Jusqu'à présent, la lanceuse d'alerte Frances Haugen n'attaquait pas directement le patron de Facebook, mais ce mardi, devant le Sénat américain, l'ancienne employée de la firme a critiqué nommément Mark Zuckerberg.

Mark Zuckerberg, cofondateur et patron de Facebook, lors d'une audition dans la capitale américaine Washington en 2019.
Mark Zuckerberg, cofondateur et patron de Facebook, lors d'une audition dans la capitale américaine Washington en 2019. © AFP / NICHOLAS KAMM

"Au final, la responsabilité revient à Mark", lâche Frances Haugen aux membres de la commission au commerce du Sénat américain, devant laquelle elle témoignait ce mardi 5 octobre. La lanceuse d'alerte, ancienne employée de Facebook entre 2019 et le printemps 2021 porte depuis plusieurs semaines une charge féroce contre son ancienne entreprise, notamment par la divulgation dans la presse de milliers de documents internes sensibles pour le géant des réseaux sociaux. Des informations qui prouvent notamment les manquements de Facebook en matière de modération, et qui montrent que l'entreprise avait conscience des conséquences négatives de son réseau Instagram sur la santé mentale des adolescentes qui l'utilisent. Mais Frances Haugen semblait jusqu'ici vouloir ménager le cofondateur et patron de Facebook.

Dimanche 3 octobre, interviewée par l'émission "60 minutes" de CBS, elle déclarait avoir "beaucoup d’empathie pour Mark [Zuckerberg, NDLR]". La lanceuse d'alerte voulait encore croire que le PDG de Facebook n'avait jamais eu l'intention de faire de sa plateforme un lieu de haine et de désinformation nuisible aux internautes. "Mais il a permis que ces choix soient faits", ajoute-t-elle tout de même.

Cette fois, le ton est bien différent devant les sénateurs. Ce n'est plus un dirigeant dépassé par son entreprise qu'elle dépeint, mais un patron conscient et responsable des dégâts causés par Facebook. "Mark Zuckerberg a un rôle unique dans l'industrie de la tech parce qu'il détient plus de 55% des droits de vote de Facebook. Il n'y a pas d'entreprise aussi puissante qui soit contrôlée de manière aussi unilatérale", expose Frances Haugen qui dénonce un pouvoir sans limites : "Il ne rend de comptes à personne". Pour la lanceuse d'alerte, c'est bien le cofondateur de Facebook qui décide en dernière instance des algorithmes, ces règles qui déterminent le fonctionnement de Facebook : "Mark Zuckerberg est, dans les faits, le concepteur en chef des algorithmes".

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Les sénateurs membres de cette commission, favorables à un contrôle légal plus strict de Facebook voire à un démantèlement du groupe, ne s'y sont pas trompés : ils ont trouvé là l'opportunité de s'en prendre à Mark Zuckerberg. Durant l'audition, le sénateur démocrate Ed Markey a ainsi prévenu le parton de Facebook : "Voici mon message pour Mark Zuckerberg. _L'époque durant laquelle vous avez envahi notre vie privée, promu des contenus toxiques et utilisé des enfants et des adolescents est révolue_. Le Congrès va agir."

Pour sa part, le démocrate Richard Blumenthal a demandé au PDG de Facebook de venir s'expliquer sur les récentes révélations de Frances Haugen devant le Congrès des États-Unis. Dans une remarque acide, Richard Blumenthal a critiqué un Mark Zuckerberg qui "plutôt que de prendre des responsabilités part naviguer à la voile", en référence à la vidéo d'un moment de détente sur un bateau partagée par Mark Zuckerberg dimanche dernier, jour de la première interview à visage découvert de la lanceuse d'alerte.

Première riposte du patron de Facebook

Alors que depuis quelques jours, différents porte-parole de son entreprise s'évertuent à minimiser l'ampleur des révélations, Mark Zuckerberg a finalement pris la plume lui-même pour se défendre mardi 5 octobre. Dans un texte publié sur son compte Facebook, il affirme : "Au cœur de ces accusations réside l'idée que nous privilégions les profits plutôt que la sécurité et le bien-être. Ce n'est tout simplement pas vrai." Le cofondateur du réseau social remet en cause les preuves apportées par Frances Haugen sur le choix conscient de Facebook de favoriser les contenus augmentant ses profits même s'ils sont haineux et nuisibles aux utilisateurs. Comme contre-arguments, Mark Zuckerberg pose notamment quelques questions rhétoriques : "Si nous voulions ignorer la recherche, pourquoi créerions-nous un programme d'études de pointe pour comprendre ces problèmes importants ? Si nous ne nous soucions pas de lutter contre les contenus préjudiciables, pourquoi embaucherions-nous autant de personnes qui s'y consacrent ?"

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