A partir du 11 mai, il sera conseillé aux personnes qui se savent fragiles, en raison de leur âge de rester confinés. Ce qui sous-entend qu'il sera permis à tous les seniors qui sont en forme de sortir du confinement comme les autres. Une décision saluée par les professionnels qui encadrent les personnes âgées.

L'Elysée annonce qu'il n'y aura pas de barrière d'âge pour le déconfinement à partir du 11 mai
L'Elysée annonce qu'il n'y aura pas de barrière d'âge pour le déconfinement à partir du 11 mai © AFP / Laure Boyer / Hans Lucas / Hans Lucas

Le président Emmanuel Macron avait déclaré le 13 avril que les personnes âgées devraient rester confinés au-delà du 11 mai. 

Finalement le gouvernement a décidé de proposer aux personnes qui se savent fragiles, en raison de leur âge notamment de rester confinés. Ce qui sous-entend de permettre à tous les seniors qui sont en forme de sortir du confinement comme les autres. 

Le chef de l'Etat, explique l'Elysée, a souhaité en appeler à "la responsabilité individuelle" et faire cette mise au point en voyant "monter le débat sur la situation de nos aînés, après les déclarations du Pr Jean-François Delfraissy".
Celui-ci avait dit mercredi au Sénat que "pour les personnes d'un certain âge, de 65 ou 70 ans" et les personnes fragiles, "on continuera le confinement".
"Le chef de l'Etat ne souhaite pas de discrimination entre nos concitoyens après le 11 mai", a finalement indiqué l'Elysée.

Pour Jérôme Guedj, nommé à la tête d'une mission de lutte contre l'isolement des plus anciens. c'est le bon sens qui parle. "Je suis content que puisse être tué dans l’œuf un début de polémique", car dit-il, "les gens n’aiment pas les discriminations et encore moins celles liées à l’âge". Pour lui, "une barrière d’âge ce n’était pas entendable. C’était difficile à mettre en œuvre et stigmatisant. Les barrières d’âge, on sait quand on commence, on ne sait pas quand ça s’arrête". 

Il est rassuré par le recentrage et le "bon sens" de cette décision et rappelle que les médecins traitants ont un rôle essentiel à jouer. 

Libérées, les personnes âgées doivent être protégées

Cette perspective d'un déconfinement à deux vitesses était "totalement désespérante" pour les personnes âgées, selon le docteur Jacques Battistoni, président du syndicat de médecins MG France, interrogé samedi sur franceinfo. Selon lui, un déconfinement en même temps que le reste de la population est envisageable à condition de "protéger ces personnes qui sont un peu plus fragiles que les autres de façon particulière". 

Pour les personnes dépendantes ou résidents en Ehpad, il estime que "ce qui est important, c'est de voir sa famille, c'est d'être entouré et de retrouver du lien social à la fois à l'intérieur de l'Ehpad et avec les personnes de sa famille. Là aussi, il y a des mesures à prendre. On ne peut pas passer simplement du confinement très sévère aujourd'hui qui est souvent dans la chambre même du résident à sortir à l'extérieur. Il y a des intermédiaires à trouver ".

Pour le gériatre Christophe Trivalle aussi, cette liberté devra être très très protégée. Les seniors sont clairement une population à risque. En réanimation, les deux tiers des patients ont plus de 60 ans et la mortalité due au Covid-19 touche dans 82% des cas des plus de 70 ans. Cette vulnérabilité s’explique par le fait que plus on est âgé moins les défenses sont efficaces face à une infection. On parle d’immuno-senescence, le système immunitaire est moins performant. De plus en vieillissant, on multiplie les facteurs de risques, les co-morbidités comme le diabète ou l’insuffisance rénale. Mais attention, prévient le gériatre Christophe Trivalle, "même les seniors bien portants doivent se méfier". 

L’Académie  de médecine qui s’opposait ardemment au déconfinement par tranche d’âge a d’ailleurs insisté avant-hier sur les souffrances morales liées à l’isolement. "La solution est probablement dans l’entre-deux" résume Christophe Trivalle. 

Les plus âgés ne doivent pas être "infantilisés"

Le président de l'Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA) Pascal Champvert avait estimé vendredi qu'un confinement prolongé des personnes âgées après le 11 mai, ne serait "pas tenable".  "Des gens vont mourir d'autres choses que du coronavirus: du confinement, de l'isolement et de la solitude", avait-il déclaré Pascal Champvert.  

C'est un soulagement pour Marie de Hennezel, spécialiste du vieillissement et de la fin de vie. Le maintien du confinement pour les personnes âgées aurait été "injuste, discriminatoire et anti-constitutionnel", estime la psychologue, invitée sur France Inter ce samedi. 

Elle se dit "soulagée" par le renoncement du président de la République qui refuse finalement une "discrimination des personnes âgées" et en appelle à la "responsabilité individuelle". La psychanalyste déplore une tendance à "infantiliser" les plus de 70 ans.
 

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