[scald=100101:sdl_editor_representation]par Claude Canellas et Yann Le Guernigou

BORDEAUX, Gironde (Reuters) - Nicolas Sarkozy a défendu samedi une vision de la "République forte" qui fait respecter l'autorité de la loi, sanctionne les délinquants, préserve l'identité nationale et combat le clientélisme.

Pour son cinquième meeting de campagne, le président-candidat, qui s'exprimait devant 8.000 personnes réunies dans un hall du parc des expositions de Bordeaux, s'en est aussi pris à son adversaire socialiste, François Hollande, accusé de "cynisme" au sujet de ses propositions fiscales.

Abordant les questions régaliennes pour la première fois depuis son entrée en campagne le 15 février, il a développé des propositions manifestement destinées à la frange la plus à droite de l'électorat qu'il avait su séduire en 2007 mais qui est aujourd'hui repartie vers le Front national.

Signe de cette volonté, il a repris à son compte des prises de position controversées de son ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, sur les civilisations qui ont irrité la communauté musulmane et celles, développées vendredi, sur les dangers du vote des étrangers aux élections locales.

Pour Nicolas Sarkozy, la République "demande à chacun de prendre en partage des valeurs, une histoire, une culture, une langue - le Français -, un mode de vie, et même une idée de la civilisation qui est pour nous incompatible avec l'inégalité entre les hommes et les femmes".

Il a enfoncé le clou en défendant la laïcité, présentée comme "notre façon à nous, les Français, de distinguer le spirituel et le temporel". "C'est une affaire de civilisation, la nôtre", a-t-il poursuivi.

À propos du droit de vote des étrangers aux élections locales proposé par le Parti socialiste, il a estimé, en reprenant les déclarations de Claude Guéant, que cela reviendrait à "porter atteinte à la République (...) ouvrir la voie au vote communautaire (...) mettre les maires sous la menace du chantage communautaire."

A l'appui de ses propos, le ministre de l'Intérieur avait invoqué le risque que des conseillers municipaux étrangers ne rendent obligatoire la nourriture halal dans les cantines scolaires, ce que le chef de l'Etat a dénoncé en termes similaires.

GUET-APENS ET COUPS BAS

S'il a condamné la polémique lancée par la présidente du FN, Marine Le Pen, sur l'importance croissante de la viande halal dans la distribution, il a néanmoins reconnu "à chacun le droit de savoir ce qu'il mange, halal ou non", pour souhaiter l'étiquetage des viandes "en fonction de la méthode d'abattage".

Il a poursuivi en stigmatisant les positions du PS sur l'immigration pour estimer qu'il fallait mettre des conditions au regroupement familial.

Nicolas Sarkozy a entamé son discours en revenant sur les incidents de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), jeudi, où sa visite a été perturbée par des nationalistes basques et des militants socialistes.

"Honte à ceux qui se sont joints aux séparatistes basques, petite minorité animée d'une haine aveugle contre la France et prête à tout, a-t-il déclaré. Honte à ceux qui considèrent qu'une campagne électorale doit être une succession de guet-apens et de coups bas."

Il a évoqué également les questions de justice, pour ajouter deux propositions aux dernières mesures qu'il a mises en oeuvre comme président : une remise à plat de la justice des mineurs, dont une des priorités doit être "l'obligation de réparer le dommage causé", et la possibilité pour les victimes de faire appel pour "les décisions d'assises, la détention provisoire et l'exécution des peines".

Il a invoqué le "devoir" qu'est à ses yeux la continuité du service public pour estimer que le service minimum dans les transports en commun, à l'école et dans le transport aérien était un "principe républicain."

Accusant sans le nommer le PS de ne pas vouloir contrarier sur ce point "la clientèle" des syndicats, notamment les syndicats d'enseignants, il a déclaré que "saboter le service public, c'est un scandale qui mérite des sanctions exemplaires."

Nicolas Sarkozy a enfin dit voir "la lutte des classes" derrière la proposition de François Hollande de taxer à 75% la part des revenus qui dépasserait le million d'euros annuel.

"Quand on propose un taux d'imposition de 75% pour faire payer les riches et que l'on explique le lendemain : 'Cela - je cite - n'a pas vocation à rapporter un seul euro au budget de l'État', je dis que c'est du cynisme, je dis que c'est une tartufferie et ceux qui disent ceux-là sont des tartuffes."

Edité par Matthias Blamont

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