[scald=110773:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy a rendu visite à Liliane Bettencourt peu avant la présidentielle de 2007, lors de laquelle est soupçonné un financement frauduleux de sa campagne électorale avec l'argent de l'héritière de L'Oréal, a affirmé un témoin au juge chargé de l'affaire.

Pascal Bonnefoy, ancien majordome de la milliardaire, a fait cette déposition le 14 mars dernier devant le juge d'instruction de Bordeaux Jean-Michel Gentil, a dit lundi à Reuters son avocat Antoine Gillot, confirmant une information du journal Le Monde.

"Il a confirmé que Sarkozy était venu chez les Bettencourt dans les mois ayant précédé l'élection. C'est un témoin comme d'autres membres du personnel qui ont dit l'avoir vu", a dit l'avocat. Il ignore ce qui s'est dit, a-t-il précisé.

Le majordome est à l'origine de toute l'affaire car il a enregistré en 2009 et 2010 les conversations de sa patronne avec ses visiteurs, notamment son gestionnaire de fortune Patrice de Maistre, aujourd'hui écroué.

"(Pascal Bonnefoy) l'a fait pour se défendre et surtout pour que la fille de Mme Bettencourt sache ce qui se passait dans cette maison. Il assistait quotidiennement à l'abus de faiblesse manifeste dont état victime Mme Bettencourt et il en était très choqué", a dit Antoine Gillot.

Pascal Bonnefoy a été mis en examen par un autre juge le 14 mars pour "atteinte à l'intimité de la vie privée", comme les responsables du Point Hervé Gattegno et Franz-Olivier Giesbert qui ont publié une retranscription partielle des enregistrements.

Des journalistes et dirigeants du site internet d'informations Mediapart sont convoqués jeudi pour être aussi mis en examen dans ce volet.

Remis à la police en 2010, ces enregistrements sont à l'origine d'un tumulte politico-judiciaire sur de possibles malversations qui vise la majorité et Nicolas Sarkozy, dont les comptes de campagne de 2007 ont été saisis par la justice.

Ecroué à Gradignan (Gironde) depuis le 23 mars, Patrice de Maistre, poursuivi pour "abus de faiblesse et abus de biens sociaux", s'est vu refuser vendredi sa remise en liberté par la cour d'appel de Bordeaux.

Le juge Gentil fonde son enquête à son propos sur des soupçons de financement frauduleux de la campagne Sarkozy, visant notamment deux retraits de 400.000 euros chacun au premier semestre de 2007 sur la fortune Bettencourt en Suisse, opérés par Patrice de Maistre le 5 février et le 26 avril 2007.

Priée sur M6 en octobre dernier de dire si elle avait ou non donné de l'argent à Nicolas Sarkozy pour financer sa campagne, Liliane Bettencourt avait répondu: "Non, mais alors, il y a belle lurette, belle lurette avant, alors, quand il était jeune homme...".

Nicolas Sarkozy a été maire de Neuilly, où réside la milliardaire, dans les années 1980 et 1990. Une expertise médicale a établi que l'héritière était en état de démence "mixte" depuis au moins 2006. Elle a été placée sous tutelle en octobre, peu après cette interview.

Thierry Lévêque, édité par Patrick Vignal

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