L'association de défense des consommateurs publie jeudi une vaste enquête sur une vingtaine d'encres de tatouage, utilisées couramment en France. Seules cinq répondent aux normes nationales et européennes, dit l'UFC-Que choisir qui réclame un rappel de nombreux produits et une plus grande attention des professionnels.

 20% de la population majeure s'est déjà faite tatouer et 30% chez les moins de 35 ans.
20% de la population majeure s'est déjà faite tatouer et 30% chez les moins de 35 ans. © AFP / Hans Lucas / Franck Renoir

Les trois quarts des encres de tatouage les plus utilisées en France présentent un risque sanitaire élevé, d'après une une étude de l'UFC-Que choisir, publiée jeudi matin. L'association a d'ailleurs annoncé qu'elle saisissait la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour procéder au retrait et au rappel de nombreux produits.

Dans le détail, l'UFC-Que choisir a effectué des tests en laboratoire sur 20 encres de tatouage parmi les plus utilisées en France. Selon ces analyses, seules cinq répondent aux normes en la matière existant en France et en Europe, fixant la liste des substances qui ne peuvent pas entrer dans la composition des produits de tatouage. En résumé, 75% des produits testés présentent des taux de substances indésirables "au-dessus des seuils réglementaires, parfois à des niveaux accablants". Sur ces 20 encres, 15 sont élaborées aux États-Unis, deux en Chine. Trois seulement proviennent de l'Union européenne.

Résultats "alarmants"

Les résultats des tests sont "alarmants", estime l'UFC-Que choisir qui a repéré notamment des colorants interdits ou des substances cancérigènes qui sont injectées dans l'organisme. "Colorants C.I 74260, C.I. 73915, Isothiazolinones, hydrocarbures aromatiques polycycliques, amines aromatiques, derrière ces noms incompréhensibles pour le commun des mortels se cachent des produits chimiques présentant un risque avéré pour les êtres humains, puisqu’ils sont pour la plupart cancérigènes, et de ce fait encadrés par diverses réglementations", souligne l'association.

"Ce qu'on a trouvé est absolument effrayant : des molécules cancérigènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction, des colorants et des conservateurs interdits dans les cosmétiques", souligne à France Inter Elisabeth Chesnais, journaliste à Que choisir. "Une encre de tatouage est injectée dans l'organisme, contrairement à un cosmétique", rappelle-t-elle au passage. 

Or "il y a une réglementation très stricte pour les cosmétiques et absolument aucune pour les encres de tatouages. Ces colorants utilisés ont été créés par l'industrie pour les plastiques. On n'a jamais cherché à savoir si cela avait un effet à l'injection dans le corps humain", précise encore l'autrice de l'enquête. Quitte à se faire tatouer, le noir parait moins dangereux que les encres colorées, "quasi toutes toxiques"

L'association réclame des changements

Aujourd'hui, le tatouage fait de plus en plus d'adeptes : 20% de la population majeure s'est déjà fait tatouer, 30% chez les moins de 35 ans. L’UFC-Que choisir indique avoir alerté les responsables de mise sur le marché français de ces résultats, "mais les réponses ne sont pas à la hauteur des enjeux sanitaires". "À l’exception d’un professionnel s’abritant derrière des analyses antérieures, les autres sont restés silencieux."

L'association de défense des consommateurs réclame des contrôles intensifiés et le rappel immédiat des produits dangereux identifiés. L'association exige également des professionnels qu'ils témoignent d'un sens aigu des responsabilités en utilisant des "encres saines" pour garantir un niveau de "qualité sanitaire". Elle alerte enfin les candidats au tatouage à la plus grande vigilance, leur conseillant de se renseigner très attentivement sur les composants utilisés. 

Les encres testées font partie des plus vendues sur internet auprès des tatoueurs français, signale l'association. "Le tatouage étant par définition un produit à vie, ces résultats démontrent qu’il existe à terme un risque sanitaire pour de nombreux consommateurs, susceptibles d’être dans les années à venir contaminés par les substances toxiques que nous avons relevées." Mais "les tatoueurs ne sont pas en cause, ils font avec ce qu'on leur donne", tient à préciser Elisabeth Chesnais.

Les marques et encres incriminées

Voici la liste des marques, couleurs et identifiants de lots ou de série des encres considérées comme dangereuses par l'UFC-Que choisir : 

  • Kashoku Tattoo Ink, Deep Black (Charge 190320) ;
  • Kashoku Tattoo Ink, Cucumber Green (Charge 170226) ;
  • Fusion Ink, Atomic Yellow (46-100319) ;
  • Fusion Ink, Really Red (49-120919) ;
  • Intenze, Ruby Red (Batch : RP020M81B93O88IMX40, lot : SS290) ;
  • Intenze, Ruby Red (Batch : RP020M81B93O88IMX40, lot : SS290) S288) ; 
  • Intenze, Light Green, (Batch : HCY026W149G103IMX40, lot : SS287) ;
  • World Famous Tattoo Ink, Great Wall Yellow (Lot : WFGWY192410, batch : B30301) ;
  • World Famous Tattoo Ink, Dragon Scales (Lot : WFDRS1192809, batch : B10108) ;
  • Eternal Ink, Lipstick Red (IE041224) ;
  • Eternal Ink, Super Black (MFD 04/24/19) ;
  • Eternal Ink, Lightning Yellow (IE040012) ;
  • Eternal Ink, Graffiti Green (IE033199) ;
  • Viking Ink, Red (Lot - 055) ;
  • Viking Ink, Dark Green (Lot 1-107).