Le collège-lycée MHS situé dans le 19ème arrondissement de Paris est dans le collimateur des autorités depuis près d’un an. Cet établissement privé hors contrat accueille une centaine d’élèves de différentes confessions et origines, et accepte les signes religieux, dont le voile.

L'établissement MHS, dans le 19ème arrondissement de Paris
L'établissement MHS, dans le 19ème arrondissement de Paris © Radio France / Julie Pietri

Un long couloir conduit à huit salles de classes lumineuses, au sol recouvert de moquette bleue. Le collège MHS est installé au 1er étage d’un immeuble du XIXe arrondissement de Paris. Ses fenêtres donnent sur la rue. Jusqu'à la fin novembre, près d'une centaine de collégiens et lycéens étaient scolarisés dans ces locaux de près de 500 mètres carrés. 

C'est en janvier que les ennuis commencent. Le 30 janvier 2020, un premier contrôle administratif est réalisé. Après enquête, l'enseignement et l'accueil des élèves sont interdits au sein de l'établissement. "L'argument principal est technique et lié principalement à des histoires de sortie de secours en rez-de-chaussée qui ne sont pas existantes et à la largeur de la porte d'entrée", précise Hanane Loukili, la directrice de l'établissement. Pourtant, d'autres associations situées dans le même immeuble et qui accueillent elles aussi des mineurs n'ont pas été interdites, assure-t-elle. "Le climat actuel fait que l'on pourrait croire qu'on nous reproche d'autres choses". 

Le MHS se situe au 1er étage d'un immeuble parisien
Le MHS se situe au 1er étage d'un immeuble parisien © Radio France / Julie Pietri

Et justement, hier, la Préfecture de Police et le Parquet de Paris, ont précisé dans un communiqué commun que cette fermeture entrait dans le cadre de "la lutte contre l'islamisme" et "toutes formes de séparatismes". Hanane Loukili l'a découvert. "Je suis sous le choc parce que ce motif-là ne nous a jamais été communiqué. Déjà, on n'est pas un établissement confessionnel mais universaliste. Ça me choque qu'on m'associe à des faits religieux alors qu'il n'y a aucune religion qui est enseignée dans l'école. Et le combat que mène l'école est justement contre la radicalisation parce qu'on forme des citoyens respectueux de leur pays".  

Myriam et sa fille de 12 ans, Nour, scolarisée en classe de 5ème
Myriam et sa fille de 12 ans, Nour, scolarisée en classe de 5ème © Radio France / Julie Pietri

Dans cet établissement privé hors contrat, créé en 2015, le port de signes religieux est autorisé. Myriam et sa fille, Nour, 12 ans, scolarisée en 5e, se disent perdues. "J'ai demandé à Nour d'enlever son voile de part la fermeture de l'école et son papa également. Elle a refusé". La jeune fille décrit MHS comme "une école d'un bon niveau où elle se sent bien". "Dans ma classe, il y a des filles voilées, non voilées, de toutes les couleurs. Il n'y a pas de jugement ni de discrimination. On est acceptées comme on est". Depuis près de quinze jours, Nour est déscolarisée. "Je ne sais pas encore ce que je vais faire pour l'instant. Le voile, c'est un choix que j'ai fait. Et là, je me suis vraiment sentie visée". Sa mère ne souhaite pas la diriger vers une école musulmane. "Ce serait pour moi inimaginable. Ce n'est pas quelque chose que je recherche. Je veux de la mixité, je veux vraiment que mes enfants vivent ça parce que je pense que c'est l'avenir. C'est la force de la France, mais il faut qu'ils arrivent à le comprendre".

Hier, la préfecture a donné quelques motifs un peu plus précis qui ont conduit à l'interdiction d'enseigner au MHS fin novembre. Le collège-lycée, qui dit avoir décidé d’ouvrir cet automne, une fois des travaux de mise aux normes réalisés, n'avait pas la permission du rectorat. Le 18 novembre dernier, les dirigeants de l'établissement et l'association "support juridique de l'activité" ont donc été condamnés à des amendes. La fermeture a, de nouveau, été exigée. Le MHS a fait appel. Par ailleurs, lors d’un récent contrôle, la préfecture a pointé des "irrégularités" et la présence de _"deux personnes étrangères, hors Union européenne, qui enseignaient sans autorisation du Rectorat "_. La direction de MHS se défend encore en assurant que ses personnels sont en règle. 

"Je pense que comme toute accusation, ça mérite d'avoir des preuves", s'agace Hanane Loukili. "Nous avons pu faire des erreurs techniques mais ont-ils des preuves d'une tendance au séparatisme ? Je pose la question". La direction de l'établissement réfléchit actuellement à une nouvelle action en justice .