Invité de l'édition spéciale du 13/14 mercredi, Bruno Crestani, chef du service de pneumologie et responsable de la cellule de crise à l'hôpital Bichat à Paris, rapporte l'augmentation du nombre de patients Covid-19 dans les établissements parisiens.

Bruno Crestani, chef du service de pneumologie et responsable de la cellule de crise à l'hôpital Bichat à Paris et invité du 13/14 le mercredi 16 septembre 2020.
Bruno Crestani, chef du service de pneumologie et responsable de la cellule de crise à l'hôpital Bichat à Paris et invité du 13/14 le mercredi 16 septembre 2020. © Radio France / Sara Ghibaudo

Le rebond de l'épidémie est bien réel. C'est ce que constatent tous les jours les soignants des hôpitaux, en particulier dans la capitale. À l'hôpital Bichat, établissement de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris où le 13/14 de France Inter était installé pour une édition spéciale mercredi, le nombre de patients Covid augmente de jours en jours. "Si ça continue à monter (et ça va continuer à monter, il n'y a pas de raison, ça monte tous les jours), on va être obligé d'ouvrir des lits en dehors du département de maladies infectieuses, dans d'autres services et notamment en pneumologie", alerte Bruno Crestani, chef du service de pneumologie et responsable de la cellule de crise à Bichat. "Aujourd'hui, il y a 26 malades dans le service de maladies infectieuses et tropicales", indique-t-il. "Pratiquement la moitié des lits du service sont occupés par des patients infectés par le Covid. Ça veut dire qu'on est déjà au maximum de notre palier."

Actuellement, un double point quotidien est effectué dans l'hôpital, matin et soir, mais aussi sur la situation des hôpitaux voisins. Car "ce qu'on observe à Bichat", dit Bruno Crestani, "est en train de se passer également dans les autres hôpitaux". "L'hôpital Louis-Mourier, par exemple, est déjà en surchauffe avec un nombre de patients en réanimation considérable. Lariboisière également, qui est gare du Nord, voit le nombre de patients hospitalisés en réanimation, en hospitalisation complète monter."

"Je n'ai aucun doute sur le fait que, dans les jours qui viennent, ça va se développer, se diffuser, toucher de façon globale nos hôpitaux. La courbe monte indiscutablement."

"Tsunami" 

Pour évoquer la première vague, Bruno Crestani utilise volontiers le mot de "tsunami". "C'était une énorme vague et au moment où vous la voyez, elle est sur vous et c'est trop tard. Là, on a le temps et c'est presque plus inquiétant", témoigne-t-il, au micro de France Inter. "Vous savez à quoi vous attendre et vous essayez de faire que ça n'arrive pas. Mais je n'ai aucune influence sur mes contemporains... Donc c'est presque plus inquiétant parce que ça vient lentement, progressivement. Clairement, ça va nous arriver dessus. Et oui, j'ai peur."

À Bichat, actuellement, "quatre nouveaux malades par jour" se présentent au service des maladies infectieuses. Dans une semaine, estime le médecin, "ça sera à six ou huit nouveaux malades"

Déprogrammation d'opérations

Le nombre de patients Covid augmente tant que des opérations pourraient être, dans les prochains jours, déprogrammées, comme ce fut le cas lors de la première vague. "Les hôpitaux sont se sont préparés. On a utilisé l'été pour réfléchir à partir de quand on serait amenés à déprogrammer. Pour l'hôpital Bichat, c'est maintenant que ça se discute. Car avoir pratiquement la moitié des lits de réanimation médicale occupés, ça veut dire qu'il va falloir peut-être aller mettre des patients en réanimation chirurgicale. Et si on met des patients en réanimation chirurgicale, ça veut dire qu'il y a des interventions qui ne pourront pas se faire."

Si aucune décision n'a encore été prise, "il est vraisemblable que, d'ici la fin de la semaine, au plus tard le début de la semaine suivante, on soit amenés à discuter et peut-être même à décider ce genre de déprogrammations".