Gare d'Egly
Gare d'Egly © / Geralix

Le parquet d'Evry a ouvert une enquête après le suicide dans l'Essonne d'une jeune femme de 19 ans qui a filmé son suicide sur l'application vidéo Periscope, qui appartient à Twitter.

Océane a mis fin à ses jours mardi sous les yeux de plusieurs personnes en se jetant sur les rails d'un RER C, en gare d'Egly, en Ile-de-France.

La jeune femme s'est connectée à cinq reprises mardi à l'application Periscope, et a continué à filmer sur le quai de la gare.

"Elle s'exprime longuement sur sa vie et ses relations affectives difficiles avec son ancien compagnon", précise le procureur d'Evry, Eric Lallement, dans un communiqué.

Un geste désespéré pour dénoncer son agresseur

"Dans un SMS envoyé à un ami, la jeune fille évoque des violences et un viol que son compagnon lui aurait fait subir et déclare mettre fin à ses jours à cause du mal que celui-ci lui avait fait", selon le procureur.

Dans des séquences Periscope publiées sur Youtube, la jeune femme aux longs cheveux noirs explique à ses "followers" qu'il va se passer quelque chose en live et que cette vidéo est faite pour faire réagir les gens et pas pour faire le buzz. Elle déconseille aux mineurs de continuer à la suivre.

Le téléphone portable de la jeune femme, qui a été retrouvé près de son corps, est toujours en cours d'exploitation.

Selon les premiers éléments de l'enquête, la victime avait un "profil psychologique fragile et les enquêteurs de lagendarmerie ont commencé à entendre ses proches pour tenter d'expliquer son geste, précise Eric Lallement.

Une autopsie et des analyses toxicologiques et médicamenteuses seront réalisées au cours des prochains jours.

Déjà plusieurs polémiques sur Periscope

Les gestionnaires de Periscope ont censuré la cinquième intervention, d'une durée de 29 minutes et qui précède de peu son suicide. Mais celle-ci sera bientôt à la disposition des enquêteurs, précise le parquet d'Evry.

Avant ce suicide, l'application a déjà fait parler d'elle via des détenus qui se sont filmés dans leur prison ou encore des adolescents qui ont agressé un passant à Bordeaux, et le footballeur Serge Aurier qui insultait l'entraineur Laurent Blanc.

Vers plus de modération?

Ces faits posent la question de la modération du contenu diffusé sur cette application dont on ne peut revoir les vidéos que pendant 24 heures après leur diffusion.

En matière de modération, Périscope fonctionne comme la plupart des réseaux sociaux, grâce au signalement des internautes. Pour Facebook ou Twitter, il faut au mieux compter plusieurs heures pour qu'une photo, une vidéo, un commentaire soit retirés. Ces délais sont inadaptés dans le cadre de Periscope puisque le principe est de tourner une vidéo en direct. Cela voudrait dire que Periscope devrait avoir des milliers de modérateurs, capables de regarder ces vidéos dans toutes les langues et d'en comprendre la gravité.

Et même s'il y avait tous ces moyens humains, certains actes imprévisibles comme celui de cette jeune femme pourraient ne pas être arrétés à temps

L'application Periscope est toute jeune mais avec déjà 10 millions d'utilisateurs, il peut y avoir parfois plusieurs milliers de vidéos en même temps.Justine Atlan est présidente de l'association e-Enfance. Pour elle, il faut pérvenir les dérives en informant mieux les internautes, parents et ados.

Les dérives sont inévitables

On est dans un outil qui peut être merveilleux, mais il y aura toujours des dérives, selon le community manager pour un groupe de radios pour les jeunes, Rémy Buisine célèbre pour avoir filmé sur Periscope le mouvement "Nuit Debout" en temps réel. Mais il se passe aussi beaucoup de choses merveilleuses grace à Periscope, comme filmer des mouvements sociaux ou encore de magnifique couchers de soleil à l'autre bout du monde.

Pour Rémi Buisine, la prévention est une urgence, notamment en milieu scolaire. Expliquer aux jeunes la portée que peuvent avoir des mots, des photos ou des vidéos sur le net, mais aussi leur portée sur ceux qui regardent, qui peuvent aussi être traumatisés.

Rien n'est fait pour l'instant à l'école pour sensibiliser les jeunes à cette problématique, déplore Rémi Buisine.

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