Alors qu'un grand nombre d'écoliers rentrent en classe la semaine prochaine, l'inquiétude grandit. Particulièrement chez les accompagnants d'élèves handicapés ou encore les assistantes en maternelle, qui doivent entretenir une forte proximité avec les élèves.

Un million d'écoliers doivent être accueillis dès la semaine prochaine.
Un million d'écoliers doivent être accueillis dès la semaine prochaine. © AFP / Jean-François Monier

Un million d'écoliers accueillis par environ 130 000 professeurs dès la semaine prochaine. Le ministre de l'Éducation nationale l'a annoncé ce jeudi, alors que le déconfinement se profile en France. "Les grandes sections de maternelle, CP et CM2 seront prioritaires", a assuré Jean-Michel Blanquer. Mais devant l'échéance, certains enseignants ne cachent pas leur inquiétude, tout comme les accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH), et les assistantes en maternelle, qui doivent maintenir une proximité particulière avec les élèves.

"La distance n'est pas possible"

Céline est accompagnante d'élèves en situation de handicap (AESH) à Paris. Elle suit depuis plusieurs années une élève en primaire atteinte d’une infirmité motrice cérébrale et ne voit pas comment, en l'état, elle pourrait correctement faire son travail. "Cette élève a une partie du corps qui est paralysée, donc j’ai vraiment besoin d’être à côté d’elle pour la toucher, l’aider à lire, l’aider à suivre. Je vais aussi l’aider pour enfiler ses vêtements, à descendre de sa chaise… La distance n’est pas possible", constate-t-elle. Même si Céline "adore son métier", le danger est pour elle trop grand.

Hélène Elouard, représentante du collectif AESH Nationale CGT éducation, décrit plus en détail cette proximité constante de l'accompagnant : "Nous travaillons assis à côté. On leur parle doucement, donc évidemment on se rapproche. On les touche, ils nous touchent, on touche leurs objets, leurs crayons, leurs papiers, leur ordinateur…" énumère-t-elle. "Pour certains élèves qui ont un handicap physique, on peut même les porter ou les accompagner aux toilettes, les aider à s’habiller et à se déshabiller."

Porter un masque grand public ? Cela "semble insuffisant" : "Imaginez les élèves sourds, qui ne peuvent lire que sur les lèvres. Les élèves autistes, qui peuvent s’énerver, qu’il faut contenir. Cette grande promiscuité est un danger que ce soit pour nous, pour les élèves."

"Je pense que toutes et tous les AESH de France ont une peur bleue de revenir au travail pour être contaminé et revenir à la maison contaminer leurs proches".

Un constat d'insécurité partagé par un grand nombre, dénonce Aurélie, du collectif "AESH En action !", d'autant plus qu'ils se sentent exclus du processus : "Beaucoup d’accompagnants sont inquiets à l’idée de reprendre le travail et l'éducation nationale n’a rien fait pour les rassurer. Et comme tout au long de l’année, on a vraiment l’impression d’être hors de l’éducation nationale, en quelque sorte, de ne pas faire partie de l’équipe car on apparaît pas dans le protocole mis en ligne par le ministère de l'Éducation."

De son côté, le secrétariat d’État chargé des personnages handicapées travaillerait sur un protocole spécifique aux AESH. La secrétaire d'État Sophie Cluzel précise que les enfants en situation de handicap seront bien prioritaires pour revenir à l'école : 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Sophie Cluzel remercie aussi les "ATSEM" : les Agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles. Des assistantes en maternelle qui partagent pourtant les réticences des AESH sur une proximité en apparence insoluble, comme l'indique Isabelle Dubois, fondatrice et administratrice du collectif "ATSEM national" : "C’est une grosse inquiétude en maternelle, les gestes barrières sont infaisables. Cela va être compliqué. Un enfant de maternelle grandit par rapport au contact physique, il a besoin de toucher…" 

L'ATSEM s'inquiète de l'heure de la sieste, qui se passe sous leur surveillance souvent dans des salles parfois "trop petites", tout comme l'heure du déjeuner : "Dans mon établissement, à la cantine, soixante enfants seront regroupés. Il faudra forcément être proche d'eux pour couper leur viande, les aider…"

"L'ampleur de la tâche est immense"

Employées par les mairies, les assistantes maternelles (à 99,9% des femmes) ont trois missions : aide pédagogique, éducative, et maintien de l'hygiène. Un dernier point qui préoccupe aussi particulièrement Isabelle Dubois : "Sur une journée d’école classique, les enfants ne sont pas propres, il arrive qu’il y ait des accidents. En règle générale, c’est notre rôle de changer cet enfant. On accompagne aussi au quotidien les enfants aux toilettes." Alors que le coronavirus pourrait aussi se transmettre par voie fécale : "On peut retrouver des traces de Covid dans les selles. Or, un enfant ne peut pas s’essuyer tout seul, ce sont des gestes que l'on fait. On est donc exposés." Sans compter la désinfection du matériel "plusieurs fois par jour" : "l’ampleur de la tâche est immense."

"Je suis angoissée, je n’arrive pas à trouver le sommeil. On est obligé d’assumer cette reprise imposée. Ce ne sont pas des conditions acceptables, même si l’envie de retravailler est grande".

France Inter a pu se procurer certaines consignes transmises par les écoles ou les mairies aux familles pour la rentrée en maternelle :

Exemple d'une recommandation reçue par une assistance en maternelle.
Exemple d'une recommandation reçue par une assistance en maternelle. / -
Une autre recommandation.
Une autre recommandation. / -

Parmi les consignes notamment : "Les doudous et les tétines resteront dans le sac. Pas de jouets personnels à l'école". Ou encore : "Pas de jeux, pas de livres, pas de crayons, pas de papier mis à leur disposition."

Des conditions d'accueil qui alarment là encore la fondatrice du collectif ATSEM national : "Je pense que ça risque de traumatiser un grand nombre d’enfants, je les imagine mal dans ces conditions. En maternelle, un enfant, on peut capter son attention 20 minutes, ensuite il faut changer d’activité... là, ça paraît compliqué."

À cela s'ajoute enfin, selon elle, un manque criant de considération et de reconnaissance : "On est souvent oubliées. Si les ATSEM n’étaient pas là, les maternelles ne fonctionneraient pas. Il faut que les mentalités changent."

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.