Le vaste essai clinique mondial Solidarity lancé par l'OMS arrive à ce triste constat: l'antiviral remdesivir ainsi que quelques autres, comme l'hydroxychloroquine ou le lopinavir ne montrent aucun bénéfice sur la mortalité à 28 jours.

Exemple de recherche, en Allemagne, autour du remdesivir. Image d'illustration.
Exemple de recherche, en Allemagne, autour du remdesivir. Image d'illustration. © AFP / dpa / Marcel Kusch

L'étude dure depuis la mi-mars et s'est achevée début octobre. Gigantesque, il s'agit de l'essai clinique Solidarity, lancé par l'Organisation mondiale de la Santé. Il inclit près de 12.000 patients, venus de 400 hôpitaux et 30 pays. Son objectif ? Vérifier l'efficacité de quatre antiviraux, utilisés contre d'autres pathologies et testés sur des patients atteints de la Covid-19. 

Quatre molécules ont été analysées : 

  • l'hydroxychloroquine, promue par le professeur marseillais Didier Raoult, 
  • le lopinavir, un antiviral utilisé dans la lutte contre VIH, 
  • l'interferon, des proteïnes anti-virales (parfois aussi administré avec lopinavir), 
  • et le remdesivir, utilisé au départ dans la lutte contre l'épidémie d'Ebola. 

Les groupes de patients traités avec ces molécules ou combinaisons ont été comparés à "groupe contrôle", un autre groupe qui ne recevait aucun traitement. 

"Aucun médicament à l'étude n'a réduit de façon significative la mortalité", conclut l'étude. Les différentes posologies "n'avoir que peu ou pas d'effet sur les patients hospitalisés pour la Covid-19, si l'on en croit les taux de mortalité, de début de la ventilation ou de durée de l'hospitalisation".

Les espoirs autour du remdesivir s'envolent

Les trois premiers groupes n'ont donné aucun bénéfice (ceux de l'hydroxychloroquine, du lopinavir et de l'interferon), ils ont même été arrêtés dès le mois de juin. Le traitement à l'interferon semblait en effet "plus délétère que bénéfique", précise à France Inter l'infectiologue Karine Lacombe.

Le seul et dernier espoir était donc autour du remdesivir. Mais là encore, c'est très décevant. "Il n'a pas d'impact sur la mortalité à 28 jours, ce qui avait déjà été vu dans les essais de la firme qui commercialise cette molécule [Gilead Sciences]", souligne Karine Lacombe. "Il n'y a pas de différence entre le groupe contrôle et les patients traités au remdesivir", résume-t-elle. 

Le remdesivir était pourtant donné assez précocement dans cet essai, avant 10 jours d'infection. Le schéma des résultats est en tout cas très net : l'évolution des patients avec remdesivir est quasiment la même que sans traitement, les deux courbes se superposent littéralement. Cet échec signe-t-il la fin de tout espoir pour le remdesivir ? Possible, mais ces résultats de l'essai Solidarity viennent de tomber, il va falloir les comparer à d'autres études qui évaluent elles aussi ce traitement pour en être définitivement certain.  

D'autres pistes ?

Malgré cette déception thérapeutique, tout espoir n'est pas perdu car plusieurs voies restent encore à explorer ou confirmer, comme les anticorps monoclonaux, comme ceux qu'a reçu Donald Trump , ou encore les immunomodulateurs qui réduisent "l'orage immunitaire" caractéristique des cas graves (on pense au tocilizumab). 

Par ailleurs, d'autres antiviraux administrables en comprimés sont en ce moment même à l'étude. L'institut Pasteur de Lille doit, de son côté, entamer une étude clinique pour valider sur l'homme les résultats qu'elle vient d'obtenir in vitro avec une molécule antivirale tenue secrète mais décrite comme "extrêmement prometteuse".

Seules certitudes, aujourd'hui, "on sait que les corticoïdes ont changé la donne en matière de mortalité avec 20 % de baisse à l'hôpital en service de médecine et 35 % en réanimation. C'est une vraie avancée thérapeutique. On prend aussi en charge les patients de façon plus optimale avec l'anti-coagulation et l'apport de l'oxygène", rappelle Karine Lacombe. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.