[scald=64331:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Le premier procès français de Somaliens accusés de piraterie s'est ouvert mardi à Paris et promet un vif débat entre l'accusation, qui veut mettre un coup d'arrêt à ce phénomène en expansion, et la défense, qui estime qu'on s'en prend à des lampistes.

L'audience à la cour d'assises des mineurs vise six hommes capturés en septembre 2008 dans le golfe d'Aden après l'assaut par des commandos français du voilier Carré d'As, où un couple de Français était retenu en otage.

L'assaut français avait fait un mort chez les pirates. Poursuivis pour "détournement de navire, enlèvements, séquestrations avec demande de rançon, association de malfaiteurs et vol en bande organisée", les accusés encourent la perpétuité dans ce procès qui doit aboutir début décembre.

La cour devait décider dans la journée d'un éventuel huis clos, un des accusés ayant été mineur au moment des faits. Les six hommes sont aujourd'hui âgés de 21 à 36 ans. Quatre affaires de piraterie en Somalie sont au total instruites par la justice française, qui détient 22 Somaliens y compris ceux du Carré d'As.

Du fait de la déliquescence de l'Etat somalien, la piraterie avec prises d'otages est aujourd'hui endémique. On estimait fin octobre que 17 bateaux étaient aux mains de pirates capables de sévir à des centaines de kilomètres au large du littoral de leur pays, où l'anarchie et l'insécurité règnent depuis 1991.

L'Union européenne a monté ces dernières années dans la région une opération de surveillance du littoral de la Corne de l'Afrique, dite "Atalante", avec des navires de guerre et des avions de patrouille maritime.

UNE IMPLICATION CONTESTÉE

Les assaillants du Carré d'As, capturé en mer puis ramené vers la côte, réclamaient d'abord quatre, puis deux millions de dollars pour la vie de Jean-Yves Delanne et son épouse Bernadette, retenus prisonniers dix jours avant l'opération militaire ayant conduit à leur libération.

Certains des accusés admettent un rôle limité dans la surveillance des otages ou l'interprétariat, d'autres expliquent avoir eu un simple rôle d'employés des ravisseurs et disent avoir été contraints de participer à la séquestration.

"Interpeller les lampistes alors que ceux qui sont véritablement derrière ces affaires-là sont encore en Somalie et commettent encore des actes de piraterie, cela paraît un peu simple et surtout très inefficace", a dit à la presse Rachel Lindon, avocate de l'accusé mineur au moment des faits.

Les avocats soulignent aussi la nature des faits imputés aux accusés. "Il était pris au piège et c'est très compliqué de se sortir d'un tel piège. Il n'a commis aucune violence sur les époux Delanne, et aucun des six n'en a commis", a dit Aurélie Cerceau, avocate de l'un d'aux, Aweil Farah.

Ils soulignent enfin le contexte de la Somalie. "Il y a un système clanique en Somalie, de clans mafieux. Mon client était pêcheur, on ne lui a pas demandé son avis", a dit Cédric Alépée, avocat du même accusé.

Certains des accusés ont dit à l'instruction vouloir demander l'asile politique en France à l'issue de leur peine. Ils auraient tous travaillé, a conclu l'enquête, pour un gang de mer dirigé par un ex-douanier somalien, Youssouf Haji Shiré, qui n'a pas été capturé.

Selon l'enquête, le piratage fonctionne en effet comme une activité économique, le chef conservant la majeure partie des gains et rémunérant les acteurs comme des salariés. Il semble y avoir plusieurs cercles, les membres et les employés occasionnels.

Après le dossier Carré d'As, la France devra juger six Somaliens écroués depuis avril 2008 après la prise de trente otages à bord du Ponant et trois autres capturés lors de l'assaut du voilier Tanit, où un otage français avait péri d'une balle militaire française en 2009.

Il faudra aussi traduire en justice un groupe de sept derniers hommes accusé de l'attaque en septembre dernier d'un catamaran où un Français avait été assassiné.

Thierry Lévêque, avec Pauline Mevel, édité par Patrick Vignal

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