Trois premiers cas ont été identifiés vendredi en France, à Paris et Bordeaux. Alors que 56 millions de Chinois vivent actuellement confinés, les autorités sanitaires du monde entier sont en alerte, afin de limiter la propagation du nCoV-2019, qui a déjà fait une quarantaine de morts.

Des voyageurs en gare de Pékin, le 23 janvier.
Des voyageurs en gare de Pékin, le 23 janvier. © AFP / KOKI KATAOKA / YOMIURI

La France est désormais touchée par le coronavirus nCoV-2019. La ministre de la Santé Agnès Buzyn l'a annoncé vendredi 24 janvier : trois cas ont été confirmés, en Île-de-France et en Aquitaine. Elle a par ailleurs évoqué dimanche six cas suspects dont elle donnera plus de précisions en ce début de semaine. 

Pour autant, les autorités françaises se refusent à mettre en place des contrôles systématiques dans les aéroports, jugeant plus efficace pour endiguer la propagation de ce cousin du Sras, d'identifier toutes les personnes croisées par les malades. Le point sur une situation qui évolue d'heure en heure.

Que sait-on des cas identifiés en France ?

À ce stade, trois cas ont été confirmés sur le sol français. Ce sont les premiers en Europe. Deux se trouvent à Paris. Il s'agit d'un couple de touristes chinois arrivés dans la capitale il y a une semaine. Âgés de 30 et 31 ans, ils ont été pris en charge à l'hôpital Bichat.

Le troisième patient est à Bordeaux : un homme de 48 ans, travaillant dans le monde du vin et ayant récemment séjourné en Chine, a précisé le maire de la ville Nicolas Florian lors d'une conférence de presse. Le ministère de la Santé a fait savoir que les malades faisaient l'objet de "mesures d'isolement" afin d'éviter toute contagion. 

"Il y a six personnes pour lesquelles nous attendons les résultats", a par railleurs détaillé la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, après une réunion dimanche soir à Matignon. 

Combien de personnes contaminées au total ? 

En Chine, au moins 1 300 personnes ont été recensées comme étant contaminées. 237 sont en état critique. Dans 41 cas, le coronavirus s'est avéré mortel, la plupart du temps chez des personnes âgées de plus de 65 ans ou souffrant de maladies préexistantes. 

Des cas ont également été signalés dans d'autres pays d'Asie (Japon et Thaïlande notamment), ainsi qu'aux États-Unis ou encore en Australie. Aucun cas mortel n'a été rapporté hors de Chine. "Les pays où le virus a été identifié ont de bonnes capacités à isoler les patients", souligne l'épidémiologiste Arnaud Fontanet, interrogé par France Inter. "C'est notamment le cas de Hong Kong, touché par le virus du Sras en 2002-2003. On peut espérer que cet isolement précoce a évité des transmissions secondaires"

D'après les données dont dispose la communauté médicale et scientifique, le coronavirus chinois serait "a priori moins contagieux" que la grippe, explique-t-il également.

Quelles mesures ont été prises en France ?

"Il faut traiter une épidémie comme on traite un incendie", a déclaré vendredi la ministre Agnès Buzyn. En d'autres termes, la mission des autorités de santé est de circonscrire au plus vite la propagation du virus, qui se transmet par voie respiratoire, après des contacts étroits. Une enquête épidémiologique va être menée par Santé publique France pour recenser toutes les personnes ayant été en contact avec les cas confirmés. Celles-ci recevront alors des consignes spécifiques sur la conduite à tenir. 

"Dix à quinze personnes" entrées en contact avec le quadragénaire bordelais infecté se sont déjà signalées auprès des autorités, a déclaré samedi le maire de Bordeaux.

"Là où l'on a probablement de la chance avec le coronavirus, mais cela reste à confirmer, c'est qu'une personne en incubation ne transmet probablement pas la maladie. Ça n'est qu'au moment où elle est malade qu'elle devient contaminante. Il est donc plus facile de retrouver les gens sur cette période plus courte", a souligné sur franceinfo Bruno Lina, professeur de virologie au CHU de Lyon et au Centre international de recherches en infectiologie.

