Ils sont humoriste, guitariste, rappeur ou youtubeur... Et depuis le début du mouvement des "gilets jaunes", leurs clips diffusés sur YouTube font un carton. Inspiration artistique, expression politique ou promo facile ?

Depuis le début du mouvement, des artistes font chanter et danser les "gilets jaunes"
Depuis le début du mouvement, des artistes font chanter et danser les "gilets jaunes" © AFP / Jean-François Monier

Ils engrangent des milliers, voire des millions de vues sur leurs vidéos publiées sur YouTube. Gilet jaune sur le dos, les paroles de leurs chansons, sur un ton humoristique ou contestataire, crient le "ras-le-bol" des Français ou demandent la démission du Président de la République.

Le carton Kopp Johnson

Certaines de ces chansons sont devenues des phénomènes. Par exemple, le titre de Kopp Johnson, propulsé par son clip à près de 19 544 000 vues sur YouTube, depuis sa diffusion le 28 novembre.

C'est dans son camion de chauffeur-livreur alors qu'il est bloqué sur un rond-point de Castres, que le jeune homme de 25 ans a trouvé l'inspiration. Il poste une première version, sur le vif, sur son compte Instagram le 19 novembre.

Une musique Afrotrap, des paroles efficaces, un rythme dansant... Un enregistrement en studio et quelques images de clip filmées au téléphone portable plus tard et le "délire" se transforme en véritable tube. De 100, il passe à plus de 20 000 abonnés sur Instagram et bientôt 127 000 sur YouTube. Un bouleversement dans la vie de ce Toulousain de la cité du Mirail, qui n'a pas l'intention de laisser passer sa chance. "Avant la musique n'était qu'un à côté, maintenant, je peux me consacrer qu'à ça", se réjouit Kopp Johnson. 

Label, show-cases dans les boîtes de nuit, des propositions de contrats dans des maisons de disque... "Le succès monte à la tête !", chante-t-il dans son dernier clip, le second depuis "Gilet Jaune". Si ce single a été "un moyen de promotion" pour sa musique, c'est aussi le fruit "d'années de travail et de séances de studio".

"La chanson (contestataire) des gilets jaunes"

Eux voudraient bien faire de "La chanson des gilets jaunes" un "hymne officiel". Le ton est contestataire et la cible immanquable : Emmanuel Macron, ou "Président Maquereau" comme le surnomment Cyril Delair, interprète, et Aliane Nouredine, le compositeur. Pour ce guitariste, originaire de Meaux, en région parisienne, le mouvement des "gilets jaunes" a été l'occasion de "joindre l'utile à l'agréable" : "faire connaitre mon travail en soutenant une cause", explique "Nono" qui dit avoir "un état d'esprit anti-système", mais loin d'être "militant". "La politique, je ne suis pas du tout dedans, assure-t-il, tout ce que je sais, c'est que la majorité des gens ne s'y retrouvent pas."

Avec cette chanson qui cumule près de 728 500 vues depuis sa publication le 1er décembre sur YouTube, Aliane Nouredine a gagné "plus de visibilité et de trafic qu'en trois ou quatre années de travail". 4 000 abonnés en à peine plus de deux mois. Dans le descriptif de la vidéo, il propose de télécharger la version MP3 du single pour un euro. "J’ai mis le lien, après la grosse vague de 400 ou 500 000 vues", explique-t-il. Il en aurait vendu environ 70, "plus dans une démarche de stratégie de web-marketing que dans une volonté de gagner de l'argent"

À 36 ans, il vend aussi des formations de guitare en ligne, à prix libre. "On capte des emails, donc si la personne a acheté, elle sera filtrée dans ma base de mails pour être contactée plus facilement pour des offres commerciales, puisqu'elle a fait la démarche d'acheter quelque chose que j'ai produit", décrit-il. "Selon comment évolue le mouvement, la tendance, je pense refaire une vidéo, projette-t-il, je suis un artiste, on est un peu tous opportunistes".

Les parodies engagées de Monsieur Séby

Parmi les premiers à avoir mis le mouvement en musique, on trouve Sébastien, alias "Monsieur Séby". Le youtubeur n'en est pas à ses premières vidéos. Depuis deux ans, il publie régulièrement des reprises où il fait chanter des "minions" et des "animojis" qui s'adressent à un public d'ados.

Au premier appel aux blocages, le 17 novembre, le Rennais part à la rencontre des "gilets jaunes" près de chez lui, "par curiosité", "pour les rencontrer et pour filmer". Avant même de s'y rendre, il a déjà écrit lui les paroles d'une chanson intitulée... "La chanson des gilets jaunes". Plus parodique que celle de Cyril et Nono, sur un air de Fredericks-Goldman-Jones, elle dépasse les 4 600 000 vues sur Facebook. C'est la première d'une série de reprises à la sauce "gilets jaunes", tantôt adressées au Premier ministre, tantôt au Président de la République. Dernière en date, un "hommage aux gilets jaunes" qui dépasse les 249 000 vues sur Facebook depuis sa publication le 2 février.

Le "passe-temps" prend de l'ampleur et certains internautes lui suggèrent alors de "faire un album". De "bonnes retombées" sur sa page Facebook où il gagne "plus de 30 000 abonnés", mais Sébastien assure qu'il n'a pas l'intention d'en faire un objet commercial. 

Les reprises décalées d'Anthony Joubert

Autre reprise humoristique de la première heure, la vidéo d'Anthony Joubert. Dès le 2 novembre, il donne "rdv le 17", sur une mélodie de Kendji Girac. À ceux qui l'accusent de "se servir des "gilets jaunes" pour faire [son] beurre", l'humoriste arlésien rétorque qu'il a réalisé le clip avant même le début de la mobilisation.

D'ailleurs, il faisait des chansons sur l'actualité depuis quelques temps déjà : sur le vote blanc, avant l'élection de 2017, ou encore sur les panneaux de limitation de vitesse à 80 km/h. _"Je ne suis pas le premier à me servir de l'actualité pour faire rire"_, assume-t-il.

Depuis la chanson qui a recueilli près de 420 000 vues, Anthony Joubert poursuit sur sa lancée sur le thème des "gilets jaunes" avec des compils. Mais cette fois pour faire passer un autre message : "Je me suis dit qu’ils bloquaient des gens qui ne sont pas responsables. Donc, j’ai fait la compil pour faire comprendre que ceux qu’il faut emmerder, c’est le gouvernement, pas des pauvres citoyens qui essayent d’aller travailler pour gagner un peu d’argent", raconte-t-il. À la fin de chacune de ses vidéos, il appelle à le suivre sur ses autres comptes et à venir le voir en spectacle. Il le concède, "ça ramène du monde en spectacle, c’est une mini promo, mais je pense ce que j’écris et ce que je fais".

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