À partir de mardi 6 avril, les établissements scolaires sont fermés en France, pour freiner la progression de la Covid-19. Pour les professeurs, c'est le retour des cours à distance. Mais les enseignants se sentent un peu mieux préparés que pendant le premier confinement du printemps 2020.

Une élève suit un cours à distance devant son ordinateur.
Une élève suit un cours à distance devant son ordinateur. © Maxppp / Cristiano Minichiello

Les cours à distance commencent mardi 6 avril pour les 12 millions d’élèves et les 800 000 professeurs de France, comme l'a annoncé Emmanuel Macron mercredi 31 mars. Certains gardent un mauvais souvenir de l’année dernière, lors du premier confinement, lorsqu’ils n’avaient eu qu’une journée pour se préparer à ce nouveau mode d’enseignement. Un an après, professeurs et élèves ont beaucoup progressé. L’enseignement à distance fait moins peur. Il n’est prévu en principe que pour trois jours ou trois jours et demi pour les écoliers, neuf jours pour les collégiens et les lycéens.

Moins de cours par visio, plus d'exercices

Premier objectif des enseignants : ne pas refaire les mêmes erreurs. Le second : ne pas se mettre trop de pression. "On commence aujourd’hui mardi, jusqu’à vendredi, donc ça fait déjà très peu de jours de cours en distanciel. Puis il y aura une semaine après les vacances, explique Octave, professeur de français dans un collège du Val-d’Oise. Je pense que beaucoup de professeurs comme moi vont essayer de relâcher la pression par rapport à l'année dernière. On avait testé beaucoup de choses et essayé de mettre en place des horaires de cours en distanciel sur des serveurs vidéos pour avoir l'impression que l'on faisait cours à distance, mais ça ne fonctionnait pas très bien."

Cette année, les professeurs ne vont pas forcément utiliser ces mêmes outils, ou pas systématiquement. Ce sera le cas d’Octave. Pas question pour lui de refaire cours par visioconférence. Il garde un mauvais souvenir de son expérience. "J'avais à peine un quart de mes élèves qui se présentaient au cours virtuel sur la plateforme du Cned et comme il s'agissait de jeunes élèves, ils n'avaient pas très envie de participer en vocal", se souvient Octave. "Aucun ne mettait la vidéo, ce qui peut aussi se comprendre. On a droit à son intimité quand on est dans son propre logement." L'enseignant se souvient donc d'expériences "assez surréalistes" où il se retrouvait "à parler tout seul pendant 20, 30, parfois 40 minutes avec très peu d'interactivité." Ce professeur a donc tranché pour cette nouvelle séquence de cours à distance : ce sera plutôt des exercices à faire par les élèves, il leur fera ensuite un retour.

Éviter d'aborder de nouvelles notions

De son côté Frédéric, qui enseigne en CM1 dans le 11e arrondissement de Paris, a anticipé. "Je me suis organisé de manière assez simple", dit-il, "dès que je l'ai appris mercredi soir, j'ai préparé le travail. J’ai fourni toutes les photocopies aux élèves dès vendredi dernier, je leur ai déjà donné tout le travail de la semaine, pour qu’ils puissent travailler en autonomie." Cet enseignant travaille avec un ENT (espace numérique de travail) sur lequel il met en ligne les explications des exercices, mais aussi des vidéos. Il a également veillé à ne pas aborder de nouvelles notions pour cette semaine à distance. "Cette semaine, ce ne seront que des révisions", explique Frédéric. "J'avais une nouvelle notion au programme cette semaine, je l’ai avancée pour la travailler avec eux jeudi et vendredi derniers." Lui non plus n’utilisera pas la visioconférence,"sauf si je me rends compte que certains enfants ont besoin d’une précision ou sont en difficulté." 

"Je leur enverrai les corrections l’après-midi. L’idée, c’est qu’ils puissent se corriger eux-mêmes. Les enfants ont déjà leur travail, tout est classé par jour. Ils sont capables de comprendre tout seuls les explications que je leur donne. Donc là, je pense qu’ils pourront vraiment fonctionner seuls".

En revanche, c'est beaucoup plus compliqué pour la maternelle. C'est sans doute là que l’enseignement à distance est le plus difficile à mettre en place. Laëtitia, maîtresse de petite section dans l’est de la France, raconte qu’elle enverra aux familles des vidéos, des comptines, des activités de danse et qu’elle téléphonera aux parents pour prendre des nouvelles et discuter des enfants avec eux.

Toujours un peu d'improvisation

Si ce nouveau confinement ne suscite pas la panique comme l’an dernier, les enseignants font remarquer que cette année, ils ne se sont pas beaucoup plus préparés. "On nous a répété pendant des mois que les écoles ne fermeraient pas et que ce n'était pas envisageable", explique Octave. "Donc on ne s’est pas vraiment préparé. Je pense que c'est pareil pour mes collègues. On s'organise à la dernière minute." Selon ce professeur,  son collège n'organise une réunion que ce mardi, le jour du début des cours à distance. "Une réunion pour savoir quelles sont les attentes du rectorat et comment ça va se passer. Vous voyez, c'est déjà un peu tard sachant que la semaine commence !", regrette-t-il.

Les professeurs s’inquiètent aussi des modalités du retour en classe. "On aimerait avoir des décisions fermes et rapides", espère Octave. Mais les enseignants sont tout de même beaucoup plus détendus par rapport au premier confinement. "C'est moins anxiogène que l’an dernier", explique Frédéric. "On sait quels outils fonctionnent, on a l’expérience". Ce professeur trouve aussi que les élèves sont plus décontractés : "Je les ai trouvés moins inquiets que l’an dernier, il y a cette idée que c’est plus court et qu’on se reverra assez vite." Et beaucoup d’entre eux lui ont déjà souhaité de "bonnes vacances".