Certaines femmes, qui espéraient y échapper en période de confinement grâce aux sorties très brèves et aux rues moins remplies, ont déchanté. Elle racontent les propos et comportements sexistes qu'elles ont vécus, souvent à quelques mètres de leur logement.

Le harcèlement de rue n'est pas une nouveauté, mais il semblerait que le confinement ne l'arrête pas.
Le harcèlement de rue n'est pas une nouveauté, mais il semblerait que le confinement ne l'arrête pas. © AFP / Benjamin Mengelle / Hans Lucas

Il a suffi pour certaines de franchir le pas de la porte pour être victimes de harcèlement dans la rue, alors que le confinement restreint les déplacements de toutes et tous, et pourrait laisser croire qu'il y a moins de chance que cela se produise. D'où le lancement d'une page Facebook "Paye ton confinement" : Alice* l'a créée le 22 mars, cinq jours après le début du confinement, parce qu'elle-même a rapidement été informée par son entourage de harcèlements dans la rue. 

"T'es peut-être la dernière personne que je vais pouvoir violer, viens ici !"

L'un des témoignages sur la page est celui de Marion, 29 ans. Son expérience semble annonciatrice de celles des autres femmes qui témoignent, car elle s'est produit le soir du samedi 14 mars, lorsqu'a été annoncée la fermeture des bars et restaurants.

Marion sort de sa rame du métro pour rejoindre des amis dans un bar. Sur le quai, un homme l'interpelle. "Il m'a dit : "T'es peut-être la dernière personne que je vais pouvoir violer, viens ici !"", nous explique Marion, qui a "continué de marcher sans se retourner". Arrivée au bar, elle était "encore un peu tremblante, mais je ne suis pas étonnée, ça arrive souvent et ce n'est pas le pire que j'ai vécu", relativise-t-elle.

Le harcèlement sur le pas de la porte

Camille, une Parisienne de 27 ans, n'avait pas fait "un mètre en dehors" de chez elle, mardi, lorsqu'elle entend une première remarque : “T’es mignonne”. Elle continue sa route pour aller faire ses courses. "En une heure, j'ai eu au moins dix interactions non voulues", résume-t-elle. Cela va du "elle est jolie elle", lancé pendant qu'elle achète ses cigarettes, à "une bande de mecs" qui lui adressent des "cat calls", c'est-à-dire des bruits suggestifs.

"On pourrait penser qu’en temps de confinement, on n'aura pas à mettre en place les stratégies habituelles, comme changer de trottoir, mettre des écouteurs.. Mais même pour une heure tranquille de sortie par jour, il faut les remettre en place", regrette Camille qui a parlé de ce qui lui est arrivé sur son compte Instagram. Des mots et des "regards insistants" que la jeune femme supporte d'autant moins que cela se produit pendant ses rares et brèves sorties. Mais pas seulement. 

C'est sur son balcon, alors qu'elle buvait son café, qu'un homme a longuement fixé Camille, figé sous ses fenêtres. On ne parle pas habituellement de "harcèlement de rue" dans ces cas-là, mais il semble que le confinement redéfinisse les pratiques.

Suivie par un homme en scooter

Raphaëlle, qui a fait part de son expérience sur Facebook, a pu faire près de 300 mètres sur son trajet vers la pharmacie, vendredi, avant qu'un homme la klaxonne en scooter

Ce dernier s'arrête et commence à la "suivre sur plusieurs mètres avec un langage de plus en plus fleuri". Il lui lance plusieurs remarques sur son physique, accompagnés de "gestes suggestifs", des "bruits de bouche", et lui dit : “Si tu restes pas chez toi, t’as qu’à rentrer chez moi”. "Je lui dis "ta gueule"", concède Raphaëlle, agacée. C'est là qu'il se met à lui "crier des insultes". Pour attirer l'attention de policiers effectuant des contrôles non loin de là, elle décide de "crier" à son tour. "Il s'est alors mis rapidement en route", relate-t-elle.

Des propos de plus en plus agressifs

Céleste, elle, était sur le chemin du retour, après s'être rendue à la pharmacie. Elle habite non loin de la frontière luxembourgeoise. C'est alors qu'un homme l'interpelle de l'autre côté de la route et "sort de sa voiture". "Au départ c'était juste : "Mademoiselle, j'aimerais bien vous parler"", rapporte-t-elle, mais après ça a changé de registre : ""T'es bonne j'aimerais bien passer un peu de temps avec toi". Et comme je n'ai pas répondu, ça a fini par des insultes : "Salope, tu ne mérites pas l'attention qu'on te donne"."

Elle parvient à s'extraire de cette situation en empruntant des escaliers. "En tant que femme et trans, c'est toujours quelque chose qui me fait bien peur", confie-t-elle.

Le harcèlement continue aussi sur Internet

Après trois jours confinée, Margot, 21 ans, habitante de Juvisy-sur-Orge (Essonne), est sortie mardi soir "pour descendre les poubelles et prendre l'air". "Un homme passe avec son chien qui fait une cabriole", raconte-t-elle. "Cela me fait sourire." Sourire qu'elle "regrette" après un bref échange, au fil duquel l'homme, "qui devait avoir 30 ans de plus" qu'elle, lui demande son nom, son âge, son compte Facebook, et la"regarde de haut en bas". "Mal à l'aise", Margot se sent "obligée" de fermer son sweat.

Mais le harcèlement ne s'est pas arrêté de retour chez elle. Lorsqu'elle mentionne cette expérience sur Twitter, elle reçoit une série de commentaires dévalorisants, "encore plus violents"que ce qui lui est arrivé dans la rue. Des internautes la traitent de "menteuse", et lui adressent des messages de type : "Y a plus de chances qu'il ait essayé de draguer la poubelle que toi".

Quand ce n'est pas dans la rue, le harcèlement se poursuit, comme souvent, sur Internet, lorsqu'une femme témoigne sur les réseaux sociaux. Là encore, le confinement n'a rien changé aux mauvaises habitudes.

*Le prénom a été modifié

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