Après l'affaire Griveaux, les auteurs Jean-Pierre Bellon et Marie Quartier rappellent l'importance du phénomène de sexting dans le monde scolaire. Ce qu'a vécu le candidat à la mairie de Paris se produit aussi chez les ados.

C'est au collège et en 5e en particulier que se produisent le plus de cas de sexting secondaires
C'est au collège et en 5e en particulier que se produisent le plus de cas de sexting secondaires © Getty / .

Dans leur ouvrage Les blessures de l'école (ESF-Sciences humaines), Jean-Pierre Bellon et Marie Quartier reprennent les termes de "sexting" primaire et secondaire, mis en évidence par la chercheuse Amélie Robitaille-Froidure, et détaillent les solutions possibles pour les personnels enseignants et les parents qui entourent une victime de sexting. 

Jean-Pierre Bellon est l'un des pionniers de la lutte contre le harcèlement scolaire et Marie Quartier est fondatrice d'Orfeee, qui forme aux méthodes de prise en charge de la souffrance en milieu scolaire. 

Le sexting primaire, c'est tout simplement ce qui se passe dans le cadre de l'intimité d'une relation entre deux personnes qui vont s'échanger des photos ou des vidéos, toutes sortes de contenus intimes qui les regardent et qui ne regardent absolument personne d'autre. Faut-il le rappeler, prendre une photo intime, ou filmer une scène intime n'est pas réprimé par loi. 

Marie Quartier estime que "l'emploi de ce genre d'outil fait partie de notre monde et de nouvelles habitudes. C'est la force des choses, en quelque sorte. Et ça, ça ne regarde que les personnes concernées dans l'intimité et ce n'est absolument pas répréhensible. La loi ne porte pas de regard là dessus". 

Le sexting secondaire concerne en revanche, la diffusion non consentie de toute image qui aurait dû rester personnelle. C'est le moment où ces images sont portées à la connaissance d'un public qui n'aurait jamais dû les voir.

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Sexting primaire et secondaire

Par Christine Siméone

Le principe d'une alliance de soutien 

Ce phénomène inquiète beaucoup les professionnels de l'éducation, qui estiment, selon Marie Quartier, que le pic de ce genre de pratiques se produit, au collège, en classe de 5e. 

"C'est très effrayant, explique Marie Quartier, parce que ce sont donc des adolescents majoritairement, et des adolescentes en particulier, qui sont touchées, et qui sont totalement démunies quand elles voient leurs images livrées aux yeux de tout un établissement scolaire, parfois au-delà. C'est extrêmement traumatisant"

Pour aider les enseignants, et les victimes, Bellon et Quartier recommandent un ensemble d'actions coordonnées, pour soutenir la victime, conjuguer les efforts des professeurs auprès d'elle, auprès des autres élèves, et auprès des divulgateurs des images. Ils préconisent que les élèves se constituent en groupe de soutien autour de la victime. 

Le maître-mot dans ce genre d'affaires, c'est de faire alliance autour des victimes, sans les juger, ni les blâmer pour avoir été pris en photo ou filmés. 

Cette attitude d'alliance autour du garçon ou de la fille humiliée publiquement, "c'est pas gagné", explique Marie Quartier. "J'ai bien vu, en faisant passer des enquêtes auprès des collégiens que, majoritairement, les réactions sont très vives et condamnent la fille qui s'est fait piéger, qui a vu ses images diffusées. Et c'est elle qui est montrée du doigt. C'est elle qui est traitée de tous les noms et ça, c'est terrible".  De la même façon qu'on a pu reprocher à des femmes leurs jupes trop courtes pour expliquer leurs agressions, on reproche aux victimes de sexting leurs images. "On retombe exactement dans ces vieux mécanismes archaïques", estime Marie Quartier.

Le syndrome de la jupe trop courte appliquée au sexting et à Benjamin Griveaux

Du coup, les dégâts peuvent être énormes psychologiquement, avec un double effet néfaste : la violation d'intimité, et la condamnation publique. Ce qui est arrivé à Benjamin Griveaux est exactement de cet ordre, et le fait que certains ont pu arguer de son imprudence, d'avoir prêté le flanc à une attaque personnelle, relève de ce même mécanisme. 

"C'est grave parce que ça veut dire que ce message-là est quand même bien partagé par un public assez nombreux. C'est ça que je trouve inquiétant, ce jugement sur l'imprudence ou la légèreté. Il est néfaste pour nos jeunes. Ce message va arriver aux oreilles de nos jeunes. Il arrive aux oreilles des parents, de nos jeunes, et ça induit ensuite ce genre de réflexe de mise au ban de la société pour ces victimes de violation de leur intimité." conclut Marie Quartier.

Marie Quartier remarque que lors des interventions dans les classes, ce sont souvent les jeunes filles qui stigmatisent l'attitude de la victime qui a fait une image ou une vidéo intime. Ce qui interroge sur la façon dont nous éduquons les jeunes filles, les interdits que nous mettons dans leur tête. "J'ai pu voir aussi, lors de consultation en privé, le jugement des mères sur leur fille, qui est très fort. Ça, c'est très dur pour les jeunes. Je me dis que si les femmes se jugent entre elles, on ne va pas aller loin", conclut Marie Quartier.  

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