Après trois mois et demi de mobilisation, il a décidé d'abandonner son "gilet jaune". Jonathan Rebut-Sarda, figure du mouvement à Fontainebleau en Seine-et-Marne, se consacrait à temps plein à la mobilisation. Avec 6 000 euros de découvert, dégoûté par les tensions internes au groupe, il a préféré reprendre le travail.

Jonathan Rebut-Sarda, en décembre sur le rond point de l'Obélisque, à Fontainebleau
Jonathan Rebut-Sarda, en décembre sur le rond point de l'Obélisque, à Fontainebleau © DR

"C’était du temps plein". Pendant trois mois et demi, Jonathan Rebut-Sarda a été représentant du collectif des "gilets jaunes" de Fontainebleau, en Seine-et-Marne, un groupe qui est resté mobilisé sur la durée. "On était présents tous les jours sur le rond-point de l’Obélisque" se souvient-il, "progressivement, on a lâché la semaine pour ne faire que les week-ends et ensuite, on a mis en place des débats nationaux, en parallèle du grand débat". 

Après une première manifestation au début du mouvement, il décide d'y consacrer tout son temps et met entre parenthèse son activité professionnelle

6 000 euros de découverts, et 55 000 euros de contrats annulés

Des sacrifices qu'il assume. "Je fais de l’élagage et de l’abattage d’arbres de grande hauteur, je suis à mon compte en tant qu’artisan, en entreprise individuelle : j’ai donc dû annuler les commandes, client par client, à raison de 55 000 euros de chiffre d’affaire sur ma saison, sur l’hiver 2018 – 2019" détaille-t-il à France Inter. Résultat : un découvert "de 6 000 euros et un fichage à la Banque de France, en raison de crédits personnels que je n’ai pas pu honorer". 

Mais l'artisan indépendant ne regrette pas. S'il a choisi de s'engager sur le rond point et dans les cortèges de "gilets jaunes", c'est pour défendre son pouvoir d'achat et celui de ses clients, majoritairement retraités. "Cette année, c’était une saison avec des carnets de commande bien remplis, mais au vu des surtaxes toujours plus importantes qui arrivaient, je risquais de mettre la clef sous la porte la saison suivante" justifie Jonathan aujourd'hui. 

Des tensions internes au groupe

Fin février, il décide de raccrocher le gilet. "Trois mois et demi sans activité, ce sont trois mois et demi sans rentrées d’argent : j’essaie de redresser la barre en redémarrant progressivement" espère l'artisan qui a retrouvé des clients mais perdu la grande partie de sa saison. L'élagage des arbres s'effectue surtout en plein hiver.

Mais ce qui l'a poussé à arrêter, ce sont surtout les tensions en interne. "Une poignée de personnes a tout balayé" explique-t-il : des accusations, infondées selon lui, de détournements de fonds dans le collectif et des divergences de points de vue avec certains membres du mouvement. "J’ai de l’amertume parce qu’après avoir passé tant de temps, dépensé tant d’argent et avoir côtoyé un groupe, qui, plus qu’un collectif, était vraiment une famille, cela fait vraiment mal" lâche-t-il. 

Une vingtaines de débats près de Fontainebleau

Jonathan Rebut-Sarda a notamment poussé à l'organisation de plus de vingts réunions, en marge du grand débat national, dans les communes proches de Fontainebleau, filmées sur la page Facebook du mouvement. "La majorité des personnes n’était pas pour les débats et défendaient les blocages, les barrages filtrants sur les ronds-points" explique l'ancien représentant du collectif, "moi j’ai compris rapidement que les gens en avaient marre : on ne faisait pas de blocages mais on créait des bouchons et cela devenait insupportable pour les gens" ajoute-t-il.

Des gilets jaunes de Fontainebleau (Seine-et-Marne) discutent avec des responsables LREM lors du grand débat de Saint-Thibault-des-Vignes. 23 janvier 2019.
Des gilets jaunes de Fontainebleau (Seine-et-Marne) discutent avec des responsables LREM lors du grand débat de Saint-Thibault-des-Vignes. 23 janvier 2019. © Radio France / Mathilde Dehimi

Et malgré la fin de son engagement, Jonathan assure que son "cœur reste jaune" et préfère retenir les aspects positifs du mouvement. "Je ne sais pas si on a réussi à influencer mais je sais que des personnes qui n’étaient pas 'gilets jaunes', qui se sont présentées lors des débats, nous ont dit qu’elles nous soutenaient" assure-t-il. "Si c’était à refaire, je le referai, car je pourrai dire à ma fille que je me suis battu jusqu’au bout, que je n’ai rien lâché pour elle" conclut l'artisan.

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