Des milliers d'arbres meurent victimes de la sécheresse et des invasions d'insectes. L'ONF tente de trouver des solutions pour adapter la forêt au changement climatique. Il a lancé un programme de plantations baptisé "Îlots d'avenir". Dans le Grand-Est, dix nouvelles essences vont être testées sur 100 parcelles.

À Colmey (Meurthe-et-Moselle) l'ONF a rasé 30 hectares d'épicéas malades victimes de la sécheresse et de scolytes
À Colmey (Meurthe-et-Moselle) l'ONF a rasé 30 hectares d'épicéas malades victimes de la sécheresse et de scolytes © Radio France / Sandu Dauphin

La commune de Colmey, en Meurthe-et-Moselle, a perdu un tiers de sa forêt d'un coup. En 2019, l’Office national des forêts (ONF), à qui la commune a confié la gestion et l’aménagement de la forêt, a dû raser 40 hectares d'épicéas ravagés en l'espace de quelques semaines par des scolytes, un insecte xylophage qui creuse des galeries sous l'écorce et empêche la sève de circuler. Un traumatisme pour le garde forestier, Pol Broutin : "On parle toujours de l'Amazonie mais nous, on a le même problème ici. C'est pas le feu, ce sont les attaques d'insectes et les sécheresses. On se rend bien compte que le changement climatique est là." 

Des sécheresses dévastatrices

Pour cet agent de l'ONF qui arpente les forêts du Grand-Est depuis des décennies, les récents dépérissements d'arbres sont spectaculaires et la commune de Colmey est loin d'être la seule concernée. Trois années de sécheresse d'affilée et des hivers doux ont fragilisé les arbres : 

"Les arbres sont comme les humains, ils ont besoin de se reposer l'hiver. S'ils sont fatigués, ils sont plus sensibles aux maladies."

D'autant que les hivers doux favorisent la prolifération des insectes et des parasites.  

Dans la forêt domaniale de Verdun, des troncs d'épicéas scolytés
Dans la forêt domaniale de Verdun, des troncs d'épicéas scolytés © Radio France / Sandy Dauphin

Alors pour adapter la forêt au changement climatique : on plante des arbres de la Côte-d'Azur... Dans le Nord-Est. 

Cyprès d'Arizona, pin de Macédoine, calocèdre des États-Unis

À Colmey, dans l'une des parcelles rasées, de jeunes plants de 20 à 30 centimètres de hauts ont remplacé les épicéas. L'Office national des forêts teste une nouvelle essence censée mieux résister aux sécheresses : le  cyprès de l'Arizona, un résineux originaire d'Amérique. 

"Ce sont des plants qui ont un an et qui proviennent de  graines issues de la forêt de Valbonne dans les Alpes-Maritimes", explique Lilian Duband le référent changement climatique de l'ONF pour le Grand-Est : "Il s'agit d'une essence habituée à des conditions plus sèches et chaudes. On essaye de voir si elle va s'acclimater dans le nord-est de la France et si l'on va pouvoir l'utiliser pour diversifier nos forêts." Pour donner une meilleure chance de survie à ces jeunes plants, la parcelle a été clôturée pour les protéger des chevreuils. 

Colmey est l'une des premières communes à expérimenter ce nouveau programme de plantations baptisé "Îlots d'avenir" et dont l'objectif est d'adapter la forêt au changement climatique. 

Au total dix espèces d'arbres vont être testées dans le Grand-Est sur une centaine de parcelles : des résineux comme le calocèdre originaire des États-Unis ou le pin de Macédoine qui vient de Grèce et des feuillus, comme le chêne pubescent ou d'autres chênes méditerranéens. 

4 000 cyprès de l'Arizona originaires de la Côte d'Azur ont été plantés à Colmey (Meurthe-et-Moselle) pour remplacer les épicéas malades
4 000 cyprès de l'Arizona originaires de la Côte d'Azur ont été plantés à Colmey (Meurthe-et-Moselle) pour remplacer les épicéas malades © Radio France / Sandy Dauphin

"Adapter les forêts"

"De nouvelles espèces dont on a espoir qu'elles puissent nous aider à l'avenir à constituer des forêts plus résistantes aux sécheresses", explique Lilian Duband. Pour adapter les forêts au changement climatique, il faut aussi imaginer des forêts "mosaïques" et en en finir avec la monoculture estime l'aménagiste. "C'est une façon de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier face aux aléas climatiques." 

Une façon aussi d'éviter les coupes rases traumatisantes en cas de maladie. "Lors des épisodes de dépérissement des épicéas, on aurait eu deux espèces d'arbres différentes, on aurait coupé tous les épicéas mais on aurait gardé une deuxième espèce. La forêt aurait été "claire". Mais au moins,  il y aurait encore une forêt."

Une autre solution mise en place consiste à réduire la densité d'arbres plantés sur une même parcelle pour réduire le stress hydrique des arbres.   

"On est vraiment en retard pour adapter les forêts au changement climatiques."

Des solutions existent pour aider la forêt à s'adapter au changement climatique mais "on a pris du retard" déplore Lilian Duband. Sur les 100 îlots d'avenir prévus dans le Grand-Est, les 24 premiers sont en cours de plantation. Et le temps de la forêt est long, il faudra encore attendre entre 10 et 20 ans avant de pouvoir en tirer des conclusions solides.