Ils étaient tous dans un cortège ou sur un rond-point le 17 novembre 2018 : portraits de ces femmes et hommes qui sont, un an plus tard, toujours des “gilets jaunes”, croisés samedi dans les rassemblements parisiens.

Gilbert, Jocelyne, Richard et Sylvia sont venus à Paris pour le premier anniversaire du mouvement des "gilets jaunes".
Gilbert, Jocelyne, Richard et Sylvia sont venus à Paris pour le premier anniversaire du mouvement des "gilets jaunes". © Radio France / Xavier Demagny / Rémi Brancato / Tommy Cattaneo

Pourquoi sont-ils là, encore, un an après le début du mouvement ? Sont-ils découragés ou toujours aussi motivés ? Tandis que plusieurs cortèges se sont formés dans Paris samedi, pour l'anniversaire des "gilets jaunes", les reporters de France Inter ont interrogé ceux qui étaient déjà présents, le 17 novembre 2018. 

Sylvia de Neuilly-sur-Marne : “C’est important de montrer qu’on n’a pas baissé les bras”

Sylvia et son époux, tous les deux là, un an après la première manifestation des "gilets jaunes".
Sylvia et son époux, tous les deux là, un an après la première manifestation des "gilets jaunes". © Radio France / Rémi Brancato

Où elle était il y a un an - “J’étais à Paris… c’était important : ça représentait tous les précaires, ceux qui n’ont presque rien.”

Pourquoi elle est toujours là - “C’est important de montrer qu’on est là, qu’on n’a pas baissé les bras et qu’on ira jusqu’au bout. Rien n’a changé, rien n'a été obtenu : j’ai rien vu. Et quand on voit tous ceux qui manifestent, entre les boursiers, les lycéens, les hôpitaux, c’est presque une révolution. Personne ne fait rien et ça ne bougera pas. Je suis pas dans le pire des cas, mais j’ai quelques difficultés financières. Je trouve que plus ça va, plus c’est inacceptable et qu’on ne peut pas continuer à vivre avec tout qui augmente” 

Son message à Emmanuel Macron - “Qu’il arrête avec son arrogance. Qu’il agisse et qu’il arrête de parler pour ne rien faire. Qu’il agisse pour aider les jeunes, qu’il arrête de s’en prendre aux retraités. Qu’il aille voir les riches, au lieu d’attaquer les pauvres.” 

Richard de la Ferté-Macé : “On réclamait de mieux vivre et on n’a pas été entendus”

Richard est venu manifester avec son épouse.
Richard est venu manifester avec son épouse. © Radio France / Rémi Brancato

Où il était il y a un an - “J’étais sur un rond point, en Alsace. Depuis, on a déménagé dans l'Orne.”

Pourquoi il est toujours là - “On réclamait de mieux vivre et on n’a pas été entendus. On bosse d'arrache pied pour montrer l'exemple à nos enfants, on ne les voit pas grandir et on finit toujours le mois à découvert. Il y a un an, on demandait la justice fiscale, la justice sociale. C’est là qu’il fallait se montrer, à Paris, Tout le monde se devait d’être là, parce qu’on est solidaires et tous ensemble. Mais les ‘un an’ sont pas forcément beaux à fêter, parce qu’un an passé à réclamer quelque chose si ce n’est juste pour mieux vivre, c’est pas tolérable.” 

Son message à Emmanuel Macron - “Il serait temps qu'il ouvre un peu les yeux sur le peuple. Les gens sont travailleurs, pas seulement à attendre après les aides ou le chômage. Ils sont là juste pour arriver à vivre décemment, donner un avenir à leurs enfants et être rassurés. Je veux qu’ils vivent mieux que moi”

Jocelyne de Pontault-Combault : “La vie en France, aujourd’hui, me désole”

Jocelyne est venue de Pontault-Combault pour manifester à Paris.
Jocelyne est venue de Pontault-Combault pour manifester à Paris. © Radio France / Tomy Cattaneo

Où elle était il y a un an - “J'étais sur les Champs-Elysées, près de l'Arc de Triomphe, avec les copines. J’avais mon ‘gilet jaune’, mais il n’était pas décoré comme ça. Ça me faisait mal au cœur de voir des personnes âgées manger dans des poubelles. Je ne tolère pas ça, parce que ces personnes qui ont travaillé toute leur vie.”

Pourquoi elle est toujours là - “J’ai 69 ans ans et je suis toujours là parce qu’on n’a rien obtenu. Il s’en fout, il nous donne rien. C’est le capitalisme, qui fonctionne. Donc nous, les pauvres gens, on aura rien. Moi j'ai une chance inouïe : j’ai de quoi vivre, un bel appartement et j’ai des enfants et des petits-enfants qui pourraient s’occuper de moi, prendre soin de moi, si j’avais un problème. On a bien vécu mais la vie en France, aujourd’hui, me désole. Je suis là pour les autres.” 

Son message à Emmanuel Macron - “Qu’il démissionne. Qu’il se tire. Ou qu’il crève, je m’en fous. C’est méchant, mais ça ne me ferait ni chaud ni froid. Je veux plus entendre parler de ce gouvernement.”

Gilbert de Beauvais : “J'ai toujours des fins de mois difficiles”

Gilbert est venu de Beauvais pour manifester à Paris, pour le premier anniversaire des "gilets jaunes".
Gilbert est venu de Beauvais pour manifester à Paris, pour le premier anniversaire des "gilets jaunes". © Radio France / Rémi Brancato

Où il était il y a un an - “J'étais à l'Arc de Triomphe. J'ai fait toutes les manifestations à Paris.”

Pourquoi il est toujours là - “J’ai 85 ans. Je suis là pour mon pouvoir d'achat, j'ai toujours des fins de mois très difficiles, avec une petite retraite. Et encore, je ne suis pas le plus bas. Et puis j’habite dans un village, je dois faire quatre kilomètres aller pour une baguette de pain, 20 pour trouver une grande surface. C'est pas possible !” 

Son message à Emmanuel Macron - “Qu’il dégage, il est incapable de gouverner la France.” 

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