Pass contraception
Pass contraception © MaxPPP / Silvere Gerard

En décidant le 7 avril dernier de supprimer le "Pass contraception" (un carnet de coupons pour les lycéennes, qui permet d'avoir contraceptifs, visites et analyses médicales gratuitement), le Conseil régional d'Ile-de-France a soulevé une polémique, suscitant l'ire notamment du Planning Familial. Sa présidente Valérie Pécresse est-elle une dangereuse réactionnaire, qui veut s'attaquer aux droits des femmes dans sa région ? Veut elle donner des gages aux membres de sa majorité dont certains sont proches de la Manif pour tous ? Elle s'en est défendue lundi dernier sur France Inter, attribuant la responsabilité de cette suppression à la gauche, l'ancienne majorité régionale. Laquelle dément bien sûr.

Le Pass contraception avait été adopté en Ile-de-France en 2010, et c'est vrai qu'il n'a pas rencontré le succès escompté. L'Inspection générale des affaires sociales a même reconnu en avril dernier que le taux de recours au dispositif est extrêmement faible. De là à dire que c'est la gauche qui avait programmé l'arret du dispositif... Valérie Pécresse l'affirme.

J'ai pris acte de l'arrêt par la gauche fin 2013, de la distribution du pass contraception en Ile-de-France

Faux ! s'insurgeAnnie Routier . Elle est infirmiere dans le Val d'Oise, et jamais dit elle la région ne lui a dit de ne plus distribuer ce Pass.

J'en ai disbribué en 2014, 2015

Imaginé en 2010 par Ségolène Royal en Poitou-Charentes et adopté, depuis, par la moitié des anciennes régions françaises, ce Pass veut faciliter l'information et l'accès à la contraception en offrant aux jeunes (lycéens, pour l'essentiel) des coupons qui donnent droit à des soins gratuits et anonymes (moyens contraceptifs, consultations, etc.).Or, le dispositif ne fonctionne pas. C'est l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) qui le dit dans un rapport publié il y a un an : le Pass contraception ne bénéficie que d'un « taux de recours des mineurs excessivement faible » . La proportion de Pass distribués par rapport à la population concernée est inférieure à 4 % dans les quatre régions observées par l'Igas (Poitou-Charentes, Aquitaine...), avec un piteux 0,1 % en Rhône-Alpes. En cause, selon le rapport : le Pass est difficile d'emploi, notamment parce que les mineurs ne savent pas comment l'obtenir ni où l'utiliser, et les médecins rechignent à s'affilier au dispositif. De même, le système actuel (centres de planification ou d'éducation familiale, gérés par les départements) est selon l'Igas suffisamment efficace pour répondre à la demande des mineurs. Ils n'ont donc pas vraiment besoin d'un dispositif complémentaire, a fortiori s'il est compliqué.

Un demi-million pour un résultat discutable

Autant de raisons qui ont conduit Valérie Pécresse à supprimer cette coquille vide. En Ile-de-France, depuis leur lancement en 2011, le Pass est complètement négligé : en tout, 2 000 seulement auraient été émis. En 2014 comme en 2015, l'équipe du socialiste Jean-Paul Huchon lui alloue un budget maigrichon : 20 000 euros ! « Pour 500 lycées publics, ça fait 40 euros par lycée, soit 4 centimes par lycéen », argumente Valérie Pécresse. Ces deux années-là, d'ailleurs, aucun Pass contraception n'a été distribué. Bref, de facto, le dispositif n'existe plus depuis deux ans. « Croire qu'on supprime quelque chose qui bénéficie aux lycéens, c'est la grosse manip de la gauche » peste l'entourage de Valérie Pécresse. En revanche, il y a un budget que Jean-Paul Huchon semble avoir soigné, c'est celui de la communication : le Pass contraception a, selon les calculs de l'actuelle présidence, bénéficié de 540 000 euros pour sa promotion depuis 2011. Une somme rondelette pour un résultat discutable.Contactée, l'ancienne vice-présidente PS aux affaires sociales n'a pas répondu. Valérie Pécresse, de son côté, promet que le Pass contraception sera remplacé par un autre dispositif, dont on ne connaît pas encore les contours.

►►► REVOIR | Valérie Pécresse interrogée par Marc Fauvelle le 22 avril

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