C'est l'un des grands plaisirs de l'écriture journalistique: jouer sur les métaphores et avec les images, notamment pour parler des sujets politiques.

Il y a les images sportives. « Au second tour des régionales, les candidats de gauche ont transformé l'essai tandis que le chef de l'État s'est pris les pieds dans le tatami ! » L'intérêt de ce genre de tournure, c'est qu'on peut tout se permettre. Y compris mélanger les sports. Ou alors mélanger les plats, avec les images culinaires. « Victoire aux petits oignons pour Martine Aubry, François Bayrou mange son pain noir et finalement François Baroin est parti à la soupe ! »... Ce qui, mis bout à bout, nous donne une soupe oignons-croutons... Et puis il y a aussi les images musicales... Certains filent les métaphores comme d'autres enfilent les perles... Un crescendo par ci, une sourdine par là, des retours en fanfare, des sons de cloches, des points d'orgue, des concerts de protestations... Il y a ceux qui jouent sur la corde sensible, ceux qui jouent du pipeau, ceux qui accordent leurs violons et ceux qui pissent dedans, ce qui donne des fausses notes en veux-tu en voilà ! Si l'on écoute comme on nous parle, la planète politique serait ainsi peuplée de piètres musiciens. A l'exception, bien sûr, de l'accordéoniste Valéry Giscard d'Estaing, et de l’inimitable Jean-François Copé, qui se produit régulièrement au clavier de son synthétiseur... Évidemment, les images musicales fonctionnent avec les politiques, mais pas avec les musiciens. On ne dit pas de Nathalie Dessay qui se trompe de cadence qu'elle va plus vite que la musique. On dit qu'elle chante au pas de charge, métaphore militaire ! Et pour parler des militaires, métaphore politique ! Mais il y a plus bizarre encore dans le langage médiatique... D'abord, du côté des chanteurs: il n'y a que des ténors ! Juppé, Jospin, Fabius, même Jean-Pierre Raffarin... Peu importe qu'ils aient des tessitures de basse ou de baryton: dès lors que quelqu'un est passé par la case Matignon, il est classé d'emblée dans la catégorie ténor ! Les ténors de la politique, comme on dit ténor du barreau. Et tant pis pour les femmes. Les sopranos et les altos, on n'en parle jamais ! C'est comme les dièses, d'ailleurs. Des bémols, on en met à tout bout de champ, mais les dièses ça n'existe pas ! C'est tout de même dommage. En revanche il y a tout plein de chefs d'orchestre ! Nicolas Sarkozy chef d'orchestre de la loi sur la taxe carbone, Roselyne Bachelot chef d'orchestre de la campagne de vaccination contre la grippe A... Une expression qui sous-entend l'existence d'une partition, mais quand on voit le résultat, on se dit que ça signifie surtout une totale improvisation. Si l'on ajoute à cela ceux qui frappent de grands coups, ceux qui tirent la sonnette d'alarme et ceux qui passent leur temps à siffler la fin de la récréation, ça donne, au final l'impression d'une monstrueuse cacophonie ! Un immense bazar auditif que ne suffirait même pas à calmer une prestation commune de Giscard et Copé. Sûr pourtant que ces deux là nous feraient un joli bœuf… Quoique, à bien y réfléchir, ils nous feraient plutôt de la soupe à l’oignon. Chronique du 04/03/10 dans "Comme on nous parle"

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