Il y a comme ça des mots qui s'emploient toujours de façon négative. C'est le cas de la stigmatisation. Jusqu'à preuve du contraire, il n'existe pas de stigmatisation positive. On parle de 'discrimination positive'. On parle aussi désormais de 'laïcité positive' (personne ne sait très bien ce que ça veut dire). On parle d'énergie positive... Ou bien de pensée positive. Je suis beau. Je suis grand. Je suis mince. Je suis très désirable sexuellement... C'est la pensée positive. Mais la stigmatisation, c'est toujours négatif. « Il ne faut pas stigmatiser », ne cesse-t-on d'entendre à longueur de journée. Il ne faut pas stigmatiser : les Musulmans, les Juifs, les Catholiques, les Noirs, les Arabes, les Auvergnats, les Homosexuels, les Homosexuels auvergnats, les jeunes qui mettent leur casquette à l'envers et qui parlent en verlan... Ce sont souvent des groupes de personnes que certains stigmatisent. Des groupes. C'est comme les voyages organisés. Ma grand-mère, l'an dernier, elle a fait une croisière sur le Rhin. Une croisière avec Frédéric François, François Valéry et Valéry Giscard d'Estaing. Les trois petits chats, on les appelait sur le bateau. Eh bien c'était un voyage de groupe. Giscard qui, soit dit en passant, est un adepte, lui aussi, de la pensée positive. Je suis beau. Je suis grand. Je suis mince. Je suis très désirable sexuellement. Ma grand-mère m'a dit qu'elle avait bien failli tomber dans le panneau. « J'étais à deux doigts de lui dire oui ! » Et moi j'étais à deux doigts d'avoir un nouveau grand-père… Mais revenons plutôt à nos Noirs et à nos Arabes. Revenons à nos Musulmans, à nos Juifs, à nos Catholiques, nos Auvergnats, nos Homosexuels et nos Homosexuels auvergnats. Et, pourquoi se priver, parlons également des homosexuels auvergnats noirs. Homosexuel auvergnat, noir, juif et musulman. Là, ça fait peut-être un peu beaucoup... D'autant qu'en prononçant ces mots-là, je vois bien ce que ça provoque. Ça provoque de la gène. Dans le studio, là, tout de suite, y'a de la gène... Nicolas Rey se mord les lèvres... Pascale Clark mord son stylo et Thomas Legrand mord Eva Bettan, qui elle, se cure le nez. C'est pas joli ! Eva... Mais alors quand je dis cela, qu’Eva Bettan se cure le nez, est-ce que je stigmatise ? Aujourd'hui, dès qu'on dit quelque chose de déplaisant sur quelqu'un, ce n'est plus qu'on le critique, c'est qu'on le stigmatise. Bientôt, même aux enfants on dira ça ! « Papa, y'a Judas qui n'arrête pas de se moquer de moi ! » « Judas ! Tu arrêtes de stigmatiser ton frère ! » « Mais c'est lui qui a commencé ! » « Eh bien Jésus t'arrêtes aussi ! On ne stigmatise pas ! » Bon. Jésus, en même temps, il n'a pas fait exprès de stigmatiser. C'est pas de sa faute. C'est les clous. A l'origine, toutefois, ce n'était pas une histoire de clous, mais de fer. C'est au fer rouge qu'on marquait les esclaves fugitifs. On les stigmatisait. C'est pour ça que c'est un mot violent. Parce qu'il dit la violence des hommes entre eux. Mais il désigne aussi tous aussi ceux qui portent sur le corps des plaies semblables à celles du Christ. Il y a donc un paradoxe avec la stigmatisation. Pour certains, c'est la honte et pour d'autres un honneur. Par exemple François d'Assise et Catherine de Sienne, eux c’est parce qu’ils ont eu les mains qui saignent qu’ils sont devenus saints. Pas que pour ça, mais pour ça notamment. Et c'est sympa quand t'es Saint, c'est sûr, ça me tente assez ! Ça me tente assez, c’est sûr, c’est sympa quand t’es Saint ! Et puis jusque là, on n’en a pas eu, des saints, à France Inter… Saint Frédéric de France Inter... ça aurait de la gueule... Je suis beau. Je suis grand. Je suis mince. Je suis très désirable sexuellement... Il me manque plus que les plaies du Christ ! En plus ça ferait super plaisir à ma grand-mère... Je suis sûr que même Giscard, il dirait que ça lui troue les mains ! Chronique (Gimmick) du 08.04.2011 dans l’émission « Comme on nous parle »

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