Pendant dix ans, la réalisatrice Christine Tournadre a suivi ce couple entre France et Indonésie dans son combat contre la peine capitale, combat singulier qu'elle rend universel.

"J'ai tout fait pour éloigner Sabine, pour qu'elle refasse sa vie. Mais elle n'a jamais voulu" Serge Atlaoui
"J'ai tout fait pour éloigner Sabine, pour qu'elle refasse sa vie. Mais elle n'a jamais voulu" Serge Atlaoui © AFP / BAY ISMOYO

Dans le documentaire, "Serge, condamné à mort", Sabine Atlaoui, sa femme ne pleure jamais. Son émotion affleure en permanence sans qu'on ne voie une larme. À aucun moment dans ce film (diffusé sur France 3 le 3 novembre) elle ne s'effondre. Pourtant depuis plus de dix ans, elle porte à bout de bras son mari Serge, enfermé dans le couloir de la mort d'une prison indonésienne. Dans ce pays, ils sont une centaine à attendre leur exécution.

Une histoire d'amour

L'histoire de Serge et Sabine racontée par la réalisatrice Christine Tournadre est avant tout une histoire d'amour. Le couple Serge et Sabine ne vit ensemble que depuis deux ans quand cet homme, soudeur de profession, accepte un boulot au noir à l'étranger. Serge Atlaoui se retrouve pour une courte période à travailler sur l'île de Jakarta en Indonésie, dans ce qu'il croit être être une usine d'acrylique. 

La police fait une descente et démantèle ce qui est en réalité une usine de fabrication d'ecstasy. Rapidement les policiers mettent Serge et une trentaine de personnes en prison. Les gros bonnets ont fui et la justice accuse Serge Atlaoui d'être un "chimiste" : elle le condamne à mort.

"Ça vous tombe dessus", explique Sabine face à la caméra. À partir de ce jour, elle sera tout entière dédiée à la cause de son mari et bien vite, la réalisatrice est aussi embarquée et nous avec. "J'ai été happée", explique t-elle. "Très vite, j'ai accepté d'être quelqu'un qui milite aussi." Christine Tournadre est à Jakarta quand l'affaire éclate. Quand elle rencontre Sabine, ce qu'elle perçoit, c'est avant tout sa détermination très forte : "Quand vous la suivez pendant 10 ans dans son combat contre la peine de mort, vous finissez par y adhérer".

Une combattante de l’abolitionnisme

Jour et nuit cette femme se bagarre. Seule pendant cinq ans, puis aux côté d'un avocat et du gouvernement français (en particulier par le biais de ses ambassadeurs sur place), Sabine avance pas à pas : face à la justice, aux médias, aux politiques, elle doit convaincre. Elle se met en avant, encore et toujours, elle raconte son histoire sans jamais perdre espoir. Elle perd sa maison, n'a plus d'argent et passe la majorité de son temps à lutter pour son mari. Sans cri, sans esclandre, sans grand geste mais avec des mots pesés, simples et clairs. Et au-delà de sa propre histoire, cette femme, confrontée à l'arbitraire de cette justice qui veut coûte que coûte exécuter son mari, devient une combattante de l’abolitionnisme.

La caméra la suit les quelques fois où, grâce à l'argent récolté via des dons, elle parvient à rejoindre son mari. Lors d'un bref moment d'intimité, Serge et Sabine, font une chose folle, un enfant, Yasin qui fête ses 7 ans ce 10 octobre, journée mondiale contre la peine de mort. Leur manière à eux de lutter, un enfant comme unique avenir ensemble. Serge Atlaoui a échappé de très peu à l’exécution mais il vit toujours dans le couloir de la mort. Sabine poursuit son combat pour lui mais aussi pour les milliers d'autres dans le monde qui attendent d'être tués.

En 2017, 3.000 personnes ont été exécutées dans le monde (sans compter la Chine qui refuse de communiquer sur le sujet.)

Serge, condamné à mort, réalisé par Christine Tournadre. diffusion le 2 novembre sur France 3 à 23h25 (disponible en replay pendant 7 jours).

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.