[scald=106341:sdl_editor_representation]par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - La tuerie de Toulouse et l'émotion qu'elle suscite sont de nature à modifier la donne de la campagne présidentielle en faveur de Nicolas Sarkozy mais les analystes restent très prudents quant à l'impact de ce drame sur le résultat final.

La mort de trois enfants juifs et du père de deux d'entre eux, abattus froidement lundi dans leur école par un homme qui a vraisemblablement tué aussi trois soldats d'origine maghrébine la semaine dernière, a mis la campagne entre parenthèses.

Mais si le candidat Sarkozy s'est provisoirement effacé, comme son principal adversaire, le socialiste François Hollande, c'est pour mieux réendosser le costume de chef de l'Etat et l'un de ses meilleurs rôles, celui de super-ministre de l'Intérieur.

Ses proches évitent soigneusement la question de savoir à qui profite cette situation et tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à une instrumentalisation.

"Je refuse d'entrer dans ce débat", s'insurge ainsi le ministre délégué au Logement, Benoist Apparu.

Un élu UMP n'en juge pas moins qu'une bonne gestion de ce dossier ne peut que profiter à Nicolas Sarkozy, car "la stature présidentielle est une dimension importante du vote".

Le président sortant est désormais donné par certains sondeurs en tête des intentions de vote pour le premier tour de la présidentielle mais toujours largement battu au second par François Hollande, même si les écarts se réduisent.

Il bénéficie d'une prime au chef de l'Etat sortant, qui conserve les attributs du pouvoir alors que ses adversaires sont condamnés à n'être qu'observateurs, confirment des analystes.

LE PRÉSIDENT AU SECOURS DU CANDIDAT ?

"C'est typiquement le genre d'événement extérieur qui peut venir modifier une donne électorale", a ainsi déclaré sur France Inter Brice Teinturier, dirigeant de l'institut de sondage Ipsos. "C'est plutôt quelque chose qui peut favoriser celui qui est aux commandes parce ça lui donne davantage de visibilité."

Un avis partagé par Gaël Sliman, de l'institut BVA, qui défend la thèse selon laquelle seul un élément extérieur à la campagne peut permettre à Nicolas Sarkozy de se faire réélire.

"Le président aide enfin le candidat. Jusqu'ici, le candidat était plombé par le bilan du président", estime-t-il.

Par contraste, le manque d'expérience gouvernementale du candidat socialiste risque d'apparaître plus criante.

Un deuxième facteur joue pour Nicolas Sarkozy : sa position institutionnelle lui permet, plus qu'à d'autres, d'incarner l'élan d'unité nationale suscité par ce type d'événement.

"Ce n'est plus le candidat de la division mais l'homme qui incarne la réaction unanime d'une communauté nationale", explique le directeur du centre de recherche de l'Institut de sciences politiques de Paris (Cevipof).

"Il habite à nouveau la fonction présidentielle dans ce qu'elle a de plus noble, ce qui peut contribuer à atténuer l'anti-sarkozysme dont on sait qu'il est un de ses handicaps les plus lourds", ajoute Pascal Perrineau.

CHANGEMENT DE TON ?

Troisième facteur : les assassinats de Toulouse ramènent au coeur de la campagne le thème de la sécurité, qui était début mars au dixième rang des préoccupations des Français dans une enquête Ipsos et pratiquement absente des débats jusqu'ici.

Or, "quand on demande aux Français qui est le plus crédible pour réduire l'insécurité, Nicolas Sarkozy arrive en tête avec 58% d'avis favorables, contre 38% pour François Hollande", dit à Reuters Jean-François Doridot, autre dirigeant de cet institut.

Pour Pascal Perrineau, "il est évident que la hiérarchie des enjeux va bouger et c'est vrai que Nicolas Sarkozy garde un avantage par rapport à François Hollande sur le terrain de tout ce qui touche de près ou de loin à l'insécurité".

La situation créée par la tuerie de Toulouse présente une autre difficulté pour le socialiste, estime Jean-François Doridot : "Il ne doit absolument pas polémiquer sur le sujet."

Mais pour le politologue Dominique Reynié, cette nécessaire retenue concerne tous les candidats : "On a une campagne qui a été dominée par un ton extrêmement agressif. Il va falloir que le discours politique baisse en intensité."

Trouver des angles d'attaques contre Nicolas Sarkozy, sans heurter le souhait d'apaisement de l'opinion risque de s'avérer plus difficile pour François Hollande.

Mais cela vaut aussi pour le président : "Ça va être très difficile de ressortir un débat sur la viande halal ou sur tout ce qui touche au confessionnel", souligne Jean-François Doridot.

Tous ces analystes estiment que l'évolution du rapport de force entre Nicolas Sarkozy et François Hollande sera largement fonction des suites de l'affaire de Toulouse.

L'impact de cette affaire sur l'élection "dépendra beaucoup de la façon dont elle se terminera", souligne ainsi un élu UMP.

Edité par Yves Clarisse

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