Depuis fin 2015, les policiers ont le droit de porter leur arme en permanence, même hors-service. Pourtant, armés, on leur refuse l'accès par exemple aux salles de spectacle.

Depuis les attentats de Paris et de Saint-Denis en novembre 2015, les policiers ont le droit de porter leur arme même en congés.
Depuis les attentats de Paris et de Saint-Denis en novembre 2015, les policiers ont le droit de porter leur arme même en congés. © AFP / FRED TANNEAU / AFP

La mesure devait être temporaire. Finalement, depuis les attentats de Paris et de Saint-Denis en novembre 2015, les policiers ont toujours l'autorisation de porter leur arme de service, même lorsqu'ils ne travaillent pas. Ce droit a été prolongé avec l'état d'urgence, mais soumis à plusieurs conditions. Le policier en civil doit emmener aussi son brassard, avoir prévenu sa hiérarchie et depuis très récemment, s'être entraîné au tir dans les quatre derniers mois.

Cinémas, concerts, supermarchés

Cette mesure, devait rassurer les policiers dans leur quotidien, notamment après Magnanville. Mais l'arme en France, qu'elle soit ou non à la ceinture d'un policier en civil, ça ne passe pas. "J'ai été récemment avec ma femme à la Tour Eiffel" raconte Mickaël, policier à Paris. C'est au moment de la fouille des sacs et des portiques de sécurité que ça s'est compliqué. "On appelle le chef des agents de sécurité devant tout le monde. Donc vous êtes identifié en public et il vous dit que vous ne pouvez pas monter" explique le membre de l'unité de sécurisation opérationnelle de la capitale. Sa mission, c'est notamment d'être en contact permanent avec les agents de sécurité des monuments historique de la capitale, d'où son incompréhension.

Je suis là tous les jours pour assurer leur sécurité. Pour moi elle, [ ndlr : l'arme ], ne pose pas problème.

Si Mickaël veut entrer dans un supermarché, aller à un concert en famille, comme au FNAC live dernièrement à Paris, il doit forcément rentrer chez lui déposer son arme. C'est "là, à la maison, que mon arme n'est pas en sécurité" explique l'agent de la direction de l'ordre public et de la circulation à Paris. "Imaginez, avec la conjoncture actuelle, les terroristes qui nous surveillent, s'ils viennent à s'emparer de mon arme. C'est 30 cartouches qu'on a, c'est pas rien. C'est pour ça que les policiers l'ont en continue sur eux et qu'on bataille pour rentrer avec dans les lieux publiques. Je ne veux pas qu'elle aille dans les mains de quelqu'un d'autres" précise Mickaël.

Surtout, cela va à l'encontre de la mission des policiers selon lui. "Je l'ai en continu. J'estime que c'est ma sécurité et celle des Parisiens. Même hors service, vu tout ce qu'il se passe en ce moment." explique le policier. Référence aux dernières attaques sur les Champs Élysées ou à Levallois-Perret. "On est pas là pour créer des problèmes mais pour protéger les gens. [...] On demande à ce que nos droit soient respectés c'est tout" ajoute Mickaël. Pour lui, le port d'arme hors service n'a de sens, que s'il peut la dégainer en cas de besoin, n'importe où, n'importe quand.

L' arme en France, ça ne passe pas

Pour ne rien arranger, si les policiers sont autorisés à porter leur arme de service en dehors de leurs horaires de travail grâce à la validation du texte proposé par le directeur général de la police nationale et validé par l'ensemble des organisations syndicales, la loi n'autorise toujours pas les gérants de ces lieux à les accepter.

"Sur le terrain, nos collègues se voient refoulés dans des enceintes où il peut y avoir énormément de monde et où leur action pourrait être très importante s'il devait y avoir un événement dramatique", explique Stanislas Gandon, délégué du syndicat Alliance. Une situation d'autant plus incompréhensible pour lui que ses collègues policiers sont volontaires pour intervenir : "'Ils sont policiers jour et nuit, hors service ils se doivent d'intervenir si jamais il devait se passer quoi que ce soit".

Le syndicat demande au ministre de l'Intérieur de revoir les positions adoptées par ses prédécesseurs, "tous les anciens ministres ont été saisi par notre organisation syndicale, explique-t-il, et aucun n'a voulu prendre son courage à deux mains pour écrire un nouveau texte de loi qui nous autorise à porter notre arme hors service, en tout temps, en tout lieu, comme c'était prévu depuis le début."

Un amendement avait été déposé en février dernier par le député LR Georges Fénec, amendement écarté en commission des lois.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.