Vincent Lambert est mort ce jeudi matin. Cet infirmier, victime d'un accident de voiture en 2008, a passé onze ans dans un état végétatif avant que le CHU de Reims n'arrête les traitements. Une situation qui ne doit plus se reproduire pour Régis Aubry, chef du service des soins palliatifs au CHU de Besançon.

Régis Aubry, chef du service des soins palliatifs au CHU de Besançon, ex-président de l'Observatoire national de la fin de vie
Régis Aubry, chef du service des soins palliatifs au CHU de Besançon, ex-président de l'Observatoire national de la fin de vie © AFP / DAMIEN GRENON / PHOTO12

La mort de Vincent Lambert jeudi 11 juillet a ravivé le débat sur la loi de la fin de vie en France. Cet infirmier de 42 ans, resté en état végétatif pendant 11 ans avant de mourir, est devenu le symbole de la complexité de ce type de cas, médicalement et judiciairement. Régis Aubry, médecin chef du service des soins palliatifs du CHU de Besançon et ex-président de l’Observatoire National de la Fin de Vie, était l'invité du journal de 13h de France Inter.

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L'interview de Régis Aubry, invité du journal de 13h de France Inter, présenté par Yves Decaens

Par Yves Decaens

FRANCE INTER : Cette saga ultra médiatisée a-t-elle fait évoluer les mentalités et la législation dans le bons sens ?

RÉGIS AUBRY : "Je crois qu'une telle affaire avec ses rebondissements suscite un vrai questionnement. Quel intérêt y a-t-il eu aujourd'hui à métaboliser tous ces atermoiements ? 1 500 personnes sont aujourd'hui dans un état végétatif chronique. Cette situation particulière est compliquée et singulière. Le fait que Vincent Lambert présentait un handicap, n'était atteint d'une maladie grave vient compliquer cette réalité. Il faut toujours discuter, ne jamais nier. Mais on peut ne discuter utilement que lorsqu'on accepte de faire un pas de côté, de changer d'avis. Et dans cette affaire, c'était l'irréductible position de certains qui a empêché qu'on puisse en sortir par le haut."

Vous faites allusion aux parents qui dénoncent ce matin un crime d'État. Vous comprenez cette attitude, ces croyances profondes ? 

"Je les constate, bien évidement je ne les partage pas, c'est selon moi ce qui a empêché la résolution sereine d'une histoire complexe."

On peut préciser la règle, c'est le médecin qui doit décider et informer la famille.

"Oui c'est le médecin qui in fine décide, quand la personne n'a pas écrit de directives anticipées. Si Vincent Lambert avait écrit des directives anticipées, elles se seraient imposées au médecin. Là, il est tenu, au titre de la loi, de décider d'une concertation, une procédure collégiale de tous les acteurs qui concourent à ce qu'on appelle la connaissance, en l'occurrence de Vincent Lambert : tous ceux qui ont participé aux soins tous ses proches doivent être entendu. Et à la croisée de leurs regards et leurs opinions, on fonde une décision, dont le responsable est le médecin."

Pour l'instant, seulement 13% des Français ont pensé à rédiger des directives anticipées.

"C'est quelque chose de très difficile à faire. En fait, il est très difficile de se projeter dans une situation dans laquelle on n'a surtout pas envie d'être. On a toujours peur d'écrire quelque chose qui n'est pas possible à penser."

Est-ce qu'il faut aller plus loin maintenant que la "sédation profonde et continue" prévue par la loi Léonetti ?

"Je ne crois pas que ce qui est posé ici, ce soit la question de la modification de la loi. Il s'agit d'avoir des pratiques professionnelles réflexives d'une part, de faire en sorte qu'on s'intéresse particulièrement à la question sensible des personnes qui présentent ce type de handicap pour éviter deux excès.

Le premier est de considérer que toutes les personnes en état végétatif chronique relèvent d'une décision d'arrêt de la nutrition : ce serait irrespectueux de ces personnes. Tout comme il serait irrespectueux de penser qu'une personne, au seul motif d'un état végétatif chronique, ne peut plus avoir accès au droit commun, c’est-à-dire au droit d'arrêt des traitements. Il faut donc trouver pour chaque personne une façon de travailler réflexive.

La deuxième chose, c'est qu'il faudrait que nous, les professionnels et les responsables du système de santé, nous réfléchissions à ce que la médecine ne produise pas des situations épouvantables comme celle-ci. Comment faire pour que la médecine ne produise pas de la souffrance, en quelque sorte."

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