous, et connaissent toutes les maisons centrales. En revanche, quand la direction d'un établissement demande qu'un détenu parte, il faut l'entendre !" 

Des profils comme celui de Redoine Faïd, il y en a "moins de dix en France",  précise-t-il. "On pouvait mettre les moyens, avec une escorte du GIGN, de le transférer vite, avant l'été, qui est toujours une période critique en détention". Redoine Faïd a de fait été déplacé 7 fois ces 15 derniers mois. Réau n'était pas en sous-effectif, avec actuellement 334 surveillants, c’est plus que le nombre de postes, grâce à la présence de surveillants stagiaires, destinés à rejoindre la prison de la Santé lors de sa réouverture, en octobre prochain.

Complicités internes ? 

La question de complicités internes à la détention continue de se poser. "Comment le commando connaissait-il l'existence du chemin d'intervention entre la cour d'honneur et la zone des parloirs, qui n'est connue que du personnel ?" se demande ce directeur. L'enquête judiciaire, qui ne fait que commencer, devra tenter de le déterminer. 

"Tout est possible" précise un surveillant de Réau, même si l'établissement avait redressé la barre, après une spectaculaire tentative d'évasion à l'explosif en 2013, et un rapport d'inspection pointant une trop grande permissivité dans la gestion du quartier maison centrale. La direction de l'établissement a depuis été totalement renouvelée, et l'encadrement renforcé.

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