En cette édition 2019 du Téléthon, l’association de protection animale PETA dénonce les expérimentations pratiquées sur des chiens dans le cadre de la recherche contre la myopathie. L’école vétérinaire pratiquant ces tests affirme faire de son mieux, en l’absence d’alternatives efficaces.

Capture d'écran d'une vidéo de PETA tournée en 2016 à l'école vétérinaire de Maisons-Alfort
Capture d'écran d'une vidéo de PETA tournée en 2016 à l'école vétérinaire de Maisons-Alfort © PETA / Animal Testing

Mercredi 4 décembre, une dizaine de militants PETA arborant des masques de chiens ont manifesté devant l’école nationale vétérinaire de Maisons-Alfort, dans le Val-de-Marne, où sont pratiqués des tests cliniques sur des canidés. L’association de défense animale accuse l’AFM-Téléthon de financer ces pratiques “cruelles”.  “Tous les ans, en amont du Téléthon, nous rappelons que ces tests ont toujours lieu”, explique Anissa Putois, porte-parole de PETA France. En 2016, l’association a publié une vidéo tournée en caméra-cachée dans l’école vétérinaire, montrant des animaux malades et des employés déplorant la “souffrance” des canidés. 

PETA affirme qu'il est pourtant possible d’éviter l’expérimentation animale. "Il existe des techniques qui peuvent être utilisées aujourd’hui, sans chiens, et plus pertinentes. Dans l'industrie cosmétique, les essais sur des animaux diminuent de plus en plus. C’est plus difficile en médecine, mais c’est possible. Il y a des alternatives : les techniques in-vitro avec des cellules-souches, qui permettent en plus de travailler sur la forme humaine de la maladie, ou bien les techniques de modélisation par ordinateur.

Des alternatives possibles ? “Mensonge !”

C’est un mensonge, ou du moins une contre-vérité”, assène Christophe Degueurce, directeur de l’école vétérinaire de Maisons-Alfort. Contacté par France Inter, il répond aux affirmations de PETA : “C’est vrai qu’il existe des alternatives à l’expérimentation animale, mais seulement en phase préliminaire. Lorsque l’on travaille sur une maladie, on commence par établir des stratégies de traitement, avec des cultures cellulaires et des modèles numériques”, comme le préconise PETA. Mais une fois que c’est fait, qu’est-ce qu’on fait ? On teste directement sur des enfants ? questionne le directeur, qui rappelle que l’expérimentation humaine est interdite depuis 1947. 

Il explique aussi qu’avant de passer sur des chiens, les scientifiques commencent par d’autres espèces : “En phase pré-clinique [avant les tests sur des cohortes humaines, ndlr], on commence à travailler sur des “zebra fish”, de touts petits poissons, puis des mouches drosophiles, puis des rats, des porcs, et des chiens”, détaille Christophe Degueurce. 

Par ailleurs, “la morphologie d’un chien est très différente d’un être humain”, fait remarquer Anissa Putois. Alors pourquoi utiliser ces animaux ? “Leur taille est similaire à celle d’un enfant”, répond Christophe Dergueurce ; de plus “les chiens présentent une anomalie de la même protéine que celle chez l’enfant. La physiologie des fibres musculaires est extrêmement similaire à celle des humains. La myopathie du chien est extrêmement proche de celle de l’enfant, plus que les rats, les souris ou les porcs.” 

D’où viennent les chiens de laboratoire ? 

Les chiens sont élevés pour ces essais, ils ont cette maladie délibérément pour pouvoir être utilisés comme des cobayes”, accuse la porte-parole de PETA. Ce que ne nie pas le directeur de l’école vétérinaire de Maisons-Alfort, précisant toutefois que les chiens malades ne sont pas “fabriqués” mais “sélectionnés”. 

Ce sont des chiens nés avec une myopathie spontanée, que l’on sélectionne ensuite pour la reproduction.” Les canidés, issus de croisements de labradors, golden retrievers et beagles, naissent dans des élevages spécifiques. Et tous ne sont pas destinés à la recherche : 25 % naissent myopathes, les 75 % restants, sains, vont dans des familles d’accueil. 

