Si l’on écoute comme on nous parle, on nagerait donc régulièrement en plein "surréalisme"… Les automobilistes coincés aux abords des péages : "surréaliste", on nous a dit dans les journaux…En fait, c'est simplement la neige. Les voyageurs du RER A bloqués sur les quais : "surréaliste", on nous a dit dans les journaux. En fait, c'est simplement la grève. On emploie le terme également pour la politique. Un sénateur du Nouveau Centre qui se trompe de bouton, provoquant le rejet d’un texte gouvernemental. Une situation "surréaliste" ! Rachida Dati qui tout d'un coup fait l'éloge du Parlement Européen... Une situation "surréaliste" là encore. Rassurez-vous : ici, c'est de la fiction. Sauf qu'à bien y réfléchir, ce mot n'est vraisemblablement qu'une facilité de langage voire un aveu d’impuissance des journalistes. Dès qu’il y a une incongruité, un truc bizarre, qui nous dépasse, qui nous échappe… On ne sait pas comment l'expliquer… Pas grave : on dit "surréaliste" ! Il est vraiment pratique, ce qualificatif ! Et puis en plus, il en impose : ça fait très cultivé de dire "surréaliste", ça sous-entend des références… Breton, Aragon, Eluard, Soupault, Reverdy : à l’origine ce sont eux les maîtres du surréalisme, un mouvement artistique littéraire et pictural qui se proposait d’exprimer le fonctionnement réel de la pensée… Pas grand-chose à voir avec la neige aux abords des péages, ni avec le Nouveau Centre du ministre de la Défense. Hervé Morin et le fonctionnement réel de la pensée, ça ne va pas forcément de pair. Mais bon, ce qui compte surtout dans les médias, c'est l'efficacité. Comme quand on dit "ubuesque" ! Référence à Alfred Jarry… Aujourd’hui, tout ce qui peut évoquer un numéro de clown, on dit que c’est "ubuesque"… Et tout ce qui paraît inextricable, on dit que c’est "kafkaïen"… Très pratique aussi, "kafkaïen"… Des références qu'on pourrait d'ailleurs renouveler un peu. Pour parler d’un truc qu’on ne comprend pas, on pourrait dire par exemple que c’est "rocardien", parce qu’on ne comprend jamais rien à ce que dit Michel Rocard… Pas plus qu’on ne comprend ce que raconte le surnaturel Jean-Claude Van Damme… Un événement qu'on n'arrive pas à expliquer, on pourrait donc dire "Van Dammien"... Comme on pourrait dire aussi d’un journaliste qui se met à bafouiller qu'il se "Laurence Ferrarise"… Imaginons, du coup, une interview croisée de Jean-Claude Van Damme et de Michel Rocard par Laurence Ferrari. Là, ce serait proprement surréaliste…

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