Pour la première année, la réforme du lycée s'applique à la fois en classe de première et de terminale. Mais la nouvelle organisation a du mal à passer auprès des enseignants et des parents d'élèves, qui constatent des journées à rallonge et des emplois du temps d'une complexité hors du commun.

Pour les lycéens comme les professeurs, difficile de suivre les nouveaux emplois du temps.
Pour les lycéens comme les professeurs, difficile de suivre les nouveaux emplois du temps. © AFP / Hans Lucas / Adrien Nowak

C'est ce que redoutaient les professeurs qui avaient protesté contre la réforme du lycée. Leurs craintes semblent aujourd'hui se vérifier dans de très nombreux établissements : sa mise en oeuvre s'avère très complexe. Si l'année dernière la nouvelle organisation s'appliquait seulement aux classes de première, les choses se compliquent avec l'entrée en vigueur pour les deux niveaux, de première mais aussi de terminale. Et cela devient de plus en plus difficile à organiser, en particulier dans les lycées qui ont laissé aux élèves la possibilité de choisir toutes les combinaisons de spécialités. C'était pourtant le principe même de la réforme : chaque élève devait pouvoir choisir. Mais résultat, certaines classes se retrouvent avec autant d'élèves que d'emplois du temps, parfois plus de professeurs que d'élèves pour une même classe et des plannings à trous. 

Le contexte n'a pas non plus joué en faveur de ces changements. L’an dernier, après la mobilisation des professeurs contre la réforme du lycée, un effort avait été fait sur les emplois du temps de première et les proviseurs avaient pris le temps d’agencer au mieux les heures de cours. Mais cette année, non seulement les changements concernent donc les deux niveaux, mais les chefs d’établissement étaient accaparés par la gestion de la crise sanitaire :ils ont donc eu moins de temps à y consacrer.

Multitude de groupes

En pratique, une semaine après la rentrée, certains élèves de première ne savent donc toujours pas vraiment qui est dans leur classe. Ils sont répartis dans une multitude de groupes selon leurs spécialités. Au lycée Buffon à Paris, par exemple, les parents d'élèves comme Julie dénoncent les incohérences. "Pour une spécialité, les mathématiques, il peut y avoir cinq professeurs différents dans la même classe", constate-t-elle. Il y a donc, pour une classe, "parfois 37 professeurs pour 35 ou 36 élèves" : "Ça entraîne une complexité qui n'est pas au bénéfice des élèves. On aimerait une vraie réflexion et une remise en question de la façon dont cette réforme est appliquée."

Autre conséquence, des groupes quasi vides ou surchargés, des journées interminables pour les élèves. C'est le cas au lycée Évariste Galois de Sartrouville, où un professeur n'a jamais vu une telle organisation en 20 ans de carrière. Il raconte à France Inter : "Il y a de grosses journées de 8h30 à 18h30 sans pause déjeuner et, à l'inverse, des journées 'gruyère' avec une heure de cours puis deux heures de trous. Il y a, dans les même classes, des profils complètement différents qui génèrent des aménagements d'emploi du temps difficilement gérables."  

Dans un autre lycée, à Fontainebleau, les emplois du temps vont être totalement refaits d'ici 10 jours, le temps de remettre à plat toutes les heures d'enseignements. "Ça ne fonctionne pas et on ne peut pas faire de petits bricolages, il faut tout refaire. (...) Certains élèves avaient trop peu d'heures de cours, des enseignants aussi, des élèves sans professeurs, des profs qui attendaient des élèves sans jamais les voir arriver", témoigne un professeur de ce lycée.

Plus de difficultés dans les établissements qui laissent le choix aux élèves

Pour sa part, le principal syndicat des professeurs de lycées, le Snes, confirme que les difficultés concernent une majorité d’établissements, mais en particulier ceux qui ont laissé le libre choix des combinaisons aux élèves. Dans les lycées qui ont imposé un nombre limité de combinaisons, l’organisation serait moins problématique. 

Les principaux obstacles que pointent le Snes sont cette amplitude horaire des journées, jugée très importante, avec de nombreux trous. "Toutes les heures d’une même spécialité peuvent être concentrées sur une journée. Quatre heures d’affilée en première, c'est une aberration pédagogique. Les élèves ne voient leur professeur de spécialité qu’une fois par semaine", déplore Sophie Vénétitay, co-secrétaire générale du Snes. La conséquence : un suivi moins efficace. 

Elle ajoute que les élèves terminent souvent très tard, parfois à 19 heures, car il a fallu aligner plusieurs groupes pour les cours de langues ou les options (comme le latin), ce qui n’était possible qu’en fin de journée.  

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