C'est une rentrée particulière qui attend les élèves et leurs enseignants ce lundi matin : ils devront évoquer pour la première fois en classe le meurtre de Samuel Paty, mais aussi appliquer les mesures liées au confinement. Laurence Colin, secrétaire nationale du SNPDEN et proviseure en Gironde, détaille les enjeux.

Une salle de classe vide dans l'Essonne
Une salle de classe vide dans l'Essonne © AFP / Myriam Tirler / Hans Lucas

FRANCE INTER : Dans quel état d'esprit se passe cette rentrée pour les enseignants ?

LAURENCE COLIN : "La première inquiétude, c'est de protéger tout le monde, de protéger les élèves, de protéger les personnels, du point de vue sanitaire et du point de vue du risque d'attentat, tout en se disant qu'il faut quand même à un moment revenir sur ce qui s'est passé juste avant les vacances. C'est un hommage qui doit être fait, une explication qui doit être faite. On ne peut pas faire autrement, et il faut que ce soit un moment solennel. Il faut qu'on puisse revenir sur ce qui s'est passé et qu'on puisse évoquer plein de choses avec les élèves, libérer la parole... C'est absolument important que ce temps-là ait lieu.

Ça représente quelque part un retour à la normale, avec beaucoup d'incertitudes et sans qu'on soit dans la normalité justement. Quand les journées de lundi et de mardi seront passées et qu'on verra un petit peu plus où on va, tout le monde ira mieux... J'espère en tout cas. On attend de voir : de toute façon, même avec un préavis de grève, nous, on accueillera les élèves. On est là pour ça."

Comment vous préparez-vous au nouveau fonctionnement du confinement, où les salles de classe restent ouvertes ?

"À partir de lundi, en amont, il va falloir qu'on soit un peu vigilant par rapport aux emplois du temps, qu'on essaye de fluidifier le passage au self, de façon à ce que le moins d'élèves possible se retrouvent à faire la queue, à manger en même temps, à se retrouver en face à face sans masque. Concrètement, ça veut dire qu'on risque de devoir faire des modifications d'emploi du temps sur la pause méridienne pour allonger cette pause. Des cours de 11h à midi ou de 1h à 2h vont devoir être supprimés ou déplacés. Il va falloir refaire le plan de chambre à l'internat pour être sûr que dans une même chambre, on ait des élèves d'une même classe de façon à limiter le brassage. Ça veut dire aussi remarteler les gestes barrières, les sens de circulation pour que les élèves se croisent le moins possible. Et éventuellement déplacer, modifier dans les emplois du temps les salles de classe, de façon à ce que ce soit les salles les plus aérées qui soient utilisées.

Mais c'est de toute façon ce qu'on faisait déjà : ce sont des mesures qui ont été mises en place depuis qu'on a rouvert au mois de juin. Le plan a le mérite de redonner le cadre et de resensibiliser tout le monde, parce que peut-être que l'on s'était installé dans un certain confort et que les choses s'étaient un petit peu relâchées. Trouver des effectifs supplémentaires, ça aurait pris plus de temps et je pense qu'avec le personnel à risque, certains qui ne sont pas actuellement physiquement présents dans les établissements scolaires, la masse de remplaçants est déjà utilisée."

Était-ce si important de permettre le retour à l'école de tous les élèves, quitte à prendre le risque de nouvelles contaminations ?

"On ne peut pas se permettre de n'accueillir qu'une partie des élèves. Il est important de garder le lien social et le lien pédagogique qui est beaucoup plus fort quand on a un enseignant face à soi. Je pense que pour les enseignants, même s'ils ont fait leur maximum (et je leur tire mon chapeau) par rapport à l'enseignement distanciel, rien ne vaut le présentiel. Les enseignants sont des citoyens comme tout le monde, et ils auraient aimé que des mesures soient renforcées. Mais ils sont aussi parfaitement conscients qu'il y a des choses qui ne sont pas possibles et qu'on fait tous de son mieux.

Je pense que la mesure la plus forte, c'est que les élèves aillent à l'école. Il faut quand même le dire : on a été globalement très peu contaminés dans les établissements scolaires. Il faut faire attention à ce que les choses restent comme ça, à ce que les gestes barrières soient pratiqués. Et il ne faut pas céder à la panique, même si c'est anxiogène pour tout le monde, y compris pour nous. Les vacances de la Toussaint, pour la plupart des personnels de direction, elles n'ont pas eu lieu ! Mais je pense que c'est collectivement qu'on pourra y faire face. C'est pas chacun individuellement."

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