Le vieux village de Roquebillière, au cœur du Mercantour, pourrait bientôt être rayé de la carte et évacué de la totalité de ses 250 habitants -à titre préventif- car d'après les géologues, il est menacé par les glissements de terrain.

A Roquebillière tout le monde se souvient de la coulée de boue de 1926. Elle avait détruit la moitié du hameau et tué dix-neuf habitants.

Le ministère de l'écologie devrait se prononcer d'ici la fin du mois de décembre sur une possible évacuation de Roquebillère, mais en attendant les habitants résistent, sur fond de batailles d'experts. C'est un peu le dernier village gaulois.

Roquebillière c’est un charmant hameau des Alpes-Maritimes. Beaucoup de caractère, de jolies maisons en bois à flanc de montagne, les ruelles pavées, les parties de boules sur la place principale, une vue exceptionnelle sur la vallée de la Vésubie. Ça c'est pour la carte postale.

Mais à Roquebillière il y a aussi beaucoup de maisons et de boutiques abandonnées par des habitants, fatigués d'attendre depuis trente ans la décision des pouvoirs publics sur une éventuelle évacuation.

Aujourd'hui, ceux qui restent sont des irréductibles, des indécrottables, comme Serge Giordano, 56 ans, roquebilliéroi de père en fils et qui entend bien continuer de l’être.

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Serge Giordano (Géraldine Hallot)

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« Si le danger n'est pas immédiat, je ne bouge pas »

Très attachés à leur village, les habitants ignorent ostensiblement le Belvédère qui se dresse au dessus d'eux. C'est de là qu'est partie la coulée de boue de 1926.

Depuis, les experts se sont succédés à Roquebillière et tous parlent dans leurs rapports de danger important certes, mais pas immédiat. Et pour les habitants, ça change tout.

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Guy Hémon est le président de l'association de sauvegarde du Vieux Roquebillière (Géraldine Hallot)

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Un rescapé de la coulée de boue raconte

Antoine-Cornillon un des deux derniers rescapés de la coulée de boue
Antoine-Cornillon un des deux derniers rescapés de la coulée de boue © Radio France / Josette Delenclos

Même les survivants de la coulée de boue de 1926 -ils ne sont que deux encore en vie- même eux sont opposés à l’évacuation de Roquebillière.

Pourtant en 26, la coulée de boue est passée très très près.

Fatalisme ou impression que les conditions exceptionnelles qui ont causé l’éboulement de 1926 ne sont pas prêtes de se reproduire ?

Antoine Cornillon est l'un des deux survivants

(Géraldine Hallot)

La conjonction exceptionnelle d'éléments de 1926 peut-elle se reproduire ?

Dominique Razori, est le vice-président de l'Association de sauvegarde du Vieux Roquebillière. Lui aussi considère que les conditions exceptionnelles de 1926 ont peu de chances d’être à nouveau réunies, jusqu’à provoquer le glissement d’une poche d’eau.

Pour Dominique Razori le risqué est le même que celui que courent les habitants de Nice. (Géraldine Hallot)

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Le dernier expert qui s'est penché sur la question estime lui aussi qu’il n’y a pas de quoi s’alarmer. Pour Vincent Rissert le risque a été surévalué, notamment parce que l’eau n’est plus utilisée de la même façon

Vincent Rissert (Géraldine Hallot)

D’après Vincent Rissert, plutôt que de se lancer dans une évacuation coûteuse, il serait préférable de faire des travaux de consolidation du versant en question.

Un avis que partage le maire de Roquebillière.

« Va-t-on faire mourir de vieux Roquebilliérois au nom du principe de précaution ? »

Pour le maire de Roquebillière, le principe de précaution poussé à l'extrême, risque de produire le contraire de l’effet escompté.

Gérard Manfredi (Géraldine Hallot)

Roquebillière avant après
Roquebillière avant après © Radio France / Roquebillière

Les habitants de Roquebillière devaient être fixés sur leur avenir à la fin du mois de décembre 2010.La décision, qui a pris du retard, est toujours attendue.

Crédits photo

bandeau © Annerp/Fotolia

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