Lettre ouverte de 300 maires en Île-de-France, réticences des syndicats d'enseignants, avis du Conseil scientifique : la reprise de l'école ne fait pas l'unanimité.

Cour de récré de l'école Jean-Zay à Niort (Deux-Sèvres).
Cour de récré de l'école Jean-Zay à Niort (Deux-Sèvres). © Radio France / Noémie Guillotin

Certes, il y a un protocole et des règles précises à respecter. Dimanche soir, le ministère de l'Éducation nationale a d'ailleurs rendue publique la marche à suivre détaillée, dans le primaire comme le secondaire. Néanmoins, de nombreuses voix s'élèvent contre le retour en classe des Français, y compris dans les zones dites "vertes", c'est-à-dire où la circulation du virus est peu élevée. Dans une lettre, les maires d'île-de-France demandent par exemple "solennellement" au président de la République de repousser la réouverture des écoles à une date ultérieure au 11 mai ; les syndicats d'enseignants menacent, eux, du droit de retrait si les consignes sanitaires sont mal appliquées. Élus locaux, enseignants ou parents d'élèves : qui sont les pro et les anti reprise ? 

Les pédiatres pour "le retour en collectivité des enfants"

Mis à part le gouvernement, évidemment, ceux qui s'expriment en faveur de la réouverture des écoles dès le 11 mai sont bien rares. Les pédiatres sont sans doute les seuls à s'être dit totalement pour "le retour en collectivité des enfants", en insistent toutefois sur le "respect des mesures barrières dont l'application doit être adaptée aux différentes tranches d'âges"

"L'enfant est beaucoup moins porteur et vecteur que l'adulte, il est très souvent asymptomatique et fait exceptionnellement des formes graves", avait indiqué François Vié Le Sage, membre du bureau exécutif de l'Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA) sur France Inter. L’épidémiologiste suisse Didier Pittet, spécialiste de l'hygiène des mains et du contrôle des infections, s'est aussi prononcé pour jugeant que c'est "aux parents et aux enseignants d'être prudents" au moment d’amener les enfants à l’école.  

En Île-de-France, plus de 300 maires demandent un report

Dimanche, l'association des maires d'Île-de-France (329 élus dont la maire de Paris Anne Hidalgo), a écrit à Emmanuel Macron pour lui demander de repousser la réouverture des écoles à une date ultérieure au 11 mai, dénonçant un calendrier "intenable et irréaliste" pour un déconfinement "à marche forcée" alors qu'ils "ne disposent pas encore toutes les informations pour préparer la population et que les directives sont mouvantes"

Les édiles demandent aussi "que l'Etat s'assure que toutes les conditions sanitaires soient réunies", des moyens financiers pour l'accueil périscolaire et "de ne pas faire reposer sur les maires la responsabilité juridique, politique et morale de la réouverture des écoles". 

Ailleurs, cas par cas et principe de précaution

De nombreux maires ont alerté sur la mise en place des mesures sanitaires dans les écoles. Sans se prononcer totalement contre la réouverture des classes le 11 mai, Philippe Saurel (Montpellier) a indiqué que l'école ne reprendrait qu'au "cas par cas", jugeant "pas raisonnable" la réouverture automatique des établissements de sa commune.

Pour Nantes, Johanna Rolland a prévenu qu'il ne serait "pas possible" que tous les enfants retournent à l'école le 11 mai et que la rentrée ne pourra être que "progressive". "Notre priorité absolue c'est la sécurité sanitaire des enfants, de leurs familles et de la communauté éducative", avait aussi assuré Martine Aubry sur France Inter.

Importantes réserves chez les enseignants et les personnels

Plusieurs syndicats de l'enseignement ont dénoncé ces derniers jours une date de réouverture arbitraire, la principale organisation du primaire SNUipp-FSU regrettant  qu'elle n'ait été validée par aucune autorité médicale. L'organisation a d'ailleurs appelé les enseignants, avec l'Unsa-Education, à observer scrupuleusement si les conditions du protocole sanitaire peuvent s'appliquer dans leur école. Si ce n'est pas le cas, elle incite à user du droit de retrait

Par ailleurs, le syndicat Sud dénonçait dimanche soir des "exigences intenables à mille lieues des préoccupations pédagogiques" et réclamait une réouverture des  établissements en septembre estimant que les conditions sanitaires "ne seraient pas réunies et ne permettent pas une reprise en mai dans de bonnes conditions". Atsem, animateurs, agents d’entretien et personnels de cantine ont aussi alerté sur leur appréhension à l'idée de retourner dans les écoles. 

Le Conseil scientifique y était opposé 

Si le Conseil scientifique, qui épaule le ministre de la Santé dans la crise sanitaire, a "pris acte" de la décision "politique" du gouvernement de faire reprendre l'école à une partie des jeunes Français dès le 11 mai, ses membres sont en désaccord avec l'exécutif et s'étaient prononcés pour une fermeture des établissements scolaires au-delà de l'été. 

"Le risque de transmission est important dans les lieux de regroupement massif que sont les écoles et les universités, avec des mesures barrières particulièrement difficiles à mettre en œuvre chez les plus jeunes. En conséquence, le Conseil scientifique propose de maintenir les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités fermés jusqu’au mois de septembre", indiquait l'avis rendu public le 20 avril

Les Français aussi

Selon un sondage Odoxa pour franceinfo sur la réouverture progressive des écoles à partir du 11 mai, rendu public fin avril, 63 % des sondés estimaient que ce n'était pas une bonne décision, par crainte que ces mesures soient mal appliquées. Seuls 36 % des sondés avaient déclaré qu'ils enverraient leur.s enfant.s.  

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