Nous sommes dans l’acte III de la crise. L’acte I, c’était lors de l’été 2007. L’acte II en septembre et octobre 2008. L’acte III, nous commençons à le vivre maintenant. C’est une rupture sociale radicale. Une rupture qui ne se traduit pas encore dans une généralisation des actes de violences(quoique les séquestrations et les occupations d’usines ne sont plus des phénomènes rares), mais dans quelque chose de beaucoup plus inquiétant. Nous sommes entrés dans un processus de rupture de confiance mais également d’un sentiment de trahison entre les salariés et ceux qui détiennent le pouvoir économique et politique. Il faut ajouter à cela un sentiment extrême de frustration face à un Etat qui débloque des milliards pour les banques sans s’assurer de leur contrôle et qui n’apporte qu’une seule réponse aux manifestants : l’absence d’argent dans les caisses. L’histoire des relations sociales en France s’est toujours construite sur la base d’un rapport de force et d’une succession de conflits. Mais rarement sur la stigmatisation de celui qui de l’autre côté de la table reste un interlocuteur dont chaque gouvernement a besoin pour discuter. Quant Nicolas Sarkozy fustige l’extrémisme de Sud et l’exclu de fait, du corps social, il a sans doute ses raisons bonnes ou mauvaises. Mais c’est une erreur, car il jette indirectement dans la rue tous ceux qui se reconnaissent et adhérent à cette structure qui représente aujourd’hui la cinquième composante syndicale en France. Quant Laurence Parizot s’enflamme contre la CGT, elle ne fait finalement qu’enfoncer un peu plus le réformisme engagé par Bernard Thibaut depuis quelques années et qui finira peut-être un jour par porter ses fruits. La représentativité syndicale n’a jamais été aussi faible en France. Les contre-pouvoirs sociaux n’ont jamais été aussi peu représentés dans les entreprises. Absence de dialogue, rupture de confiance, stigmatisation, sentiment de trahison et de frustration, tous les ingrédients d’un futur chaos social sont malheureusement réunis.

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