"Reprendre la main". On l’entend de plus en plus, cette expression, à la télé, à la radio, alors que dans la vie courante, on l’emploie franchement assez peu.

On dit rarement à sa copine ou à ses collègues de travail qu’on va "reprendre la main". On dit éventuellement : "je vais reprendre du gratin de pâtes" ou "je vais reprendre un whisky". Et parfois juste après le whisky, on dit qu’on va "reprendre la route" - ce qui d’ailleurs n’est pas conseillé : il ne faut jamais reprendre un whisky avant de reprendre la route ! Or donc si l’on écoute comme on nous parle, certains reprennent aussi "la main"... Notamment les hommes et les femmes politiques. A l’occasion de sa dernière interview dans Le Figaro, on a dit que Nicolas Sarkozy tentait de "reprendre la main". A l’occasion de sa réunion publique avant-hier, on a dit que Dominique de Villepin cherchait à "reprendre la main". Oui mais la main de qui ? Ce n’est jamais précisé. Elle n'est pas claire, cette expression. Quand on demande la main de quelqu’un, là pas besoin d’explication ; c’est une proposition de mariage… Prendre la main d’un enfant également c’est très clair ; Yves Duteil l’a chanté... Mais quand on reprend la main – tout court, ça veut dire quoi ? En fait, on le sait bien, ce que ça sous-entend. Dire d’un responsable politique qu’il reprend la main, ça signifie qu’après un passage à vide, il reprend du poil de la bête et puis qu’il reprend l’avantage sur ses adversaires. Comme dans les jeux ! L’expression vient de là : on prend, on passe, puis on reprend la main. Ça fonctionne dans certains jeux de cartes et même dans certains jeux télé, comme dans "Questions pour un champion". Je prends la main, je laisse la main... Preuve que le langage médiatique adore utiliser les métaphores ludiques pour parler des sujets sérieux. "Le président redistribue les cartes" - on entend ça parfois. "Le Premier ministre abat son jeu" – parfois on entend ça aussi. Ce qui ramène d’emblée ceux dont on parle à leur statut de joueurs : un coup ils gagnent, un coup ils perdent, mais bon ça n’est qu’un jeu ! D’ailleurs, on dit "jeu politique". Mais on dit aussi "jeu de main, jeu de vilain". Du coup, faites attention à ce gimmick : quand vous entendez qu’un politique cherche à "reprendre la main", il y a de forte chance pour qu’il soit en train de préparer un coup de bluff... Avec à la clé une cagnotte autrement plus intéressante que celle de Julien Lepers : une cagnotte électorale, car finalement c’est sans doute la main des électeurs que les hommes et les femmes politiques essaient chaque fois de reprendre... Sachant évidemment qu’une fois qu’ils ont repris la main, rien ne les empêche alors de reprendre un whisky. Ou bien du gratin de pâtes. Chronique (Gimmick) du 29/10/09 dans "Comme on nous parle"

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