Retour d’Europe et atterrissage en France après un passage de quelques jours au Parlement Européen en compagnie des auditeurs du Centre des Haute Etudes Européennes de l’ENA. Ces quelques heures furent également pour moi un retour aux sources, puisque j’ai quitté cette assemblée en 1996 après avoir assuré pendant cinq ans la couverture de l’actualité européenne pour Radio France. Retour surtout sur une vraie terre parlementaire où le mot démocratie n’est pas galvaudé, ou la prééminence du débat et du compromis permet de faire avancer de nombreux dossiers. Jadis, un député européen avait qualifié cette enceinte d’ovni : un Objet Votant, Non Identifié ! Non identifié certainement. Qui aujourd’hui connaît les parlementaires européens français ? Réponse : pas grand monde. Exemple : qui sait que la Commission des Affaires économiques et monétaires, l’une des plus importantes du Parlement, est présidée par une socialiste française Pervenche Beres ? En revanche l’assemblée strasbourgeoise est bien un objet votant. En 2009, une fois que le traité de Lisbonne sera ratifié par les 27, 95% de la législation communautaire sera adoptée sous la forme de la co-décision. En clair, plus question pour les gouvernements européens et la Commission de faire passer la moindre loi européenne sans l’approbation du Parlement ! Jacques Toubon qui siége désormais à Strasbourg le reconnaît lui-même : « Ici les parlementaires ont un rôle beaucoup plus important que les députés nationaux car il n’existe pas de gouvernement européen. Cette marge de liberté est précieuse ». Sachant que la législation communautaire prime sur le droit français on peut comprendre l’enthousiasme de l’ancien Garde des Sceaux. Et nos nouveaux élus locaux qu’en pensent-ils ? Pas grand-chose sans doute, trop à leur joie de savourer leur victoire. La France vient de refermer une page électorale. La prochaine s’ouvrira dans quelques mois car nous devrons retourner aux urnes pour élire nos députés européens. « Si ce Parlement est allemand c’est parce que nous l’avons traité par le mépris » m’expliquait encore un député européen français, faisant référence au démocrates-chrétiens et socialistes allemands qui font la pluie le beau temps à Strasbourg. Il serait temps effectivement que la France ne traite plus cette assemblée par le mépris, car les vrais lieux de pouvoir se sont déplacés depuis longtemps. D’où l’importance de l’enjeu du scrutin de juin 2009.

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