Une coalition internationale de syndicats a saisi l'OCDE, estimant que McDonald's tolère un "harcèlement sexuel systématique". En France, les salariés commencent aussi à s'organiser pour combattre le harcèlement et les discriminations dans les restaurants du groupe.

"La violence et le harcèlement basés sur le genre font partie de la culture de McDonald's", estime le groupe de syndicats.
"La violence et le harcèlement basés sur le genre font partie de la culture de McDonald's", estime le groupe de syndicats. © AFP / Pascal Guyot

Mettre un terme au harcèlement sexuel chez McDonald's. Une coalition internationale de syndicats a saisi lundi l'OCDE (l'Organisation de coopération et de développement économique), accusant le groupe McDonald's de tolérer un "harcèlement sexuel systématique" dans ses restaurants à travers le monde. "La violence et le harcèlement basés sur le genre font partie de la culture de McDonald's", estiment les syndicats, qui ont rassemblé des témoignages avec des allégations allant de "commentaires vulgaires" aux "agressions physiques" . Témoignages recueillis en Australie, au Brésil, au Chili, en Colombie, au Royaume-Uni, aux États-Unis... et aussi en France.

Un collectif créé en France face à des "comportements inacceptables"

"On ne peut que saluer cette démarche de cette coalition internationale de syndicats . On sait comment les pratiques individuelles peuvent dériver vers des comportements inacceptables dans les restaurants", pointe Gilles Bompard, secrétaire général du syndicat CGT McDonald's Île-de-France.

En France, les employés organisent eux-mêmes leur lutte. Le collectif McDroits, créé en janvier, regroupe salariés ou ex-salariés de McDonald’s travaillant à Paris et sa banlieue parisienne. "Nous nous sommes réunis car nous en avons assez de subir des remarques, des pressions parce que femme, racisé.e, et/ou LGBTQI , martèle le collectif, qui affiche pour objectif de "se battre contre le sexisme, le racisme, l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie."

"Nous en avons assez des supérieurs qui nous font des remarques déplacées sur notre apparence, de ceux qui nous obligent à porter du maquillage ou des vêtements plus décolletés, nous font des avances au travail, et punissent celles qui osent dire non en les assignant aux tâches les plus dures et répétitives", le collectif McDroits

"Il y a effectivement une pression pour pousser les salariées à venir maquillées", indique à France Inter Adèle Lepoutre, chargée de campagne à ReAct, association fondée en 2010 qui accompagne le collectif McDroits et plus largement les personnes "affectées par les abus de multinationales."

Le collectif McDroits dénonce les injonctions sexistes de managers.
Le collectif McDroits dénonce les injonctions sexistes de managers. / Capture d'écran / groupe Facebook collectif McDroits

Combattre un "système" sexiste

"Il y a tout un système qui vise à mettre plutôt les femmes en poste d’hôtesse et les hommes en cuisine, les femmes les plus jolies en avant..." égrène Adèle Lepoutre. "Certains restaurants en Île-de-France obligent même les salariées en caisse à porter la jupe." Sans compter, note-t-elle, des remarques sexistes subies quotidiennement par certaines salariées de McDonald's, telles que "Ah, aujourd'hui t’es pas venue maquillée", ou encore "Ah, tu n’as pas de collants..."

"La création du poste d’hôtesse est presque uniquement féminin. Obligation, parfois, de faire un ourlet pour que la jupe arrive au dessus du genoux. Porter des collants couleur chair aussi, pas sombres, pour qu’on voit les jambes", Myriam, du collectif McDroits

Myriam, membre du collectif McDroits, décrit elle des contacts physiques non désirés : "les cuisines du McDonald sont assez petites, il est difficile de circuler. Des managers se mettent exprès dans ces espaces pour que les cuisinières soient forcées de se frotter à eux lorsqu’elles passent. Il y a aussi des mains sur les hanches, sur les fesses…" Et cela va jusqu'aux sollicitations à caractère sexuel, décrit la jeune femme de 22 ans, "par exemple, inviter une salariée à monter en haut dans la salle des équipiers pour, je cite, 'baiser dans la réserve.' "

