[scald=87119:sdl_editor_representation]DIJON (Reuters) - Nicolas Sarkozy s'en est pris jeudi à François Hollande sur l'indépendance de la justice, affirmant qu'elle avait progressé pendant son quinquennat, contrairement aux accusations formulées par le candidat socialiste à l'élection présidentielle.

Lors d'un déplacement à Dijon sur le thème de l'introduction de jurys populaires dans les tribunaux correctionnels, le président français a dit y avoir veillé, notamment dans le cadre de la révision constitutionnelle de 2008.

"La justice est totalement et complètement indépendante", a-t-il dit dans le cadre de la Cour d'appel de Dijon, installée dans l'ancien Parlement de Bourgogne. "Je suis le chef de l'Etat qui a mis un terme à 65 années de présidence par le président de la République de l'instance la plus importante de la magistrature, le Conseil supérieur de la magistrature."

"Ceux qui se préoccupent tant de l'indépendance de la justice n'étaient pas choqués de voir le président de la République, quand il était l'un de leurs amis, présider le CSM", a-t-il ajouté en référence à François Mitterrand (1981-1995). "Ça, ça ne posait pas de problème. J'ai mis un terme à cette présidence (...) Pourquoi ça n'a pas été fait avant ?"

Il a rappelé qu'il avait étendu à la nomination des procureurs généraux la consultation du CSM et fait valoir que les avis rendus par cette instance avait été "systématiquement suivis" par lui-même et par ses ministres de la Justice.

"Mais on va aller plus loin : comme pour les magistrats du siège, je vous annonce que le CSM sera amené à rendre un avis conforme, et non plus seulement consultatif, pour toutes les nominations au parquet, a-t-il poursuivi. Qu'on ne vienne plus me dire qu'il y a un problème d'indépendance de la justice, ou alors qu'on prenne le temps de travailler ses dossiers."

VICTIMES

Le chef de l'Etat, qui n'a jamais cité nommément François Hollande, s'exprimait peu après que le candidat du PS, favori des sondages, eut détaillé à Paris son programme.

Le dirigeant socialiste y promet de garantir l'indépendance de la justice et de tous les magistrats et de revoir les règles de nomination et de déroulement de carrière à cet effet.

"Je réformerai le Conseil supérieur de la magistrature. J'interdirai les interventions du gouvernement dans les dossiers individuels", a dit François Hollande.

Il promet également de revenir sur les peines plancher instaurées par Nicolas Sarkozy, qu'il juge "contraires au principe de l'individualisation des peines".

Le chef de l'Etat lui a répondu indirectement en estimant que les victimes devaient être au centre de la justice.

Il a jugé "particulièrement scandaleux" le fait que des victimes puissent avoir le sentiment que la société "accorde plus d'importance au coupable qu'à elles-mêmes" et estimé que les magistrats travaillaient d'abord pour elles.

"L'humanité, on ne doit pas simplement en faire preuve à l'endroit du coupable, on doit en faire preuve aussi à l'endroit de la victime", a-t-il dit.

Dijon est une des juridictions de France, avec Toulouse, où est expérimentée l'introduction de jurys populaires dans les tribunaux correctionnels.

Lors de ses voeux aux magistrats, le 13 janvier, Nicolas Sarkozy a dit vouloir accélérer la généralisation du dispositif avant le terme actuellement prévu en 2014 et étendre les jurés populaires à l'ensemble des juridictions dès 2013.

Le chef de l'Etat a réitéré cette promesse à Dijon. Il a également défendu sa politique d'effectifs de la justice.

Il a rappelé que 450 postes de magistrats et 1.200 postes de greffiers avaient été créés en cinq ans quand le nombre de fonctionnaires était réduit dans le reste de la fonction publique, et il a promis de poursuivre cet effort.

Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.