Si certains pays ont pris des mesures de contrôle aux frontières, visant les passagers en provenance de Chine, ça n'est pas le cas de la France. "L'Organisation mondiale de la santé n'a pas souhaité déclarer une urgence de santé publique de portée internationale, donc il n'y a pas de recommandation particulière aujourd'hui destinée aux voyageurs", a déclaré Mme Buzyn vendredi après le Conseil des ministres. 

Des messages de précaution sont toutefois diffusés dans les avions et les aéroports. Par ailleurs dès ce dimanche, une "équipe médicale d'accueil" sera mise en place à Roissy, a annoncé la direction générale de la Santé. Le dispositif permettra "de répondre aux questions" des voyageurs et de "prendre en charge toute personne inquiète ou qui présenterait des symptômes"

Et les Français qui se trouvent actuellement à Wuhan ?

Le gouvernement a annoncé dimanche le rapatriement prochain des Français qui le souhaitent depuis la zone d'épidémie du coronavirus en Chine. "Le Premier ministre a demandé d'organiser un rapatriement par voie aérienne directe vers la France avec l'accord des autorités chinoises" pour les ressortissants présents dans la région de Wuhan, épicentre de l'épidémie et normalement soumise à une interdiction de circuler. 

Ce rapatriement se fera "en milieu de semaine" et sera effectué sous la supervision d'une "équipe médicale dédiée". Les personnes rapatriées devront en outre "demeurer dans un lieu d'accueil pendant 14 jours", a précisé la ministre.

Il pourrait concerner "de quelques dizaines à quelques centaines" de personnes. 

Comment la Chine gère-t-elle l'épidémie ?

La Chine fait face à une situation "grave", a averti samedi le président Xi Jinping. Plus de 56 millions de personnes ont été confinées, dans la province chinoise du Hubei, dont Wuhan est la capitale. Les trains restent en gare, les autoroutes sont fermées. L'armée a envoyé vendredi dans la région 450 médecins militaires et personnels médicaux, certains ayant pris part à la lutte conte les virus Ebola et le Sras. Les hôpitaux étant saturés, la construction d'un nouveau site capable d'accueillir un millier de patients a débuté vendredi. L'hôpital devrait être terminé...  d'ici une quinzaine de jours, selon les médias publics. 

Ailleurs, dans le pays, des mesures de dépistage sont mises en place. Outre l'annulation des festivités du Nouvel an, de nombreux sites touristiques (Cité interdite, ancien palais des empereurs, etc.) ont été fermés afin de réduire les risques de propagation du virus. Hong Kong a décrété le niveau d'alerte sanitaire maximal sur son territoire.

Quels sont les symptômes du nCoV-2019 ?

La période d'incubation est estimée à sept jours en moyenne. Les effets du coronavirus chinois, communs avec ceux de la grippe notamment, sont les suivants :  fièvre, toux, difficultés respiratoires, fatigue générale. Si vous constatez ces effets et que vous avez récemment séjourné en Chine, il ne faut pas vous rendre aux urgences mais contacter directement le Samu (15). 

Le porte-parole de l'association des médecins urgentistes français Christophe Prudhomme a d'ailleurs réclamé samedi sur franceinfo des moyens supplémentaire afin de faire face à l'afflux d'appels, en pleine épidémie de grippe.

Peut-on imaginer la mise au point d'un vaccin ?

Trois équipes distinctes de chercheurs vont se lancer dans la mise au point d'un vaccin contre le nCoV-2019. C'est ce qu'a annoncé en début de semaine la Coalition pour l'innovation en matière de préparation aux épidémies. L'objectif est d'obtenir au moins un vaccin potentiel en phase d'essais cliniques d'ici au mois de juin. 

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