"Protégé par l'équipe directionnelle"

Gilles Bompard de la CGT rapporte aussi à France Inter le cas récent d'une employée dans un restaurant McDonald's du Val-d'Oise, harcelée par un salarié dont elle était la supérieure : "cela s'est traduit par des remarques sur le physique et des allusions sexuelles", indique Gilles Bompard, tout en estimant que la harceleur a été "protégé par l’équipe directionnelle" et que McDonald's a "minimisé les faits."

Plus préoccupant encore : la coalition internationale de syndicats cite aussi une affaire dans un restaurant en France, où un responsable aurait installé un téléphone portable dans les vestiaires afin de filmer les employées féminines en train de se changer. "Pour ce cas précis, l'employée qui a fait le signalement a été licenciée avant le manager. Lorsque les victimes arrivent enfin à parler, la politique de McDo, c’est d’essayer de s’en débarrasser", estime Myriam du collectif McDroits.

Quelles suites donner aux témoignages ?

Quel prolongement donner à ces signalements, notamment juridique ? "Le problème, c’est que les salariés viennent nous voir quand il ne sont plus dans l’entreprise. Ce n'est pas évident de garder le lien avec ces personnes-là", rapporte Gilles Bompard de la CGT, tout en remarquant une parole davantage libérée après le mouvement #MeToo.

C'est à des fins de visibilité que le collectif McDroits continue de rassembler le plus de témoignages possibles. "On a pour objectif de faire changer les choses localement, puis globalement, pour que McDo mette en place de réelles politiques de lutte contre les discriminations", milite Myriam, qui n'exclue pas à terme des actions judiciaires.

La situation reste bien plus avancée outre-Atlantique, note de son côté Adèle Lepoutre de ReAct : "des salariées là-bas ont porté plainte pour des faits de harcèlement et d’agression. En France, il y a aussi des choses comme ça qui existent, les femmes sont juste moins écoutées."

Effectivement, il y a tout juste un an, en mai 2019, des employés américaines de McDonald's ont déposé plus d'une vingtaine de plaintes pour harcèlement sexuel contre le géant de la restauration rapide, accusant le groupe d'inaction malgré de premières plaintes déposées en 2016. Des plaintes qui incluent attouchements, comportements exhibitionnistes, des propositions de rapports sexuels ou représailles à l'encontre des employés ayant fait un signalement.

Une possible procédure de médiation entre les syndicats et McDonald's

La coalition internationale de syndicats a déposé cette semaine le dossier au Point de contact national (PCN) néerlandais de l’OCDE. Dossier qui doit maintenant être étudié par le PCN, qui décidera d'ici trois mois s'il entame une procédure de médiation entre les syndicats et l'entreprise. "C'est un système non-contraignant, le PCN ne peut ni forcer McDonald's à faire quelque chose, ni punir ou faire payer" l'entreprise, explique Lance Compa, expert en droit international du travail.

Sollicité par France Inter pour réagir à l'accusation portée devant l'OCDE, McDonald's France tient à exprimer "son profond désaccord sur l’accusation de comportements généralisés contraires aux principes de l’entreprise."

La lutte contre ces comportements, ou encore contre toutes discriminations sexuelle, de genre et d’origine est notre priorité", McDonald's France

"McDonald’s France condamne tous comportements à connotation sexuelle ou sexiste, qui porteraient atteinte à la dignité des personnes en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, ou créeraient une situation intimidante, hostile ou offensante", souligne le groupe : "l’enseigne a d’ailleurs développé des procédures toujours plus efficaces d’alerte, de gestion des situations particulières et de formation des managers." 

Mc Donald's France tient aussi à préciser que plus de 52% du personnel d’encadrement dans les restaurants sont des femmes.

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