La réforme des conditions d'apprentissage du permis de conduire envisagée par le gouvernement prévoit, entre autres, une baisse des tarifs, des taxes et la fin d'obligation d'avoir des locaux fixes. De quoi changer les habitudes des nouveaux clients, quand les patrons d'auto-école dénoncent une uberisation du secteur.

Les auto-écoles manifestent en région parisienne pour protester contre une "ubérisation" du permis de conduire, menacé selon elles par un rapport parlementaire qui pourrait favoriser les plateformes en ligne
Les auto-écoles manifestent en région parisienne pour protester contre une "ubérisation" du permis de conduire, menacé selon elles par un rapport parlementaire qui pourrait favoriser les plateformes en ligne © AFP / GEORGES GOBET

Le rapport de la députée LREM Françoise Dumas à peine remis, les patrons d'auto-écoles hostiles aux propositions de cette réforme du permis de conduire n'ont pas attendu pour manifester leur colère sur les routes ce lundi, notamment en organisant plusieurs opérations escargots, par exemple sur le périphérique parisien.

Tous dénoncent en bloc une uberisation de la profession, tout en craignant que les nouvelles mesures ne portent atteinte au secteur, sans pour autant connaitre, comme ils l'ont reconnu, l'ensemble des axes de réflexion. "Il y a 23 mesures dans le rapport, elle nous en a présenté une dizaine. Ce qui nous inquiète, c’est que la formation au permis de conduire, ce n’est pas un produit de consommation", expliquait sur France Info Patrick Mirouse, de l'Union Nationale Intersyndicale des Enseignants de la Conduite (UNIDEC).

Parmi ces derniers axes, on connaissait déjà le désir du gouvernement de baisser "drastiquement" le prix du permis de conduire, comme l'avait annoncé, presque par surprise, Emmanuel Macron en novembre dernier.

Des auto-écoles plus proches ?

La proximité est la première revendication des patrons d'auto-écoles mobilisés : avec un nouvel agrément national pour ces organismes, et non plus régional, disparait aussi l'obligation d'avoir un local commercial fixe, ouvrant ainsi la voie aux auto-écoles en ligne. Pratique pour certains, en particulier dans les zones les plus isolées, cette ouverture à la concurrence numérique est dénoncée comme une uberisation galopante, capable de remettre en cause la formation essentielle à la sécurité routière. "Tuer la proximité, c'est tuer la qualité", s'insurge Patrice Bessone, président du CNPA-Education routière, syndicat majoritaire parmi les 10.000 auto-écoles (40.000 salariés) :

Quand la qualité de l'enseignement du permis de conduire est bradée, ça devient un permis de tuer"

Pour Pierre Talon, président de la FNEC (Fédération Nationale des Enseignants de la Conduite), les candidats seront tout bonnement mal formés :

On remarque déjà que lorsque les candidats se forment tout seul sur la partie théorique, on est obligé de tout reprendre lors des leçons de conduite. Cela revient plus cher aux candidats s’ils n'ont pas une bonne formation théorique.

"Ils veulent aller au petit bonheur la chance à l'examen", poursuit le professionnel, "ce qui va augmenter le nombre d'échecs. Le nombre d'échecs des candidats libres est déjà très haut. Il y a un taux de réussite inférieur à 40%."

Une baisse des tarifs est-elle possible ?

Dans les faits, l'objectif premier était d'abord de baisser le prix du papier rose dont l'obtention tourne, selon un rapport de 2014, autour de 1600 euros. Pour ce faire, "le code, on va l'intégrer à la partie scolaire", avait annoncé Emmanuel Macron lors d'un déplacement dans le Pas-de-Calais au mois de novembre, provoquant un début d'inquiétude dans le secteur. Mais cette "baisse drastique" devrait aussi passer par une réduction des taxes, notamment pour les auto-écoles en ligne, d'autant que l'agrément, devenu national, n'obligerait plus à suivre les mêmes règles coûteuses qu'un agrément dispensé, comme c'est le cas aujourd'hui, par le préfet et une autorité régionale.

"Le permis de conduire c’est environ 70 % de taxes et impôts divers (...) On a une TVA à 20 %, produit de luxe. Est-ce que le permis de conduire est un produit de luxe ?" poursuit Pierre Talon. Patrick Mirouse (UNIDEC), dénonçait aussi sur France Info le fait que les plateformes d’apprentissage de la conduite n’aient pas "les mêmes charges". Pour les organismes, "si vous additionnez les frais, les charges sociales plus la TVA qui n’est pas payée, ça représente 800 euros par formation", explique-t-il.

Les professionnels font aussi remarquer que le prix d'une formation au permis de conduire dépend autant du nombre d'heures de cours nécessaires, que du nombre de passages de cet examen : "Quand on dit aujourd’hui que le permis sur internet c’est moins cher, c’est faux", calcule encore Patrick Mirouse. "Ça coûte le même prix que dans les écoles de proximité avec un niveau de réussite qui est le double, et c'est bien normal."

Un formateur, il accompagne son élève et une fois qu’il est prêt, il lui dit : c’est bon tu peux passer. Et là, l’élève réussit à 60 %. En candidat libre, c’est-à-dire la cible des plateformes, c’est 30 %. C’est moitié prix. Donc il faut se reformer, il faut repayer et ça coûte plus cher.

Un chantier depuis longtemps dans le viseur

Une réforme avait déjà été menée en 2014, quand Emmanuel Macron était ministre de l'Économie, avec notamment l'objectif de réduire le délai de passage d'un deuxième examen après un échec. Il est passé de 93 à 63 jours en moyenne, et le coût pour le candidat, qui n'a pas à repasser des heures de conduite pour se maintenir au niveau, est ainsi réduit de 150 à 300 euros par candidat, selon des chiffres officiels.

Par ailleurs, depuis juillet 2016, le dispositif du "permis à un euro par jour" (via un prêt à taux zéro) a été étendu. Et depuis une loi de 2017, il peut également être financé via le compte personnel de formation (CPF).

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