Si l’on écoute attentivement, on ne peut pas la rater, cette expression… "Revoir sa copie"… "Corriger, réviser, retoucher sa copie"… Des mots qu’on emploie normalement quand on s’adresse à des élèves, car ce sont les élèves qui rédigent des copies. Un devoir de math pas terminé... "Faudra que tu revoies ta copie !" Une dissertation de philo totalement hors sujet... "Faudra que tu revoies ta copie !" Et surtout pas question pour l’élève de contester : sa copie est mauvaise, c’est le prof qui l’a dit et le prof, c’est connu, il a toujours raison. C’est comme les journalistes. Et comme les politiques… Car souvent ce sont les politiques qui usent de ce langage de prof pour renvoyer leurs adversaires à leur statut de mauvais élève. Ségolène Royal qui demande au gouvernement de "revoir sa copie" sur la taxe carbone. Bertrand Delanoë qui demande au gouvernement de "revoir sa copie" sur le projet du Grand Paris. En l'occurrence, François Fillon a accepté de "revoir la copie". Et maintenant c’est le secrétaire d’Etat Christian Blanc qui s’étouffe parce qu’il estime que Fillon a trop "modifié sa copie". Car oui, c’est Christian Blanc qui l’avait rédigée, la copie… Une expression qui fonctionne également en anglais. Aux USA, les Républicains ont ainsi demandé à Barack Obama "to revise his copy" sur sa réforme de la santé. Mais ça fonctionne aussi pour plein d’autres sujets ! Dans la même journée, on peut entendre qu’une entreprise doit "revoir sa copie", parce qu’elle perd des contrats, qu’un patineur doit "revoir sa copie", parce qu’il s’est vautré sur la glace, ou encore qu’une chanteuse doit "revoir sa copie"… Exemple avec Whitney Houston. Ses fans ont été consternés par son dernier concert. La diva, nous dit-on, doit "revoir sa copie". Sous-entendu : reprendre rapidement des cours de chant. Aujourd’hui, donc, si l’on écoute comme on nous parle, la planète serait en fait peuplée de mauvaises copies et de mauvais élèves. Peuplée de cancres qui mériteraient de se balader couverts d’un bonnet d’âne ! Christian Blanc et Whitney Houston avec un bonnet d’âne, c’est vrai que ça ferait de belles images… Mais au fond ce que révèle ce gimmick, c’est surtout la capacité du langage médiatique à infantiliser. Infantiliser à la fois ceux dont on parle et ceux auquel on s’adresse. La métaphore scolaire nous ramène tous d’emblée à nos années d’étude. Il y a de la nostalgie dans l’air… Le refus de grandir… Comme une illustration, en somme, de ce qu’est la société médiatique : elle n’est faite de que grands enfants. Chronique (Gimmick) du 01/10/09 dans "Comme on nous parle"

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.