[scald=108269:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy a admis lundi qu'il faudrait "réfléchir" à la prévention des nouvelles formes de radicalisation islamiste illustrées par Mohamed Merah, l'auteur de sept assassinats qui a été abattu jeudi dernier à Toulouse par la police.

Interrogé par France Info, le chef de l'Etat, candidat à un second mandat, a rejeté les critiques émises, notamment par l'opposition, contre l'action des services de renseignement et de police dans la traque et la neutralisation du tueur.

"Je considère comme particulièrement indignes les mises en cause de la police", qui a fait un travail "remarquable", a-t-il dit, en soulignant les difficultés d'une enquête qui a permis de mettre le meurtrier hors d'état de nuire en 10 jours.

Il a notamment rejeté les critiques émises par l'ancien gendarme Christian Prouteau, condamné par la justice pour son implication dans l'affaire des écoutes de l'Elysée, sous la présidence du socialiste François Mitterrand.

Il a cependant admis qu'il fallait prendre en compte une évolution du radicalisme religieux pouvant mener au terrorisme et qu'il pouvait y avoir des failles dans la prévention de ces phénomènes, du fait de la nature même des démocratie.

Mohamed Merah s'était "auto-radicalisé par l'intermédiaire d'internet", a-t-il expliqué. Il a "basculé de la délinquance criminelle la plus ordinaire (...) au terrorisme le plus brutal sans aucun avertissement et sans aucune transition (...) A notre connaissance, il n'y avait pas de cellule."

"Ce nouveau monde, cette présence d'internet (...) doit nous amener à réfléchir sur l'ensemble de nos méthodes de prévention de tels risques", a-t-il ajouté.

LIBERTÉ ET SÉCURITÉ

Les services de sécurité des démocraties sont "sur les dents" pour chercher d'autres Mohamed Merah éventuels, a dit Nicolas Sarkozy, selon qui les ministres de l'Intérieur et de la Justice, Claude Guéant et Michel Mercier, ont pour instruction d'engager "systématiquement" un travail d'évaluation.

C'est "la chose la plus difficile à faire, parce que c'est l'équilibre permanent entre la liberté (...) et la protection que nous devons à nos concitoyens", a-t-il souligné. "Tant que vous n'avez pas fait un délit vous n'avez pas à être arrêté."

Il a rappelé que Mohamed Merah avait été entendu après des voyages en Afghanistan et au Pakistan par la police, selon laquelle il n'avait pas participé à un camp d'entraînement, une université religieuse ou une activité terroriste.

Nicolas Sarkozy a défendu les propositions qu'il a faites juste après le dénouement de cette affaire.

Il souhaite que la consultation régulière de sites internet faisant l'apologie du terrorisme ou du djihad soit considérée comme un délit. De même, certains voyages "suspects" devront désormais être considérés comme "des éléments de commencement de preuve d'une dérive terroriste" et d'un délit, a-t-il ajouté.

"Il n'est pas normal qu'un jeune de nos quartiers, qui n'a rien à faire dans un certain nombre de pays, y aille régulièrement et surtout pour s'y livrer à une idéologie qui est fondamentalement contraire à l'idéal de la République."

Nicolas Sarkozy a précisé qu'un tel délit pourrait être passible d'une peine de prison.

PAS DE SESSION PARLEMENTAIRE EXTRAORDINAIRE

A moins de quatre semaines du premier tour de l'élection présidentielle, le 22 avril, il a cependant renvoyé à la prochaine législature le vote de ces dispositions, qui seront examinées lors d'un des deux prochains conseils des ministres.

"Je n'ai pas l'intention de convoquer une session extraordinaire, le Parti socialiste ayant indiqué qu'il s'opposerait à cette réglementation", a-t-il expliqué.

Il a par ailleurs mis au défi le PS, qui l'accuse de ne pas avoir voté en 2001 une loi du gouvernement de gauche de Lionel Jospin sur la surveillance d'internet, de prouver ses dires.

"C'est faux (...) Ça a été voté par les parlementaires présents à main levée et le groupe RPR (ancêtre de l'UMP-NDLR), à l'époque, ne s'y était pas opposé", a-t-il dit.

"Cette fameuse loi de 2001 était provisoire, prévue d'application jusqu'en 2003. En 2003 je suis ministre de l'Intérieur. Je suis tellement d'accord avec cette loi que je la rends définitive", a-t-il ajouté. "C'est donc en vertu de la loi définitive que Mohamed Merah a pu être arrêté."

Il a également qualifié d'"outranciers" les propos de la candidate du Front national, Marine Le Pen, qui n'a de cesse de mettre en parallèle l'affaire Merah et l'immigration.

"Dire les frères Merah c'est l'immigration, c'est absurde. Je rappelle qu'il sont nés en France", a-t-il dit. "Ce Mohamed Merah est un monstre, ça n'a rien à voir avec le climat."

Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou, édité par Yves Clarisse

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