Coureurs ou non, certaines années : ça crie, ça manifeste, ça proteste. En ce jour de défilé, quelques manifs qui ont fait vaciller le Tour.

1924 : la rebellion des forçats de la route

15 étapes dont 2 seulement font moins de 300 kilomètres, les Alpes et les Pyrénées au programme, ce 18ème Tour s’annonce comme l’un des plus difficiles du début du siècle.Les organisateurs sont de plus en plus exigeants et, dès la troisième étape, Henri Pélissier vainqueur de l’édition précédente mais qu’un conflit oppose depuis plusieurs années à l’organisateur Henri Desgrange, lève l’étendard de la révolte : avec son frère Francis et leur équipier Maurice Ville, ils quittent la course tenant conférence dans un café de Coutances.Albert Londres y était.

Albert Londres, "Les forçats de la route", 1924 (Arlea)

Il faut jouer des coudes pour entrer chez le « bistro ». Cette foule est silencieuse. Elle ne dit rien, mais regarde, bouche béante, vers le fond de la salle. Trois maillots sont installés devant trois bols de chocolat. C’est Henri, Francis, et le troisième n’est autre que le second, je veux dire Ville, arrivé second au Havre et à Cherbourg.

  • Un coup de tête ?- Non, dit Henri. Seulement, on n’est pas des chiens.- Que s’est-il passé ?- Question de bottes ou plutôt question de maillots. Ce matin à Cherbourg, un commissaire s’approche de moi et, sans rien me dire, relève mon maillot. Il s’assurait que je n’avais pas deux maillots. Que diriez-vous, si je soulevais votre veste pour voir si vous avez bien une chemise blanche ? Je n’aime pas ces manières, voilà tout.- Qu’est-ce que ça pouvait lui faire que vous ayez deux maillots ?- Je pourrais en avoir quinze, mais je n’ai pas le droit de partir avec deux et d’arriver avec un.- Pourquoi ?- C’est le règlement. Il ne faut pas seulement courir comme des brutes, mais geler ou étouffer. Ça fait également partie du sport, parait-il. Alors je suis allé trouver Desgranges :- Je n’ai pas le droit de jeter mon maillot sur la route, alors ?...- Non, vous ne pouvez pas jeter le matériel de la maison…- Il n’est pas à la maison, il est à moi…- Je ne discute pas dans la rue…- Si vous ne discutez pas dans la rue, je vais me coucher…- On arrangera cela à Brest…- A Brest, ce sera tout arrangé, parce que je passerai la main avant… Et j’ai passé la main !- Et votre frère ?- Mon frère est mon frère. Pas, Francis ?Et ils s’embrassent par-dessus leur chocolat.- Francis roulait déjà, j’ai rejoint le peloton et dit : « Viens, Francis ! On plaque. »- Et cela tombait comme du beurre frais sur une tartine, dit Francis, car, justement ce matin, j’avais mal au ventre, et je ne me sentais pas nerveux…- Et vous, Ville ?- Moi, répond Ville, qui rit comme un bon bébé, ils m’ont trouvé en détresse sur la route. J’ai « les rotules en os de mort ».

1974 : le Tour se heurte aux agriculteurs

Dans le début des années 70, la part de l’agriculture dans l’économie française diminue : en 1974, elle ne représente plus que 5% du PIB. Quant à la population agricole, elle est passée de 7 à 4 millions depuis 1945. Quand survient le choc pétrolier qui renchérit le coût de l’énergie, en 1973, le revenu des agriculteurs s’érode encore un peu plus. Pour se faire entendre, ils vont manifester sur le Tour, où ils savent qu’ils vont rencontrer la France populaire : ils organisent ce qu’on appelle aujourd’hui un barrage filtrant spectaculaire sur le parcours de la 19ème étape entre Pau et Bordeaux.

### 1978 : halte aux cadences infernales ! Contre l’organisation de journées trop longues à leur gré, les coureurs ont choisi de frapper un grand coup lors d’une étape scindée en deux, entre Tarbes et Valence d’Agen le matin, Valence d’Agen et Toulouse l’après midi : les organisateurs encaissent ainsi la contribution de 3 villes au lieu de 2 dans la même journée, mais les contraintes sont lourdes pour les coureurs : et c’est Bernard Hinault qui, pour sa première participation remportera ce Tour, qui se retrouve meneur de ce combat. ### 1982: La sidérurgie s'interpose La sixième étape du Tour est un Contre-la-Montre par équipes entre Orchies et Fontaine-au-Pire. Mais la veille, le 6 juillet, un Conseil d’administration d’Usinor a entériné un plan de 4000 suppressions d’emplois, dont plus de 1000 à Denain que traverse l’étape. Les sidérurgistes donnent libre cours à leur colère, rappellent les promesses de la campagne présidentielle de 1981…et bloquent la course. L’étape sera purement et simplement annulée.
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