A l'occasion de l'ouverture du congrès annuel des urgentistes, le syndicat Samu-Urgences de France a annoncé ce mercredi les résultats d'un dispositif mené depuis le début de l'année. L'organisation estime à 100 000 le nombre de personnes qui ont passé la nuit sur un brancard aux urgences, cette année.

Une manifestation d’urgentistes, en mars dernier à Lyon
Une manifestation d’urgentistes, en mars dernier à Lyon © AFP / Mathis Boussuge / CrowdSpark

Plus de 100 000 personnes ont-elles passé la nuit dans un service d'urgences depuis le début de l'année ? C'est en tout cas ce qu'affirme le syndicat Samu-Urgences de France. A l'occasion de l'ouverture du congrès annuel "Urgences 2018", organisé avec la Société française de médecine d'urgence (SFMU), le syndicat a dévoilé les résultats d'un dispositif lancé en janvier, intitulé "No bed challenge". 

Depuis le 6 janvier, les services d'urgences sont invités à répertorier chaque matin, avant 10h, le nombre de personnes qui ont passé la nuit sur un brancard, faute de lits disponibles. Environ 150 services d'urgences, sur les 650 implantés en France, ont participé, et dénombré 36 000 patients. 

Mortalité jusqu'à 30% supérieure

"Tous les services n'ont pas ce problème, mais on peut facilement multiplier ce chiffre par trois", explique François Braun, président du syndicat Samu-Urgences de France. Au total, cela fait donc au moins 100 000 patients qui seraient concernés et auraient passé leur nuit sur un brancard.

Or "de nombreuses études montrent que cela augmentait la mortalité globale de 9%, et que cette mortalité monte à 40% pour les patients les plus graves : c'est un véritable scandale sanitaire", dénonce François Braun. "Nous ne pouvons pas l'accepter", a déclaré la présidente de la SFMU, Agnès Ricard-Hibon. 

Des problèmes en amont et en aval

D'où vient cette surcharge des urgences ? Il y a, pour le syndicat, des causes "en amont", c'est-à-dire une "défaillance de la médecine de ville à assurer la continuité des soins". Aussi l'organisation syndicale souhaiterait-elle mettre en place un nouvel indicateur, recensant les patients "qui auraient pu être pris en charge ailleurs et se sont retrouvés aux urgences". 

D'autre part, il y a aussi des causes "en aval", en particulier "l'impossibilité d'hospitaliser facilement des patients devant la surcharge des services de médecine, chirurgie et obstétrique, et l'incapacité d'obtenir des lits disponibles". "Les traitements de cette maladie sont connus", mais les directions "ont du mal à prendre ça en main". 

La situation risque de s'aggraver encore avec l'arrivée de l'été et les fermetures de lits, car les personnels partent eux aussi en vacances ; d'autant qu'on manque aussi de médecins urgentistes. La spécialité n'attire pas forcément, et le recours aux intérimaires coûte énormément d'argent, ce qui plombe le budget des hôpitaux, d'où l'inquiétude du Dr Mathias Wargon, chef du service des urgences de l'hôpital Delafontaine, à Saint-Denis : 

"On est dans une situation extrêmement tendue, on a assez peu de candidats, il y a la pression de l'intérim, un intérimaire est payé 1 200 euros net par 24 heures : en trois gardes il fait le salaire moyen qu'il toucherait pour un mois à l'hôpital. Et d'année en année c'est de plus en plus grave". 

Pour réduire le flot des arrivées aux urgences, les médecins comptent, entre autres, sur le développement de la plate forme de régulation médicale, qui permet par exemple de diriger directement le patient vers le service concerné... Le passage par la case "urgences" ne devenant plus forcément obligatoire.

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