Cinq jours de grève à Air France assortis d’une belle pagaille dans les aéroports. La compagnie n’a pas connu une telle tension sociale depuis le mois de juin 1998, lors de la grève des pilotes juste avant la coupe du monde de football. Tension sociale également chez les cheminots et les électriciens qui devraient dire mercredi s’ils relancent de nouveaux arrêts de travail après le succès du 18 octobre. Même combat à la RATP. Tensions enfin chez les fonctionnaires qui ont claqué la porte de discussions salariales avec Eric Woerth. Ils seront en grève le 20 novembre. Le 29 novembre ce sera au tour de certains syndicats de magistrats et de fonctionnaires de la justice de protester contre la nouvelle carte judiciaire. Tous ces mouvements n’ont certes pas grand-chose de commun entre eux. Les cheminots défendent leurs acquis sociaux en matière de retraite. Les fonctionnaires grognent contre la rigueur et les suppressions de postes. Les hôtesses et stewards revendiquent de récolter sur leur fiches de salaires, les fruits de leurs efforts consentis depuis plusieurs années pour redresser leur compagnie. Il n’y a donc aucun réel dénominateur commun entre tous ces mouvements. Des mouvements qui restent pour l’instant très corporatistes. Existe-t-il pourtant un risque pour Nicolas Sarkozy d’une généralisation du mécontentement ? En ce qui concerne le secteur public, ces soubresauts ne sont pas surprenants. Le gouvernement s’attendait à ces résistances. Les grèves, les conflits d’automne sont une donnée classique, sans cesse répétée pour la France depuis des années. Dans ce domaine nous ne sommes pas dans la rupture mais plutôt dans la continuité. En revanche, le conflit salarial qui a opposé la direction d’Air France, (compagnie désormais privée) à son personnel navigant et commercial est peut être le premier vrai signal d’alarme pour Nicolas Sarkozy. Si on analyse les revendications de ce mouvement, nous sommes en effet au cœur même du slogan du candidat, « travailler plus pour gagner plus ». Quelle étaient en effet les demandes de stewards et des hôtesses ? Elles tournaient autour d’une impatience : On leur a demandé de travailler plus ces dernières années pour redresser leur entreprise, on leur demande de travailler encore plus aujourd’hui pour qu’elle reste numéro un mondial. Tous sont d'accord, mais en posant clairement une condition : qu’ils touchent une juste redistribution des richesses produites grâce à leur travail. En clair, ils souhaitent une traduction concrète du slogan "Travailler plus pour gagner plus" dans la réalité quotidienne de leur porte monnaie. Quelles soient légitimes ou non, ces revendications sont au cœur même de la frustration générale que connaissent aujourd’hui les français en terme de pouvoir d’achat. Certes nous sommes encore très loin d’une convergence de toutes ces contestations. Mais ce conflit à Air France est peut être le signe avant coureur de revendications salariales qui pourraient donner des idées à d’autres salariés du privé. Si l’opinion semble soutenir Nicolas Sarkozy dans sa volonté de réformer le secteur public, cette même opinion semble également comprendre les revendications exprimées sur le pouvoir d’achat et les salaires. Une opinion publique, comme pour les navigants d’Air France, dont la patience pourrait très vite trouver ces limites.

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