Les animaux souffrent "plus que des animaux sains"

Dans la vidéo tournée par PETA en 2016, des membres du personnel, filmés en caméra cachée, reconnaissent que les chiens “souffrent” : “j'aimerais pas être à la place du beagle”, dit par exemple l’un d’entre eux. Aujourd’hui encore, l’association parle de “cruauté”. Qu'en disent les vétérinaires ? “Oui, ces animaux souffrent plus que des animaux sains”, reconnaît sans peine le directeur de Maisons-Alfort, qui dit n’avoir “rien à cacher”.

PETA affirme que la plupart des chiens “commencent à voir leur état se dégrader vers six mois, et beaucoup, avant d’avoir un an, ne peuvent plus se déplacer”. Compte tenu de la durée de vie d’un chien (13 ans environ), “la maladie se développe plus vite, donc effectivement, ils meurent plus vite”, poursuit Christophe Degueurce. Les euthanasies sont également courantes : “Quand un animal commence à souffrir vraiment, on procède à l’euthanasie”, explique le directeur de l’école vétérinaire. Qui tient à rassurer sur les conditions de vie des cobayes : “Jamais un animal n’agonise chez nous. En outre, chaque protocole expérimental est soumis à un comité d’éthique. Au quotidien, les chiens disposent de boxs de huit mètres carrés et d’espaces extérieurs et intérieurs pour se dépenser.” Les animaux sont entourés d’une équipe soignante, “des neurologues, des médecins qui sont présents H24, et qui viennent tous les week-ends.

"Ça ne nous amuse pas de faire ça"

Malgré tout, reconnaît Christophe Degueurce, travailler sur des animaux aussi proches de l’Homme que des chiens n’est pas chose aisée. Lui-même propriétaire de chiens de compagnie, il évoque un “cisaillement professionnel” : “Ça ne nous amuse pas de faire ça, ça nous pose des problèmes personnels. Nous avons des demandes, chez les vétérinaires, pour arrêter les expériences sur les chiens. À titre personnel, j’aimerais arrêter les expériences sur les chiens. Ça nous coûte psychologiquement." Le directeur de l'école vétérinaire se dit conscient de l'émotion que peut susciter la vue de ces chiens en souffrance, un "paradoxe" selon lui.

"On nous demande de résoudre cette maladie qui touche des enfants, et en même temps, lorsqu’on voit cette maladie sur des animaux, on dit ‘c’est immoral’. Mais on ne peut pas, et on ne sait pas, faire sans animaux.”

Les scientifiques pourraient toutefois abandonner l'exploitation de chiens pour se tourner vers d'autres animaux : "les porcs par exemple, qui sont des animaux de boucherie : ce serait plus simple, mais ce n’est pas la même finesse médicale. La conséquence, c’est que les perspectives de trouver une solution seraient probablement plus compliquées.

Quelle efficacité ? 

Dans une lettre datée de 2016, PETA écrit à la directrice de l’AFM-Téléthon que les expériences “n'ont que très peu contribué au développement d'un traitement clinique", arguant que les enfants atteints de myopathie "ne bénéficient aucunement de la recherche sur les chiens. Tout ce temps et cette énergie seraient mieux employés à financer des méthodes de test sans animaux et pertinentes pour les humains.” 

Capture d'écran d'une lettre envoyée par PETA à l'AFM-Téléthon en 2016
Capture d'écran d'une lettre envoyée par PETA à l'AFM-Téléthon en 2016 / PETA

Les essais sur animaux, une perte de temps ? Pas vraiment : en 2017, des chercheurs ayant travaillé sur des chiens ont accompli une prouesse en matière de thérapie génique, comme en témoigne ce communiqué de l’AFM-Téléthon. Aujourd’hui, les essais pré-cliniques sur animaux ont donné lieu à la mise sur le marché d’un médicament aux États-Unis (l’eteplirsen), et à plusieurs études cliniques sur des humains. 

Chez PETA, on reconnaît des résultats, mais “énormément de chiens ont souffert pendant ces décennies de tests, alors que si le temps et l’argent de la recherche avaient été consacrés à une autre méthode, les remèdes auraient pu être trouvés plus vite”, argue Anissa Putois. La myopathie la plus “médiatisée”, celle dite de Duchêne, n’a pas encore de traitement existant. 

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