Les propos du pape François sur les "soins" psychiatriques nécessaires aux homosexuels n'ont pas manqué de susciter des réactions. Cette attitude qui consiste à faire de l’homosexualité une maladie mentale n'est malheureusement pas nouvelle dans notre Histoire.

En France, l'homosexualité a été dépénalisée en 1982 mais de nombreuses familles ont continué à considérer qu'il s’agissait d'une maladie.
En France, l'homosexualité a été dépénalisée en 1982 mais de nombreuses familles ont continué à considérer qu'il s’agissait d'une maladie. © AFP / FRANCOIS GUILLOT

Il a fallu que la médecine se mêle de nos vies sexuelles pour que toute activité liée au sexe en dehors du mariage (et de la procréation) soit condamnée et classée comme une pathologie. La masturbation, la sodomie et, donc, l'homosexualité n'ont pas échappé à cette règle. Au milieu du XIXème siècle, la religion fait moins recette mais la science, ou plutôt les sciences, prennent une place prépondérante.

Tout doit être étudié et disséqué, en particulier les comportements dits "déviants". Au départ, le terme "homosexuel" est utilisé par un journaliste hongrois qui souhaite poser un regard plus scientifique que moral sur cette sexualité. À partir de là, les médecins, notamment les psychiatres s'en emparent. "Les homosexuels subissent alors la double peine, punis devant Dieu, ils sont désormais considérés comme malades mentaux par les scientifiques", explique Malick Briki, psychiatre, auteur d'une thèse Psychiatrie et homosexualité - Lectures médicales et juridiques de l'homosexualité dans les sociétés occidentales de 1850 à nos jours aux Presses universitaires de Franche Comté.

Cette classification pseudo scientifique est très rapidement adoptée dans tout l'Occident, de l'Europe aux États-Unis. Quelque temps auparavant, un best-seller, mettant en garde contre les dangers de la masturbation, a fait un tabac. Les familles s'affolent et observent et découvrent avec angoisse l'étendue de ces "vices".

Un "syndrome pédérastique" jusqu'en 1970

La parution de l'étude de Tardieu au milieu du XIXème siècle, offre même une description physique du "sodomite" comme il est nommé à l'époque.  Ce sont des descriptions dantesques "des rectums en forme de cheminée", "de pénis effilé comme des sexes de chiens", de "lèvres fines et des petites dents"... Le "syndrome pédérastique" de Tardieu sera enseigné dans les facultés de médecine jusque dans les années 70... 1970.

Alors bien sûr, pour lutter contre cette "maladie", il faut des remèdes plus ou moins violents : l’hydrothérapie, le bromure... Et les psychiatres accueillent des patients et des patientes homosexuels afin de les "soigner". Les comportementalistes s'y mettent aussi avec des traitements dits "inversifs" : on met le "patient" face à des images homo-érotiques, et en cas d’érection, une décharge électrique est envoyée. Ces "soins" ont été "pratiqués" en Europe jusque dans les années 60, tout comme la castration mécanique et chimique ou la lobotomie frontale", rappelle Malick Briki.

Encore aujourd'hui, des parents consultent des psychiatres parce qu'ils sont inquiets de l'homosexualité supposée de leur enfant. "Ils ont peur d'avoir mal fait, d'avoir loupé quelque chose en tant que parents", explique le psychiatre. "Il faut dédramatiser, éduquer. Il ne faut pas soigner l’homosexualité, qui n'a rien de pathologique, mais soigner l'homophobie."

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