Le gouvernement a détaillé les mesures prises pour assurer la sécurité des établissements scolaires, après la série d'attentats qui a touché la France.

Plus de sécurité pour les établissements scolaires?
Plus de sécurité pour les établissements scolaires? © Maxppp / l'Est républicain

Les ministres de l'Éducation Najat Vallaud-Belkacem, de l'Intérieur Bernard Cazeneuve et de l'Agriculture Stéphane Le Foll (dont dépendent les lycées agricoles) ont fait le point mercredi matin sur les mesures de sécurité qui seront prises concernant les établissements scolaires. Trois mots d'ordre : anticiper, sécuriser et réagir.

Sécurité renforcée pour la rentrée la semaine prochaine, patrouilles mobiles toute l'année : plus de 3.000 réservistes de la gendarmerie nationale seront mobilisés pour le retour en classe le 1er septembre dans les 64 000 établissements scolaires, a annoncé le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve :

"Tout au long de l'année, une attention particulière sera portée aux abords des établissements", a-t-il ajouté, précisant que la "surveillance dynamique à proximité des écoles, collèges, lycées et universités sera renforcée par des patrouilles mobiles" en lien avec les polices municipales.

Les chefs d'établissements pourront également "compter sur l'engagement des 2.391 gendarmes et policiers correspondants "sécurité école" présents dans les commissariats et brigades de gendarmerie".

Les préfets doivent également réunir à la rentrée un état-major départemental de sécurité consacré à la protection de l'espace scolaire.

Une circulaire datée du 29 juillet adressée aux préfets et aux recteurs énumérait plusieurs dispositions, qui s'ajoutaient à de précédents textes publiés après les attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis. Dans cette circulaire, les ministres de l'Éducation et de l'Intérieur qualifient de "priorité absolue" la sécurité des écoles et des établissements scolaires.

Les enseignants visés par le groupe Etat islamique

La menace est réelle et sérieuse, a déclaré la ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem, mais il ne faut pas céder à la panique ni tomber dans la paranoïa.

Les enseignants font partie des nombreuses cibles citées par le groupe État islamique. Le groupe terroriste appelle à "combattre" et "tuer" les fonctionnaires de l'Éducation nationale, "des ennemis d'Allah" qui "enseignent la laïcité".

Une école a déjà été la cible d'un attentat en France : en mars 2012, Mohamed Merah avait abattu, au nom du djihad, un enseignant et trois enfantsd'une école juive à Toulouse.

Des exercices obligatoires

La  circulaire du 29 juillet prévoit notamment l'organisation obligatoire de trois exercices de sécurité au sein des établissements (contre deux jusqu'à présent) dont un simulant un attentat avec intrusion. Mais les enseignants des écoles primaires sont sceptiques sur la simulation d'un attentat et redoutent la psychose que cela pourrait engendrer.

Francette Popineau la secrétaire générale du Snuipp, principal syndicat des professeurs des écoles.

Les  répertoires téléphoniques des chefs d'établissements et des inspecteurs doivent être mis à jour afin que toute alerte puisse être rapidement transmise. Une alerte par SMS sera testée la veille de la rentrée.

Un policier devant chaque établissement? 

"Une attention particulière sera portée aux abords" des écoles pour "renforcer la surveillance sur la voie publique" et "éviter tout attroupement préjudiciable à la sécurité des élèves", selon la circulaire.

Les conseils de sécurité dans l'Académie de Paris-Créteil
Les conseils de sécurité dans l'Académie de Paris-Créteil © Radio France / Ministère de l'Education

Mais pour les forces de sécurité, c'est un vrai casse-tête : impossible de prévoir un dispositif maximal devant chaque établissement. Des patrouilles dynamiques seront mobilisées en conséquence pour la rentrée scolaire tant chez les policiers que chez les gendarmes. Une surveillance statique pourra également être mise en place au moment de l'entrée dans les écoles, et les 10 000 soldats de Sentinelle sont eux aussi concernés. Mais la plus grande responsabilité reposera sur les référents sécurité des établissements. C'est eux qui sont régulièrement en liaison avec la police et la gendarmerie, ils font ensemble le point sur les points de vulnérabilité et ce qui peut être amélioré (par exemple : condamner une porte d'accès à l'arrière du bâtiment ou changer la disposition d'une classe trop visible de l'extérieur).

Plus de formation

Trois nouveaux centres de formation en gestion de crise seront créés (à Rochefort, Melun et Tulle). Objectif : former 500 enseignants chaque année. Les collégiens de troisième seront tous sensibilisés aux gestes qui sauvent, et tous les élèves délégués seront formés au brevet de secouriste.A terme, un million 200 000 élèves devraient être formés ou sensibilisés aux gestes qui sauvent.

Il est aussi demandé aux directeurs d'école de tenir "des réunions de rentrée avec les parents d'élèves pour leur exposer les mesures de sécurité prises", et, dans les collèges et lycées, d'informer élèves et parents "dès la rentrée".

Sécuriser oui, bunkériser non !

50 millions d' euros seront débloqués pour financer des équipements de sécurité comme des portiques de sécurité.

Liliana Moyano, présidente de la FCPE, la Fédération de parents d'élèves , aurait préféré que les parents soient consultés avant la publication de la circulaire.

"Il faut que les parents soient informés des mesures, et partie prenante, mobilisés,  d'autant que chaque établissement est spécifique et élèves et parents connaissent très bien leur établissement.(...) Les exercices doivent être faits rapidement car anxiété et inquiétude chez les enfants et les parents viennent du manque d'information(...) Les gestes qui sauvent devraient être enseignés dès le primaire. (...). Il faut sécuriser les établissements, mais les bunkériser non! Ça ne veut pas dire fermeture aux parents. Des espaces de discussion doivent être mis en place. L'école pourra faire face à la situation actuelle si toutes les composantes travaillent dans le sens d'un renforcement des valeurs de l'école".

La radicalisation suivie de près

Dernier volet dans la circulaire de juillet : "le suivi des élèves et personnels dans un processus de radicalisation." Les préfets informeront les inspecteurs des résultats et suites des évaluations réalisées après des signalements, afin d'examiner les conditions de scolarisation des élèves signalés, ou de prendre "les mesures appropriées" avec le ministère de l'Éducation s'il s'agit de membres du personnel.