C'est l'une des pistes envisagées par le gouvernement pour accompagner la sortie du confinement : une technologie de traçage des personnes infectées par le Covid-19 pour identifier de potentielles chaînes de contamination. Ce mercredi, Olivier Véran et Cédric O ont apporté de premiers éléments sur son développement.

En Bulgarie, les autorités ont mis en place une application permettant de suivre les personnes touchées par le Covid-19
En Bulgarie, les autorités ont mis en place une application permettant de suivre les personnes touchées par le Covid-19 © AFP / Hristo Rusev / NurPhoto

Depuis que la possibilité de mettre en place une technologie de traçage des personnes touchées par le Covid-19 a été évoquée, cette solution fait polémique, agitant la question des libertés individuelles et de la collecte d'informations personnelles par les autorités. Mais que sait-on exactement de ce que pourrait être cette application ? 

Jusqu'à ce mercredi, on n'en savait pas grand-chose : mais mercredi matin, dans Le Monde, le ministre de la Santé Olivier Véran et le secrétaire d'État au Numérique Cédric O ont présenté les premiers aspects du projet qui pourrait donner naissance à une application, dont le nom est pour l'instant StopCovid

En quoi consistera ce dispositif ?

Pour l'heure, tout est au conditionnel, les deux membres du gouvernement martelant à longueur d'interview qu'il ne s'agit actuellement que d'une expérimentation : "Rien ne sera décidé sans un large débat, mais ce débat doit être éclairé en évaluant ce que la technologie permet", explique Cédric O. 

Le projet consisterait donc en une application à télécharger sur son smartphone et qui, une fois activée, mémorise les autres personnes détentrices de l'application croisées (pendant une certaine durée et à une distance rapprochée). Et par la suite, "si un cas positif se déclare, ceux qui auront été en contact avec cette personne sont prévenus de manière automatique", détaille le secrétaire d'État. 

Sera-t-il obligatoire d'installer cette application ?

Les deux représentants de l'exécutif sont formels : le projet StopCovid ne se base que sur le volontariat, et personne ne sera obligé d'installer l'application sur son smartphone. "Notre hypothèse est celle d’un outil installé volontairement, et qui pourrait être désinstallé à tout moment. Les données seraient anonymes et effacées au bout d’une période donnée", assure le secrétaire d'État au numérique, qui précise que le code informatique de l'application serait rendu public si l'application était effectivement lancée. Par ailleurs, cette application n'est qu'une partie de la stratégie qui doit pouvoir mener à la fin du confinement. Les tests sérologiques – pour lesquels des recherches sont également en cours – et le port du masque de protection font aussi partie de cette stratégie.

Saura-t-on quelles sont les personnes infectées croisées ?

Non, car ce n'est pas le but. Le message reçu sur son téléphone indiquera simplement qu'on a croisé récemment une personne positive au Covid-19, et donc qu'il est nécessaire de se faire tester ou de se faire confiner. L'idée est ainsi de bloquer les chaînes potentielles de transmission du virus, le plus vite possible

Selon Olivier Véran, ce principe de "contact tracing" a déjà fait ses preuves, par exemple lorsqu'un foyer a été détecté aux Contamines-Montjoie, en interrogeant toutes les personnes rencontrées par les porteurs du virus. L'application StopCovid permettrait "d'automatiser" cette procédure. 

Quelle technologie permettra à cette application de fonctionner ?

La réponse apportée par Cédric O est étonnante : pour ne pas avoir à géolocaliser les individus, l'application ne se baserait pas sur des données GPS mais sur… le Bluetooth. "L’application ne géolocalisera pas les personnes. Elle retracera l’historique des relations sociales qui ont eu lieu dans les jours précédents, sans permettre aucune consultation extérieure, ni transmettre aucune donnée", explique-t-il, toujours dans Le Monde.

Seul bémol : le Bluetooth est une technologie qui n'est pas prévue pour mesurer des distances entre deux appareils. L'application fait donc l'objet d'une recherche massive menée à la fois par des chercheurs français, mais aussi allemands et suisses. 

Quand arrivera cette application ?

Déjà, la première des questions est : cette application verra-t-elle le jour ? Cédric O se montre prudent sur cet aspect, car le développement de ce logiciel n'est pas facile – notamment en raison de l'utilisation du Bluetooth. Dans Le Monde, il affirme : "Je ne peux pas vous dire s'il faudra trois ou six semaines pour la développer". 

Par ailleurs, d'autres incertitudes subsistent : quid des personnes qui ne disposent pas de smartphone – qui représentent tout de même 13 millions de Françaises et de Français victimes de la fracture numérique, rappelle Cédric O ? Qu'en sera-t-il également pour celles et ceux qui ont des téléphones dotés d'anciennes technologies Bluetooth ? Et par ailleurs, combien de personnes devront installer cette application pour que son utilisation soit efficace ? Autant de questions qui se posent encore, et auxquelles les membres du gouvernement n'ont pas encore répondu. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.