[scald=61351:sdl_editor_representation]par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Mythe du terrorisme dans les années 1970 et 1980, Ilich Ramirez Sanchez dit "Carlos" sera jugé une seconde fois à partir de lundi à Paris pour quatre attentats ayant fait 11 morts et près de 200 blessés dans les années 1980 en France.

Remis à la France par le Soudan en août 1994, ce Vénézuélien de 62 ans purge déjà une première condamnation à perpétuité prononcée en 1997 pour les assassinats de deux policiers français de la DST et leur informateur, en 1975 à Paris.

S'il écope de la peine maximale à la fin de ce nouveau procès le 16 décembre, la perpétuité avec une peine de sûreté de 22 ans, l'échéance pour une demande de libération conditionnelle pourrait être repoussée de 2012 à 2016 au minimum.

Ilich Ramirez dirigeait un groupe d'activistes d'extrême gauche qui fut soutenu, armé et hébergé, on le sait aujourd'hui, par le bloc communiste d'Europe de l'Est, notamment la RDA, la Hongrie et la Roumanie, mais aussi protégé par la Syrie, l'Irak, le Yémen.

Trois autres membres présumés de ce groupe seront jugés par défaut. Le Palestinien Ali Kamal al Assawi, 68 ans, est introuvable, l'Allemand Johannes Weinrich, 64 ans, purge une peine pour d'autres faits en Allemagne, l'Allemande Margot Fröhlich, 69 ans, a fui la France en 2001 et l'Allemagne refuse de la remettre à Paris.

Le fait d'armes principal de Carlos, l'enlèvement à la tête d'un commando en décembre 1975 à Vienne de onze ministres de l'Opep, en avait fait une icône des révolutionnaires arabes et palestiniens et des activistes d'extrême gauche.

Il revendique cette action mais nie en revanche les faits qui lui sont reprochés à Paris. "Ce dossier est une construction du juge Jean-Louis Bruguière, des tonnes de papier qui sont du vent", a dit à Reuters son avocat Francis Vuillemin.

La défense conteste l'authenticité des documents des ex-services secrets de l'Est utilisés à charge et estime que des "pistes sérieuses" sur d'autres auteurs ont été négligées.

QUATRE ATTENTATS, UNE LETTRE DE MENACES

Le nouveau procès concerne des attentats à la bombe le 29 mars 1982 contre le train Capitole Paris-Toulouse (5 morts, 77 blessés), le 22 avril 1982 rue Marbeuf à Paris devant le siège du journal El Watan (un mort, 63 blessés) et le 31 décembre 1983 dans le TGV près de Tain-l'Hermitage et à la gare Saint-Charles de Marseille (5 morts et 50 blessés au total).

Les deux premiers attentats ont eu lieu à un moment où la France détenait l'amie de l'époque de Carlos, l'Allemande Magdalena Kopp, et un autre membre du groupe, Bruno Bréguet, arrêtés à Paris le 16 février 1982.

Carlos aurait lancé un ultimatum de trente jours à la France pour obtenir leur libération en écrivant une lettre authentifiée par l'empreinte de ses deux pouces au ministre de l'Intérieur de l'époque, Gaston Defferre. L'original de cette pièce ne figure pas au dossier du procès. Carlos dit qu'elle n'a jamais existé.

Le premier attentat contre le train Capitole avait eu lieu après l'expiration de cet ultimatum, celui de la rue Marbeuf le jour de l'ouverture du procès de Magdalena Kopp. Carlos est accusé d'avoir été l'instigateur de ces deux actions.

Les attentats de la Saint-Sylvestre 1983 faisaient suite à un raid de l'aviation française au Liban contre une base du Hezbollah pro-iranien.

L'accusation française s'appuie pour ces deux dernières actions sur les revendications du crime par une "Organisation de lutte armée arabe", où des experts disent avoir identifié l'écriture de l'activiste vénézuélien.

De sa prison, Ilich Ramirez a récemment donné par téléphone des entretiens à la presse, ce qui lui valu un bref placement à l'isolement en détention, annulé la semaine dernière.

Prié de dire s'il reconnaissait les faits du second procès, il répondait à Libération: "je n'ai pas pour habitude de faire des déclarations égocentriques, ni de jouer les petits jeux pitoyables de l'accusation à charge".

Après ce procès, Carlos fera encore face aux juges dans une dernière affaire où il est mis en examen, un attentat à la grenade qui avait fait deux morts et 34 blessés en 1974 au drugstore Saint-Germain à Paris.

Edité par Patrick Vignal

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