Sites marchands, fantômes, d'information ou simples redirections, les noms de domaine autour du Covid-19 fleurissent depuis le début de l'épidémie.

Spéculation autour d'un sujet d'actualité, volonté d'informer ou a contrario d'arnaquer : ainsi se joue autour des noms de domaine une petite bataille de visibilité sur la toile.
Spéculation autour d'un sujet d'actualité, volonté d'informer ou a contrario d'arnaquer : ainsi se joue autour des noms de domaine une petite bataille de visibilité sur la toile. © Radio France

En ligne, tout s'achète et en premier lieu les noms de domaine. Un "nom de domaine" c'est une porte d'entrée, c'est ce qui permet aux internautes d'accéder facilement à un site internet. Par exemple, franceinter.fr en est un : une adresse simplifiée, en quelque sorte, qui cache un chemin beaucoup plus compliqué vers un serveur qui héberge les pages. Depuis le début de la crise sanitaire du Covid-19, les achats de domaines affluent autour des termes liés au coronavirus. Le rapport d'une société américaine spécialisée en cybersécurité a estimé que plus de 6 000 nouveaux domaines de ce type avaient été enregistrés chaque jour en mars. 

En France néanmoins, d'après les données fournies par l'Afnic à France Inter, on ne compterait qu'un petit millier de domaines créés autour des expressions "coronavirus" ou "covid" sous la bannière ".fr" depuis janvier, avec un pic au début du confinement, soit à peine 2% de la totalité des domaines achetés depuis le 1er janvier. 

Pourtant, certains se revendent désormais à prix d'or. Spéculation autour d'un sujet d'actualité, volonté d'informer ou a contrario d'arnaquer : ainsi se joue autour des noms de domaine une petite bataille de visibilité sur la toile. 

Les "domainers", phénomène connu 

L'un des premiers phénomènes (connu et courant sur la planète Internet) est celui des "domaineurs", véritable marché de spéculation pour quelques spécialistes de la question. Le principe ? Miser sur des mots et des expressions, un fait d'actualité (la crise du coronavirus), un événement (une élection) pour préempter des noms de domaines, sans forcement en avoir besoin. Ensuite, les entrepreneurs ayant réserve ces adresses, tentent de les revendre au plus offrant. 

Par exemple, le nom de domaine "coronavirus.be" a été enregistré le 20 janvier dernier, au tout début de l'épidémie. Acheté pour quelques euros il y a un peu plus de deux mois, il est aujourd'hui mis en vente par son propriétaire pour plusieurs milliers d'euros. De même, "sarscov2.fr" (nom scientifique du nouveau coronavirus) est aujourd'hui en vente sur un site d'enchère pour 10 000 euros : illustration d'une activité économique de spéculation autour de la revente de noms de domaine.   

Le site "coronavirus.be" est à vendre.
Le site "coronavirus.be" est à vendre. / Capture d'écran

De nombreux domaines de ce type, reprenant des mots-clés essentiels (alerte-coronavirus.fr, coronavirus-france.fr, coronavirus-infos.fr, etc.) ont été déposés en France, "par précaution" ou par opportunisme. Comme en temps d'élections (avec des URL du type "candidat2022.fr") ou de grands événements sportifs. 

Beaucoup d'ailleurs ne mènent qu'à une page vitrine, sans contenu. Gagner de l'argent en vendant une URL ou en affichant de la pub sur une page bien référencée: "Pour certains c'est de l'argent, pour d'autres c'est juste pour avoir un petit buzz", explique Fabien Raquidel, expert en référencement.  

Contre-exemple, le nom de domaine "coronavirus.com" a lui été acheté début janvier par une société spécialisé mais le propriétaire a choisi de le faire pointer sur le site de l'Organisation mondiale de la Santé. 

Chasse aux arnaques 

Autre phénomène, qui occupe les équipes de l'Association française pour le nommage Internet en coopération (Afnic) qui gère le ".fr", la lutte contre les sites d'arnaques ou de ventes de produits non autorisés (masques, gel hydroalcoolique), en lien avec les autorités. 

"Nous repérons les noms de domaines qui ont des chaines de caractère qui correspondent aux thèmes de la crise actuelle. On transfère ces listes aux autorités qui nous indiquent les noms de domaines qu'il faut bloquer", détaille Pierre Bonis, directeur général de l'association. Si cette mission occupe "quasi quotidiennement" l'Afnic, elle ne représente pas, en terme de trafic, un nombre important de requêtes, nuance-t-il.

Exemple d'une boutique vendant des articles de protection face au coronavirus.
Exemple d'une boutique vendant des articles de protection face au coronavirus. / Capture d'écran

"Il y a plusieurs type d'arnaques : le hameçonnage, pour récupérer des informations de carte bleue par exemple ou bien, quand il y a un problème comme une pénurie, des gens qui vendent du matériel plus cher pour se faire de l'argent. Les plus honnêtes envoient quand même les masques...", détaille Fabien Raquidel.

"Il y a aussi des choses complètement légales : un fabriquant de désinfectant à base de javel peut très bien vendre son produit sous un domaine avec 'covid', 'coronavirus'", note le directeur général de l'Afnic. Autre exemple, le site "masque-contre-coronavirus.fr" affiche un message indiquant avoir été fermé suite à la publication du décret sur la restriction de vente des masques FFP2. 

Des sites tout à fait honnêtes 

Néanmoins, "nombre de ces sites ne sont pas des sites d'arnaques et correspondent à des sites gouvernementaux, d'exploitation de l'open data, d'entreprises qui font des pages spéciales", rassure Pierre Bonis de l'Afnic.

Certains sites ont d'ailleurs été créés dans le but d'informer sur l'épidémie de coronavirus, comme le site "lecovid19.fr", qui propose des graphiques sur l'épidémie ou "coronavirus2020.fr" qui renvoie vers une URL de l'université Grenoble-Alpes. 

Autre exemple, l'URL "coronavirus-covid19.fr" renvoie également vers un site officiel de don pour soutenir les équipes de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris. 

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